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Simon n'avait pas la moindre intention de se marier N'étant pas à la recherche d'une épouse, il n avait donc aucune raison de hanter les salons de l'aristocratie.

S'il faisait ce soir une entorse à cette règle d'or, c'était par pure loyauté envers lady Danbury. Il n'avait pas oublié les bontés dont celle-ci l'avait entoure dans son enfance, et il avait un faible pour cette vieille dame aux manières directes. Cela eût été fort incorrect de ne pas répondre à son invitation, d autant qu'elle avait ajouté sur le carton de vélin quelques lignes de sa main, dans lesquelles elle se réjouissait de son retour au bercail.

Simon, en familier de l'hôtel particulier, était entré par une porte de service. Si tout se déroulait comme prévu, il pourrait se glisser en toute discrétion dans la salle de bal, présenter ses hommages à la maîtresse de maison et s'éclipser aussitôt.

Alors qu'il s'apprêtait à bifurquer dans un autre couloir, il pila net en entendant des voix.

Il étouffa un soupir d'agacement. Il avait interrompu un rendez-vous galant ! Bon sang, comment poursuivre son chemin sans se faire remarquer ? Si l'on découvrait sa présence, il imaginait déjà la scène... Le mélodrame, les regards embarrassés, l'agitation sans fin ! Le plus sage était de se fondre dans l'ombre et d'attendre que les amants s'éloignent.

Toutefois, alors qu'il reculait d'un pas léger, il perçut un mot qui retint son attention.

— Non.

Comment, « non » ? La jeune femme avait-elle été entraînée contre son gré dans les couloirs déserts ? Simon n'éprouvait aucune envie particulière de jouer les héros, mais il ne pouvait laisser quelqu'un manquer de respect à une dame. Il tendit l'oreille, indécis. Après tout, il avait peut-être mal entendu.

— Nigel, dit alors la voix féminine, il ne fallait pas me suivre jusqu'ici.

— Mais je vous aime ! protesta un jeune homme d'un ton vibrant de passion. Tout ce que je veux, c'est vous épouser.

Simon faillit laisser échapper un soupir navré. Le pauvre garçon était si éperdument épris que c'en était pathétique !

— Nigel, reprit la jeune femme, remarquablement douce et patiente, mon frère vous a déjà expliqué que je ne me marierai pas avec vous. En revanche, j'espère que nous resterons bons amis.

— Votre frère n'a rien compris.

— Je vous assure que si.

— Peste ! Si vous me refusez, qui voudra de moi ?

Simon sursauta. C'était bien la proposition de mariage la moins romantique que l'on puisse imaginer !

Apparemment, c'était aussi l'avis de la demoiselle, car elle répondit, d'un ton où perçait un brin d'agacement :

— Écoutez, il y a des dizaines de jeunes filles en ce moment dans la salle de bal de lady Danbury. Je suis certaine que vous en trouverez une qui sera ravie de vous épouser.

Depuis sa cachette, Simon tendit le cou, juste assez pour avoir un aperçu de la scène. L'inconnue se tenait dans l'ombre, mais son prétendant était clairement visible : avec son visage dépité et ses épaules affaissées, il offrait un bien triste spectacle. Le pauvre garçon secoua la tête.

— Non, bougonna-t-il. Elles ne veulent pas de moi. Elles... elles...

Simon tressaillit en l'entendant buter sur les mots. Sa détresse manifeste était certes plus touchante que ce léger bégaiement, mais Simon savait ce que c'était que de ne pas pouvoir prononcer une phrase à cause d'une trop vive émotion.

— Aucune n'est aussi bonne que vous, dit finalement le malheureux. Vous êtes la seule à me sourire.

— Oh, Nigel ! s'écria la jeune fille dans un soupir désolé. Je suis sûre que ce n'est pas vrai.

Elle mentait par pure bonté d'âme, c'était évident, comprit Simon. En l'entendant soupirer de nouveau, il se dit qu'elle n'avait nullement besoin de son aide. Elle semblait avoir la situation en main, et bien que Simon ne pût s'empêcher d'éprouver une vague compassion envers le pauvre Nigel, il ne pouvait rien pour celui-ci non plus.

En outre, il commençait à avoir la désagréable impression de se comporter comme le pire des voyeurs.

Il recula sans bruit vers une porte qui, il le savait, donnait sur la bibliothèque. Un autre accès, au fond de cette pièce, ouvrait sur le jardin d'hiver, par lequel il pourrait s'introduire dans la salle de bal. Cela ne serait pas aussi discret que de passer par l'arrière, comme il l'avait prévu, mais au moins cela épargnerait à l'infortuné Nigel l'humiliation supplémentaire d'être surpris dans cette situation pitoyable.

Alors qu'il était sur le point de s'éclipser, il entendit la jeune fille pousser un cri.

— Vous devez m'épouser ! tonna Nigel. Il le faut ! Jamais je ne trouverai une autre...

