Les extraits appréciés par sheila13
Le vol ne durait qu’une heure, et Ty avait prévu de dormir tout le temps de ce foutu trajet. Le gamin qui tapait le siège derrière lui était la seule chose qui le maintenait éveillé tandis que l’avion décollait. Il se retourna et jeta un coup d’oeil entre les sièges, ses yeux noisette plissés se concentrant sur l’enfant.
— Tape ce siège encore une fois, et je t’arrache les pieds et je les mange, lui promit-il.
— Un peu de décence, le sermonna Zane en tournant la tête pour évaluer la situation. Il doit avoir trois ans. Il ne comprend pas.
— Il comprend maintenant, le contra Ty en se retournant et s’installant confortablement.
Derrière lui, la jeune mère horrifiée tenait les pieds de son fils, bouche bée, les yeux écarquillés et sans voix.
— Vous n’avez absolument aucune aptitude en relations humaines, murmura Zane en secouant la tête. Pas étonnant que vous descendiez les échelons si rapidement au Bureau.
— Ouais, je suis très rapide, dit Ty avec une voix traînante comme il reposait sa tête sur l’appui-tête en souriant.
Afficher en entierIl regarda de nouveau Ty et pencha la tête.
— Comment est-ce que vous pouvez respirer comme ça ?
— Comme quoi ? demanda Ty sous l’oreiller. Respirer et penser en même temps, bien que difficile à maîtriser, vient plutôt naturellement après un peu d’entraînement. Je suis sûr que tu y arriveras très bientôt.
Zane leva les yeux au ciel.
— Moi au moins, je pense avec ma tête, pas avec mon cul, murmura-t-il en boutonnant son jean et remontant la fermeture éclair.
— Ton cul est plus amusant à regarder, répliqua Ty sous son oreiller.
Zane regarda l’oreiller en s’immobilisant.
— Est-ce que vous venez juste de dire que vous avez regardé mon cul ?
Bon Dieu. Cette seule pensée lui enflammait les reins. Il n’avait pas besoin de ce genre de torture.
Afficher en entier— Hé, vas te faire enculer, gronda Ty sans même le regarder.
— Silence, tous les deux ! aboya soudain Burns. Grady, vous restez à la Criminelle jusqu’à ce que vous vous fassiez tuer ou que vous fassiez quelque chose de tellement illégal que même moi je ne pourrais pas couvrir, c’est compris ? Garrett, vous devez vous assurer qu’il ne fait aucune de ces choses. C’est clair ? Et vous prendrez tous les deux plaisir à le faire.
Les yeux de Ty s’agrandirent quand il réalisa qu’on lui avait assigné une baby-sitter et qu’il ne pouvait rien y faire. Son estomac se retourna rien que d’y penser, mais il se dit que c’était toujours mieux que d’être viré. Ou d’être emprisonné.
La seule pensée de se retrouver attaché à ce fauteur de trouble fut presque suffisante pour faire perdre à Zane son sang-froid. Après tout ce qu’il avait fait, tout son travail, c’était tout ce qu’il allait obtenir. Le désespoir menaça de l’envahir pendant un instant, et il dut prendre une grande inspiration pour ce défaire de ce sentiment. Il aurait voulu contredire Burns, mais il n’était pas en position de contester la décision. Il ferait de son mieux avec ce merdier, puis il laisserait cet agent derrière lui, comme il l’avait fait avec la Cybercriminalité. C’était ça où se faire descendre en flammes.
— Oui, Monsieur, répondit-il les dents serrées.
— Je m’attends à ce que vous appreniez l’un de l’autre, les informa Burns, sa sympathie allant à Zane Garrett.
Afficher en entierC'est là que tu te trompes. Que vous vous trompez tous! Eden, c'est moi. Et moi, c'est Eden. Prends t'en à lui, et c'est à moi que tu t'en prends! Fais-lui mal et c'est moi qui souffre.
Afficher en entierSerait-ce la seule chose vivante qui me restera de toi ? La seule preuve de ton existence ? Tout me semble si absurde aujourd'hui. Notre amour s'est éteint comme une bougie soufflée par le vent et le temps passe sur notre histoire. Je ne vois plus ce qui m'entoure, j'évolue dans un monde sans couleur, un monde qui meurt et qui s'efface.
Afficher en entierICI LES 3 PREMIERS CHAPITRES !
Connaissez-vous cette histoire d’amour entre le ciel et la Terre ?
La souveraineté limpide de cette voûte inaccessible,
La beauté ardente de l’étendue terrestre,
L’incapacité d’être si l’un des deux manquait,
Et pourtant, l’impossibilité de se rejoindre vraiment…
Car la Terre est trop lourde pour s’élever et le ciel pas assez pour s’abaisser.
Alors, elle lui envoie ses pensées dans tous les oiseaux du monde et le ciel impuissant ne répond que par ses larmes.
Autant de murmures qui lui disent « ne baisse pas les bras, ne laisse pas notre amour se dessécher. »
C’est pourquoi, elle attend inlassablement ici-bas,
Qu’un peu de lui, lui revienne.
Chapitre 1
Le vent glacial s’engouffre dans mes vêtements, hérisse le duvet de ma peau, souffle mes cheveux et balaye la plage. Le ciel se contemple dans le miroir qu’est l’océan, et son reflet lui apparaît, gris et voluptueux. Je pousse mes pieds dans le sable, les petits grains viennent se frotter contre ma peau, se faufilent sous mes ongles. Du bout des doigts, je caresse ces milliers de paillettes dorées, laissant des sillages dans la surface lisse. Mes phalanges s’enfoncent, j’arrache une poignée de poudre granuleuse que je serre dans ma paume mais elle m’échappe, coule comme le temps entre mes doigts.
Les mouettes déchirent le silence de l’océan de leurs cris stridents. Je les observe planer au-dessus des eaux, à la recherche d’une quelconque proie à attraper. Je soupire et fais des ronds dans le sable. Mon gilet glisse sur mon épaule, et découvre un carré de peau nue. Je le remonte. Je m’allonge sur le dos et observe le ciel. Les nuages, chargés de pluie, s’amoncellent. Les effluves salés et poissonneux que le vent porte à mes narines m’apaisent.
J’écoute le chant des vagues qui me berce et m’appelle, je ferme les yeux, résiste aux sirènes. Je me redresse, seule face à l’Atlantique, minuscule devant son corps immense. Les vagues roulent et s’enroulent sur elles-mêmes avec violence. Je sens des gouttes d’eau glacées s’écraser sur mon visage. Je reste étendue sur la plage. Les perles de pluie atterrissent de plus en plus vite sur ma peau et m’inondent de larmes.
Alors le ciel se fend, un éclair perce les nuages, et quelques secondes plus tard un grondement puissant annonce l’orage. Le vent se fait de plus en plus fort, les rouleaux de plus en plus gros. La pluie s’infiltre sous mes vêtements et glisse lentement sur ma peau. Je suis trempée. Mes habits s’agrippent à mon corps, mes cheveux sont plaqués sur mon visage. Il pleut tellement dru que je ne vois pas à un mètre devant moi. Le rideau de larmes célestes dissimule l’océan qui se déchaîne.
Aujourd’hui, j’ai envie de mourir noyée, d’être emportée par les vagues, de disparaître. J’attends que les flots viennent m’attraper par les pieds et me tirent dans le fond, tout au fond. Mes paupières sont lourdes et mes yeux me brûlent. Morphée me serre dans ses bras, et me réchauffe. Je ne suis pas si seule. Le contact des gouttes froides sur ma chair m’arrache un frisson. Je crois que je tremble.
À mon âme dévastée,
Sur les champs de mines de mon corps brûlé
Abandonnée, qui pourra réparer
Les plaies de mon cœur déchiré ?
Que ni même la caresse du temps ne saurait apaiser.
J’ignore si je serai toujours là demain, mais pour le moment… mon cœur bat encore.
*
Une puissante lumière filtre à travers mes paupières. Je mets ma main devant mes yeux. Il fait jour, je suis allongée sur la plage, et je pourrais me baigner dans mes vêtements tellement ils sont gorgés d’eau. Je me redresse, mon cerveau tangue dan-gereusement d’un bout à l’autre de mon crâne. Ma tête est sur le point d’exploser.
Il faut que je parte d’ici, que je prenne une douche et vite. Je m’empresse de traverser les rochers acérés pour retourner sur la plage principale, puis je cours jusqu’à ma voiture, tout en imaginant la réaction que les gens auraient si j’en croisais. J’ai passé la nuit sous la pluie. Ma peau est probablement rougie par les gouttes d’eau et le vent, mon mascara a dû couler sous mes yeux et ruisseler jusque sur mes joues, mes cheveux et mes habits dégoulinent et je suis pleine de sable. Bref je, dois faire peur à voir dans le genre évadée d’hôpital psychiatrique.