— Nigel, arrêtez !

Simon pivota sur lui-même, alarmé. Apparemment, il allait tout de même devoir intervenir !

Il revint dans le couloir à grandes enjambées en se composant la sévère expression qui convient à un homme de son rang. Toutefois, la phrase qu'il venait mentalement de répéter, « Je crois que cette demoiselle vous a demandé de la laisser tranquille », mourut sur ses lèvres. A la réflexion, son destin n'était pas de jouer les héros, ce soir ! Avant qu'il ait eu le temps de comprendre ce qui se passait, il vit une silhouette féminine replier le bras, poing fermé, puis assener un coup d'une surprenante vigueur sur la mâchoire de l'importun.

Ce dernier battit l'air de ses mains, avant de tomber à la renverse. Éberlué, Simon regarda la jeune fille se jeter à son chevet.

— Oh, non ! gémit-elle. Nigel ? Vous allez bien ? Je n'avais pas l'intention de frapper aussi fort.

Ce fut malgré lui : Simon laissa échapper un joyeux éclat de rire.

Surprise, l'inconnue leva la tête.

Simon crut alors que son cœur s'arrêtait de battre. Jusqu'à présent, elle était restée dans l'ombre, aussi n'avait-il aperçu d'elle qu'une luxuriante chevelure aux reflets acajou. À présent qu'elle se tournait vers lui, il découvrit ses grands yeux sombres étirés vers les tempes et ses lèvres au modelé pulpeux, les plus sensuelles qu'il eût jamais vues. S'il ne répondait pas aux canons habituels de la beauté, son visage félin - pommettes larges et petit menton fin - rayonnait d'une séduction si puissante qu'il en eut le souffle coupé.

Ses sourcils, fournis mais délicatement arqués, se froncèrent en une expression de contrariété. Manifestement furieuse, elle demanda :

— Qui diable êtes-vous donc ?

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— À propos de dragon... dit Benedict en tournant les yeux vers sa gauche sans bouger la tête.

Suivant son regard, Daphné aperçut lady Danbury qui se dirigeait vers eux avec lenteur. Celle-ci devait s'appuyer sur une canne, mais Daphné ne put réprimer un mouvement craintif. L'esprit caustique de la vieille dame était bien connu de toute l'aristocratie londonienne. Daphné l'avait toujours soupçonnée de cacher une âme sensible derrière ses manières acerbes, mais la seule perspective d'une discussion avec la redoutable lady Danbury l'emplissait d'effroi.

— Bon sang, pas moyen de lui échapper ! murmura l'un de ses frères.

Elle le fit taire et adressa un sourire hésitant à leur hôtesse. Celle-ci arqua les sourcils puis, s'immobilisant à quelques pas du petit groupe, aboya :

— Inutile de feindre de ne pas m'avoir vue !

Elle ponctua ces paroles d'un coup de canne si assourdissant que Daphné, dans un sursaut nerveux, recula d'un pas... écrasant le pied de son frère.

— Aïe ! gémit Benedict.

Constatant que ses trois aînés semblaient avoir perdu l'usage de la parole - à l'exception de Benedict, mais dont le cri de douleur pouvait difficilement prétendre au titre de brillante repartie -, Daphné bredouilla, étranglée par l'embarras :

— Je suis désolée de vous avoir donné cette impression, madame, car je...

— Pas vous, la coupa lady Danbury.

Elle agita sa canne devant elle, en un trait horizontal dont l'extrémité frôla dangereusement l'abdomen de Colin.

— Eux.

Un chœur de salutations empressées s'éleva du trio. Parcourant les frères de Daphné d'un regard aussi bref qu'indifférent, lady Danbury poursuivit :

— M. Berbrooke est à votre recherche.

Il sembla à Daphné que son visage se vidait de son sang.

— Vraiment ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

La vieille dame hocha la tête.

— À votre place, miss Bridgerton, je lui enlèverais tout espoir sans tarder.

— Lui avez-vous dit où j'étais ?

Un sourire de conspiratrice étira les lèvres de lady Danbury.

— Vous me plaisez, jeune fille. Non, je ne lui ai rien dit.

— C'est bien aimable à vous, madame, répondit Daphné avec gratitude.

— Ce serait un péché contre l'intelligence de vous marier à cet âne bâté, poursuivit la digne lady, et Dieu sait que l'aristocratie ne peut se permettre de gâcher le peu d'esprit dont elle dispose.

— Je... Merci, bafouilla Daphné.

— Quant à vous, mes gaillards...

D'un geste vif, elle agita sa canne vers les frères de la jeune femme.

— ... je réserve mon jugement. En ce qui vous concerne, dit-elle à Anthony, j'ai un a priori favorable, puisque vous avez eu la bonne idée d'éconduire Berbrooke. Pour les autres... hum !

Sur ce, elle s'éloigna.