Je glisse ma clef dans la serrure de mon coffre et l’ouvre. Je n’ai pas oublié mon sac heureusement pour moi. Je me lance à la recherche de sous-vêtements, chaussettes, t-shirt, jean et serviette. Je lance le tout sur la banquette arrière, referme le coffre et me glisse dans la voiture. Je laisse la portière ouverte et dépose mes chiffons trempés sur le sol. Je me sèche vigoureusement en priant pour que personne ne passe à ce moment précis, où mon corps est à la merci de tous les regards.
Une fois au sec, je fourre ma boule de linges mouillés dans un sac plastique puis je m’assieds sur le siège conducteur. Je réfléchis un moment avant de démarrer, je ne sais pas quoi faire. Je me sens vide, abandonnée, je voudrais fuir ma vie, mon quotidien, mais je ne sais plus où m’enfuir… Sans compter que Julien doit être mort d’inquiétude. Pas le choix, je dois rentrer.
Je mets le contact, enclenche la première et ma voiture bondit sur les routes en direction de la ville. Je conduis comme un automate, mon corps répond à des situations telles que les pieds sur la pédale de frein quand il y a un ralentissement, mais mon esprit est ailleurs. C’est terminé. Pour la première fois depuis des semaines, je lâche prise.
Chapitre 2
– Où étais-tu ?
– Chez ma mère.
– Ok…
Julien s’éloigne en soupirant, il sait que je lui mens, mais il n’a plus la force de me contredire ou de chercher des explications. De toute façon, il préfère mes mensonges à la vérité, ça lui fait moins mal. Je le torture et il subit. J’ai honte quand j’y repense, mais je n’y songe pas souvent, tu hantes mon esprit et il n’y a guère de place pour les autres pensées.
Je laisse tomber mes affaires au pied du lit et me déshabille. Mon jean glisse sur mes jambes nues, je jette mon t-shirt par terre, dégrafe mon soutien-gorge et abandonne ma lingerie. Je marche dévêtue jusqu’à la salle de bains, attrape une serviette et entre dans la douche. Je tourne le bouton, lentement. Les gouttes d’eau brûlante tombent sur ma peau, courent le long de mon corps, et après l’avoir arpenté, me quittent pour rejoindre les égouts. C’est triste. Elles me rappellent ma terrible nuit, bien que cette pluie-là soit chaude et agréable. La buée s’accroche aux parois et m’enveloppe de son voile fluide et opaque, comme pour masquer ma nudité.
J’aurais tellement aimé revoir ton visage parfait, le tenir entre mes mains, et apercevoir mon reflet dans tes grands yeux marine. J’aurais voulu poser mes doigts sur ta peau satinée et caresser chaque centimètre carré de ton corps, le recouvrir de baisers. Oui, j’aurais tant aimé… Je m’abandonne sous le filet d’eau bouillante, ferme les yeux et revois nos moments passés ensemble. Tes mains parcourant ma peau à la recherche de mon corps, tes baisers ardents dans mon cou qui faisaient frissonner ma chair, bouillir mon sang. Quand nos lèvres se rencontraient, s’affrontaient avec fougue, se dominaient avec passion. Je me laissais conquérir en résistant tout de même dans un corps à corps déchainé. Tu es le seul à m’avoir rendu vivante, à m’avoir fait vibrer. Avec toi, j’ai eu peur, j’ai pleuré, j’ai souffert, j’ai donné, j’ai repris, j’ai rêvé, j’ai désiré, je me suis livrée, abandonnée, j’ai combattu, j’ai gagné, j’ai perdu, je me suis confiée, épanouie, je me suis fanée. Tu m’as tout appris, tout donné, tout pris. Je coupe l’eau et mets fin à ma rêverie. À quoi bon repenser au temps révolu qui s’enfuit et ne revient jamais ?
J’enveloppe la serviette autour de moi et m’assieds sur le sol. J’attrape mon téléphone que j’avais laissé sur le tapis de bain et compose le numéro de ma messagerie.
« Vous avez un message sauvegardé, pour l’écouter appuyez sur la touche 1 de votre téléphone. »
Je presse la fameuse touche.
« Nouveau message. Reçu le 16 août à 15heures 24.