— Comment, « hum » ? s'offusqua Benedict. C'est tout ce qu'elle trouve à dire au sujet de mon intelligence ?

Daphné lui adressa un sourire condescendant.

— Elle m'aime bien, moi.

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Affirmer que les hommes sont des têtes de mule serait insultant. Pour les mules.

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— On ne vous a jamais dit que vous étiez une exaspérante jeune personne, miss Bridgerton ?

— La plupart des gens me trouvent bienveillante et généreuse.

— La plupart des gens sont des imbéciles, rétorqua Simon.

Elle pencha la tête de côté, comme pour peser ces paroles. Puis elle posa son regard vers Nigel et laissa échapper un soupir las.

— C’est terrible, mais j’ai bien peur d’être d’accord avec vous.

Simon réprima un sourire.

— Qu'est-ce qui est terrible ? Le fait d'être d'accord avec moi, ou celui de constater que la plupart des gens sont des imbéciles ?

— Les deux... dit-elle en lui décochant un sourire lumineux.

Lorsqu'elle le regardait ainsi, il perdait le fil de ses idées.

— ... mais surtout le premier, précisa-t-elle.

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Simon captura ses lèvres, dans l'espoir de lui montrer par un baiser ce qu'il apprenait tout juste à exprimer par les paroles. Il l'aimait. Il l'adorait ! Il aurait marché pieds nus sur les braises pour elle ! Il l'aimait tant qu'il en oubliait...

Ses trois frères, à quelques pas dans le hall.

S'arrachant avec peine à la douceur de ce baiser, il se tourna dans leur direction. Anthony, Benedict et Colin n'avaient pas bougé. Le premier étudiait le plafond, le deuxième feignait d'inspecter ses ongles, et le troisième les observait sans vergogne.

Simon serra un peu plus fort Daphné contre lui tout en leur jetant un regard furieux.

— Vous êtes encore là, vous trois ?

Comme il fallait s'y attendre, aucun d'eux ne trouva rien à répondre.

— Dehors ! tonna-t-il.

— Allons ! renchérit Daphné sans trop de politesse.

— C'est bon, dit Anthony en donnant une claque sur la nuque de Colin. Mission accomplie, les gars.

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- Ce monsieur n'est pas une fréquentation convenable pour une jeune fille de votre âge.

- C'est drôle comme "mon âge" peut varier de bien trop jeune pour rencontrer les amis d'Anthony, à bien trop vieux pour espérer un bon mariage.

- Daphné Bridgerton je n'aime pas du tout votre...

- ...ton, je sais, mais vous m'aimez tout de même.

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« — Vous avez le plus adorable sourire que j'aie jamais vu.

La première réaction de Daphné fut de s'écrier « Ne dites pas n'importe quoi ! », mais elle se ravisa. A quoi bon gâcher un si joli moment ? Aussi se contenta-t-elle d'un :

— Vraiment ?

— Oui.

Il déposa un baiser sur son nez.

— Lorsque vous souriez, il occupe la moitié de votre visage.

— C'est affreux !

— C'est charmant.

— C'est horrible.

— C'est excitant...

Elle fit la moue, mais ne put réprimer une envie de rire.   .

— Apparemment, vous n'avez aucune notion des critères de beauté féminine. »

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« — Je vois. Donc, vous n'avez aucune intention d'entrer dans la société. Votre détermination force l'admiration, mais permettez-moi de vous avertir : vous aurez beau fuir les événements mondains, elles sauront bien vous retrouver.

Simon, qui venait de porter à ses lèvres son verre de porto, manqua s'étrangler à ces mots. Après une violente quinte de toux, il s'enquit :

— Elles ? De qui diable parlez-vous ?

Il vit son ami frémir.

— Les mères, répondit celui-ci d'une voix pleine d'effroi.

— N'en ayant pas eu moi-même, je crains de ne pas saisir votre sous-entendu.

— Les mères de la bonne société, innocent ! Ces dragons cracheurs de feu dotés, Dieu nous protège, de filles en âge de se marier ! Vous pourrez toujours prendre la fuite, jamais vous ne pourrez leur échapper. Et je dois vous prévenir : la mienne est la plus redoutable de toutes.

— Bonté divine ! Moi qui croyais que rien n'était plus dangereux que la jungle africaine...

Anthony décocha à son ami un regard faussement désolé.

— Où que vous alliez, elles vous traqueront sans pitié.  »

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— Si vous entendez un hurlement, prévint Daphné avec calme, ce sera sûrement ma mère.

— Et le bruit sourd sera celui de son corps sans vie s'effondrant sur le parquet ?

Elle hocha la tête en réprimant un sourire.

— Exactement.

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— Je vais vous présenter moi-même à toutes les demoiselles de la soirée, cela vous apprendra à être aimable.

— Alors attendez-vous à une mort lente et cruelle, le menaça Simon.

— Que choisirez-vous, l'épée ou le pistolet ?

— Le poison, c'est tout ce que vous méritez.

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