– Maud, c’est moi, c’est Alex… Je sais que tu n’as pas envie de me parler, mais je ne peux pas te perdre sans t’expliquer pourquoi j’ai agi comme ça. Je suis humain, Maud et je n’ai jamais été indifférent, bien au contraire. La vérité, c’est que tu m’as fait peur. Je n’ai jamais ressenti pour personne le tiers de ce que je ressens pour toi. Je sais que je n’ai pensé qu’à moi, que mon discours n’effacera pas la peine que je t’ai causée et j’en suis désolé. Je n’ai jamais voulu te faire du mal, je tiens trop à toi pour ça, malgré ce que tu penses. Les sentiments que j’ai pour toi m’effraient, ils sont si puissants qu’ils envahissent tout mon être. Quand tu poses tes doigts sur moi, un frisson naît à leurs extrémités et glisse sur ma peau tout le long de mon corps et je me sens fiévreux. Tes baisers vibrent sur mes lèvres et leurs échos se répercutent dans chacun de mes organes. Ta voix m’ensorcelle, tes yeux m’hypnotisent, tes lèvres me rendent fou. Tu me possèdes, Maud. J’ai gardé cette distance entre nous pour préserver ton amour, pour que tu sois toujours dans l’attente de quelque chose et que tu ne puisses pas céder à la lassitude. J’ai été égoïste, mais sache que ça m’a coûté. J’ai souvent voulu te prendre dans mes bras, je me suis fait violence pour ne pas céder à mes émotions et je me suis contenu pendant presque deux ans. C’était dur, tu n’imagines pas à quel point. Je voyais dans tes yeux, ta douleur, tes at-tentes et cette tristesse… J’aurais pu te soulager, te dire que je ressentais la même chose, mais je n’y arrivais pas. J’avais peur de te perdre à la seconde où je te confierais mes sentiments… J’avais tort… Il est temps pour moi de réparer mon erreur, même si ça ne change rien, je voulais que tu le saches. Je… Je… Je t’aime Maud… Je t’aime tellement que c’en est douloureux. Ça fait mal, vraiment mal. Si notre amour est mort, alors je le suis aussi. Nous ne faisons qu’un, s’il n’existe plus, je disparais. Voilà pourquoi c’était si dur de te l’avouer. Parce que je te donnais le pouvoir de décider de mon sort, le pouvoir de me détruire. Face à toi, je suis faible, je ne contrôle plus rien et je n’ai jamais supporté d’être vulnérable… Écoute, Maud, je t’attendrai à la petite plage en fin d’après-midi, en espérant, bien sûr, que tu me reviennes… Qu’il ne soit pas déjà trop tard… Si tu ne me rejoins pas, tant pis, je peux mourir tranquille, j’aurai connu l’amour, le vrai et je sais que je n’en vivrai pas de semblable dans ma vie. J’ai été l’homme le plus chanceux de cette planète, car tu m’as fait vivre à cent à l’heure, poussant mes émotions à l’extrême, mes sentiments à leur paroxysme. Enfin, tu sais tout mon amour et si je ne te revois pas, je te souhaite d’être heureuse. Merci d’avoir enchanté ma vie. »
Je ne sais pas combien de fois j’ai écouté ce message, mais il me procure toujours la même émotion. Une profonde peine et un trouble intense. Je l’ai appris par cœur, je sais à chaque moment l’intonation de ta voix, quand tu vas marquer une pause, quand tu vas retenir tes larmes et que les mots vont s’étrangler dans ta gorge.
– Hey, ça va ? me demande Julien à travers la porte.
Je sursaute quand la voix de mon ami vient interrompre le fil de mes pensées.
– Oui merci… je lui réponds en essayant d’avoir une voix joyeuse.
– Tu es sûre ? insiste ce dernier.
– Oui Julien, promis.
– D’accord…
Je l’entends s’éloigner. Des larmes me montent aux yeux, elles me brûlent, je les chasse avec fureur d’un revers de la main. Il est si gentil avec moi. Mais comment peut-on aider quelqu’un qui refuse d’aller mieux ?
Trois mois se sont écoulés depuis que tu m’as quittée. J’aimerais tellement reprendre ce que tu m’as volé.
Chapitre 3
Je glisse mes pieds dans mes bas noirs que je remonte le long de mes cuisses, en espérant qu’ils ne prennent pas idée de descendre, parce que je n’ai vraiment pas l’intention de mettre des jarretelles ! Ensuite, je passe mes jambes dans ma robe rouge et la tire sur mes hanches jusqu’à ma poitrine. Le bustier tient parfaitement en place, je dois être en plein rêve.
Je me regarde dans la glace. Mes cheveux, châtains, retombent en grosses boucles sur mes épaules nues et ma robe épouse tellement la forme de mon corps que c’en est presque indécent. En revanche, le teint de mon visage me semble fané et pâle. J’attrape le tube de fond de teint, en applique sur ma peau cendrée et comme par magie, sous mes doigts, ma chair devient porcelaine. Je redessine le contour de mes yeux à l’aide d’un crayon noir, je me fabrique un regard félin de femme fatale que je ne suis pas. Sur mes paupières, je dépose une ombre gris-argenté puis j’allonge mes cils à l’aide de mon mascara pour qu’ils atteignent au moins… deux mètres. Je suis prête, fin prête.
Je fourre mes pieds dans mes escarpins noirs au tissu satiné, vaporise Trésor Midnight Rose derrière mes oreilles et quitte la salle de bains.
– Tu sors ? me demande Julien.
– Est-ce que j’ai l’air de sortir ? lui dis-je avec mauvaise humeur.
– Oui, malheureusement…
– Eh bien, si tu as la réponse, pourquoi tu me poses la question ?
Il détourne son regard pour allumer la télévision en poussant un profond soupir. Il va attendre que je rentre, je le sais, et il va patienter toute la nuit s’il le faut.
J’attrape mon sac à main, mon trench rouge, ainsi que mes clefs et me sauve sans même lui dire au revoir. À cet instant je me déteste, mais j’ai si mal au fond de moi… J’ai l’impression qu’il nourrit ma tristesse, alors qu’il essaie seulement d’alléger ma peine. La vérité, c’est qu’il est génial et que je ne suis qu’une garce. Julien est mon ami, je n’ai pas le droit de me comporter comme ça. Mais pourquoi passe-t-il son temps à essayer de me réconforter, quand j’ai seulement besoin de fuir, de ne pas penser ?
Mes talons claquent dans la rue, font un boucan d’enfer, mes hanches se balancent au rythme de mes pas et je me sens seule dans cette carapace, ma coquille vide. Le vent s’engouffre dans les pans de mon trench que je laisse voler derrière moi. Je marche seule dans les rues de ma nuit.
Comment fait-on, pour oublier ?
Je vais encore aller dans un de ces bars, m’appuyer sur le comptoir et siroter une margarita en attendant qu’un pauvre con vienne me draguer. Je ne sais même pas pourquoi je le fais. Je crois que ça me distrait de ma solitude, du moins pour un moment. Mais quand le garçon m’invite chez lui, je lui réponds que je dois d’abord passer aux toilettes, puis je m’enfuis à toute vitesse dans la rue, pieds nus, mes talons pendus à mes doigts. Je saute dans un taxi quand je peux, sinon je cours jusqu’à l’appartement. Quand je ferme la porte derrière moi, essoufflée, Julien accourt et s’inquiète. Je le pousse avec violence et m’enferme dans la salle de bains. C’est à chaque fois la même rengaine. Est-ce ma façon d’essayer d’avancer ?
Aujourd’hui, je vais essayer de rentrer à la maison calmement, il a déjà assez souffert hier de mon escapade. Je sais qu’il s’est fait un sang d’encre, qu’il a probablement passé la nuit à guetter son téléphone au cas où j’appellerais. Il est mon ami, celui en qui j’ai confiance, qui panse les blessures de mon âme lacérée. Sa douceur apaise mes craintes, sèche mes larmes salées. Grâce à lui, je ne suis pas seule, il est ma présence, celui qui trône à mes côtés, la main sans cesse tendue, qui attrape la mienne pour me relever. Je l’aime d’amitié, une amitié inconditionnelle, mais quand je déborde de son amour, je deviens mauvaise et je le repousse, parce que j’ai peur. J’ai peur d’être aimée. Avant toi, je ne connaissais pas l’amour, j’en avais une vague idée, les cœurs palpitants et les « je t’aime » susurrés, mais je ne savais pas le flux des émotions qui déferlent dans les veines tel un raz de marée, qui submerge et qui détruit, qui s’engouffre dans les poumons jusqu’à l’asphyxie.
C’est drôle l’état de béatitude dans lequel on vit avant le grand amour, le calme avant la tempête. Je ne peux m’empêcher de m’étonner face aux ré-percussions du cataclysme. Comment ce seul sentiment peut-il révéler un être à lui-même ? Pour-quoi les terres semblent-elles dépeuplées quand l’être aimé s’en va ? Pourquoi la vie perd-elle ses couleurs comme les pétales d’une rose fanée ? La perplexité du grand amour, c’est de connaître un bonheur intense et décuplé, qui fait briller le soleil, illumine les nuits, puis de subir la perte profonde et insatiable qui tarit les fleuves et dévore les astres. Est-ce le prix du bonheur ? Doit-on payer les joies et les plaisirs par l’amertume et les larmes ?
Je n’ai jamais imaginé que mon bien-être dépendrait de quelqu’un, je pensais me suffire à moi-même et être libre jusqu’à la fin des temps. Mais il a fallu que tu entres dans ma vie. Je n’avais rien demandé. J’étais dans ma bulle de princesse déchue. Tu as posé tes grosses mains sur les parois, j’ai cru qu’elles allaient se briser. Tu as secoué mon petit monde comme on secoue une boule neigeuse, tu as mélangé mon équilibre. J’ai subi. Les sentiments et les émotions se sont mis à courir dans mes artères, mon sang chargé d’endorphines s’en est allé alimenter mon cerveau jusqu’à l’overdose. J’aurais voulu ne pas t’aimer, préserver mon être de toute attente, vierge de désirs et je me sens comme violée face à la force de cet amour qui bout en moi, sans savoir comment il est arrivé. Maintenant que tu es parti, je porte en moi le poids de cette passion comme la femme contrainte porte le fruit de celui qui l’a forcée. Mon cerveau réclame endorphine la belle, qui jamais ne revient. Tu me manques.
Les lumières d’une enseigne brillent dans la rue noire et moi, papillon de nuit attiré par les flammes, je m’en vais me brûler les ailes. Je te chasse lentement de mes pensées, t’enferme à double tour dans le coin le plus reculé de mon être et la pression autour de ma gorge semble se relâcher. J’arrive devant la porte d’un bar dans lequel je ne suis jamais venue, il est bondé. Parfait, je vais noyer ma peine dans un océan d’alcool. Je pousse la porte et pénètre à l’intérieur. Immédiatement, le regard de tous les hommes seuls se braque sur moi.
Je m’élance sur mes talons jusqu’au comptoir.
– Qu’est-ce que je vous sers, belle demoiselle ?
– Une margarita.
– C’est comme si c’était fait, me lance le serveur avec un clin d’œil.
Je m’assieds sur un tabouret et croise les jambes. Je sais que ce n’est qu’une question de temps avant que le premier mâle en chasse vienne tenter sa chance. Je sirote le cocktail que le barman vient de poser devant moi, le repose sur le socle et joue avec la tranche de citron vert. L’alcool me brûle la gorge, je le sens se répandre dans mon œsophage et descendre jusqu’à mon estomac.
La nuit m’appartient, la soirée ne fait que commencer et je compte bien finir ivre et accompagnée. Je parcours les tables des yeux, à la recherche d’un bel homme. Pour le moment pas un seul n’attire mon attention. Je recommande une Margarita. Comme prévu quelques-uns viennent me parler mais aucun n’est digne de m’intéresser, je les envoie paître sur-le-champ.
– Une autre s’il vous plaît.
L’alcool prend doucement possession de mon esprit, je me laisse vaincre. J’ai envie de danser, de crier, de courir. La vie me semble tellement plus joyeuse tout à coup, j’en oublie presque ma mélancolie. La musique est de plus en plus forte, je me sens entraînée par une force invisible sur la piste de danse et je me déchaîne. Je remue le bassin, lève les bras, roule les hanches. J’aime me laisser gagner par l’ivresse. Je ne suis plus moi, je suis cette femme qui danse et qui ne pense à rien d’autre que bouger en rythme sur les accords. Je repousse avec tact les hommes qui viennent se frotter à moi. Finalement, je veux danser seule au milieu de la foule, je n’ai besoin de personne ce soir, j’ai déjà l’alcool. Grâce à lui, je ne suis plus cette fille abandonnée, je suis en paix avec moi-même. Et puis, soudain, la musique change, se transforme en slow et musique d’amour, très peu pour moi. Je quitte la piste de danse et me perche sur mon tabouret. Je reprends une Margarita. Les verres s’entassent devant moi, je distingue à peine le barman. De toute façon, je ne distingue plus grand-chose tout court.
– Bonsoir.
Je me retourne vers cet inconnu qui s’adresse à moi. Un homme, environ la trentaine, les cheveux clairs, les yeux vert pâle, est accoudé près de moi sur le comptoir. Il me sourit. Il est plutôt charmant, vraiment. Je lui rends son sourire, bien malgré moi.
– Bonsoir…
– Je vous offre un verre ? me demande-t-il.
– C’est vous qui voyez, je lui lance malicieusement.
– Et qu’est-ce qui vous ferait envie ?
– Hum… Une margarita.
Il rit en contemplant le verre à moitié plein qui se tient devant moi.
– Barman, une margarita pour la demoiselle et une vodka pour moi s’il vous plaît.
– C’est noté, répond le serveur.
L’homme se retourne vers moi et plonge son regard dans le mien. Il a de l’assurance, il est élégant, « c’est un habitué avec les femmes », me dis-je. Je regarde sa main, et distingue la marque de son alliance à son annulaire. Il l’a enlevée avant de venir ! Quel salaud ! J’imagine un instant sa femme, en peignoir devant la télé, guettant l’heure du coin de l’œil et soupirant de désespoir et de frustration. Je suis désolée pour elle, mais je vais devoir oublier qu’elle existe. Aujourd’hui, c’est mon soir, je ne pense qu’à moi. Je m’approche de lui, presse mon genou contre sa jambe.
Le serveur dépose la margarita devant moi, je la prends et la sirote en faisant les yeux doux à mon bienfaiteur.
– Alors, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? me questionne l’homme.
– Est-on vraiment obligé de parler de ça, de parler de nous ? je lui réplique.
– Bien sûr que non, mais il faut bien commencer par quelque chose, m’explique-t-il.
Je le sens un peu gêné, comme s’il ne s’attendait pas du tout à ça de la part d’une personne aussi jeune. Il s’est probablement dit que je serais intimidée par son âge et qu’il serait totalement maître de la situation.
De toute évidence, il s’est trompé.
Je lui lance :
– Si vous commenciez par me faire visiter votre chambre d’hôtel ?
– Je suis bien au bar avec vous, j’ai envie de discuter un moment, pourquoi tant de précipitation ? s’étonne-t-il.
– Je ne vois pas pourquoi il est forcément nécessaire d’en passer par là, vous vous fichez totalement de ma vie ! Au final, la conclusion sera la même, je finirai nue dans votre lit, et demain, vous m’aurez déjà oubliée… Alors dites-moi, pourquoi se donner tant de peine ?
Sa bouche est entrouverte sur une sorte de « Oh ! » muet. Je crois que je lui ai coupé l’herbe sous le pied ou alors il est vraiment très stupéfait par mon audace. Il réfléchit un moment, regarde ses doigts, puis saisit son verre qu’il boit d’une traite.
– L’addition s’il vous plaît, demande-t-il au serveur dans un souffle.
– Vous réglez la totalité de la consommation de la demoiselle ? s’enquiert le barman.
– Bien évidemment, lâche l’homme.
Il m’observe, se demandant probablement comment une créature si frêle peut-elle avoir autant de culot et être aussi téméraire… La vérité, c’est que je suis soûle et que je suis arrivée au stade des expérimentations : je dois savoir si je suis encore capable de faire l’amour, de piquer des miettes de plaisir dans le gâteau du bonheur que la vie réserve aux autres. J’attends qu’il ait fini de régler l’addition, puis je le suis hors du bar, dans l’obscurité de la rue. Mes talons font un bruit fou et résonnent sur le bitume. Il passe un bras autour de mon cou et me tire contre lui. La nuit s’enroule autour de nous, comme un drap autour d’un corps et dépose son ombre sur nos visages.
– Dans quel hôtel veux-tu aller ? me susurre-t-il à l’oreille.
– Peu importe, je te laisse choisir.
À quel moment on est passé au « tu » ?
Il hèle un taxi. Quelques secondes plus tard, la voiture se gare devant nous. Il m’ouvre la porte et m’invite à entrer. Je me faufile sur la banquette arrière en serrant mon sac contre ma cuisse. Il murmure la destination au chauffeur, mais je suis tellement imbibée que je n’écoute même pas. De toute façon je m’en fiche, je veux juste faire l’amour ce soir. Je ne veux plus que tu sois le dernier à avoir visité mon corps. J’ai besoin de me détacher de toi, petit à petit, réapprendre à respirer seule. Pardonne-moi. Je sens une main, chaude se poser sur ma cuisse. L’homme me regarde, il semble presque inquiet.
– Que se passe-t-il ? je lui demande.
– Je te trouve, comment dire, soucieuse, inquiète, quelque chose ne va pas ? s’enquiert-il en fronçant les sourcils.
– Non merci, tout va bien. Alors, où va-t-on ?
– Chez moi…
– Chez toi ? je m’exclame.
– Oui, cela pose un problème ?
– Non… pas le moindre.
Bon, s’il était marié, je ne pense pas qu’il prendrait le risque de m’emmener chez lui, quand nous étions à quelques pas des premiers hôtels… Je crois que je me suis trompée à son sujet, il est probablement divorcé, c’est pour cela qu’il a la marque de l’alliance ! Je suppose qu’il doit avoir du mal à s’en séparer, mais il faut bien le reconnaître, ce n’est pas très pratique d’avoir la bague au doigt pour draguer.
Je laisse mon regard couler à travers la vitre de la voiture. Les rues défilent les unes derrière les autres comme la pellicule d’un film. Le ciel est parsemé d’étoiles, poudre d’or et d’argent, qui scintillent sur l’encre noire de la voûte céleste. J’aime la nuit, j’ai l’impression que le monde est plus beau dans l’obscurité, que toutes les imperfections sont masquées. On devine les choses, on les imagine, les redessine, les réinvente à notre façon. Le taxi quitte la ville pour s’engouffrer sur les routes qui conduisent à la campagne. Je me laisse entraîner, où que ce soit, ça m’est égal. Peut-être que je suis tombée sur un fou qui va me torturer et me séquestrer, et puis ? Plus rien n’a d’importance. On retrouvera mon corps quelque part… Ou pas. Je pousse un profond soupir, exaspérée par mes propres pensées. Je ne sais pas depuis quand on roule, je suis prise d’assaut par mes idées noires et j’ai perdu toute notion du temps. Je regarde l’homme. Lui aussi semble préoccupé. Peut-être qu’il se demande s’il va me tuer ou pas et si oui, de quelle manière ? Ou alors, plus classique, il pense à ce qui va se passer quand on se retrouvera seuls.
Le véhicule ralentit et se gare devant une grande maison de pierre. L’homme ouvre la porte, descend, m’invite à le rejoindre puis règle le chauffeur. Le taxi redémarre et s’enfuit. Nous sommes seuls, debout devant cette grande bâtisse. J’attends qu’il bouge, qu’il dise quelque chose, mais il se contente de soupirer.
– C’est chez toi ?
– Oui…
– Je ne m’attendais pas à ce que tu m’emmènes à la campagne… et encore moins chez toi.
Il ne me répond pas. Son silence commence à me gêner. Il pousse le portillon et m’invite à le suivre. Je monte les escaliers derrière lui pour le rejoindre sur le perron. L’homme glisse sa clef dans la serrure, ouvre la porte et allume la lumière. J’entre. Un petit cri retentit. Mes yeux cherchent l’auteur de ce gémissement qui ne tarde pas à se montrer. Debout sur ses petites pattes de danseuse faisant des pointes, un magnifique chat gris, silver tabby, dirait-on en langage professionnel, s’approche de nous. Le félin fait le dos rond, balance son flanc contre la jambe de son propriétaire et se met à ronronner. J’aime les chats.
– Oh il est trop mignon, dis-je dans un souffle.
– Elle. C’est une chatte. Elle s’appelle Maya.
– Maya, viens ma belle…
J’essaie de l’appeler, mais elle n’ose pas venir, elle ne me connaît pas. Ses grands yeux verts, tels deux émeraudes brillant dans la pénombre scrutent mon visage. Je sais qu’elle m’examine, les femelles défendent toujours leur maître. Je suis rassurée. Un homme qui aime les chats ne peut pas être mauvais.
– Une margarita ? me propose-t-il.
– Avec plaisir.
– Fais comme chez toi, la salle de bains est à l’étage, ouvre les portes, tu trouveras. Les toilettes sont juste à côté, m’indique-t-il.
– Merci.
Je monte les escaliers alors qu’il rejoint la cuisine. Lorsque j’arrive à l’étage, je me rends compte que cette maison est vraiment très belle. Les papiers peints sont dans des tons clairs : beige, taupe, gris ; le mobilier est sobre et épuré. La décoration quant à elle, paraît impersonnelle, comme si on avait souhaité mettre le moins de souvenirs possible. Il n’y a pas de photos, ni de tableaux. Une vraie maison-témoin. Je pousse une porte et tombe sur les toilettes. Je me dis que je ferais bien d’y passer un moment, j’ai dû boire pas loin d’un litre de cocktail.
Ensuite, je me dirige vers la salle de bains, qui d’après les explications de l’homme, est juste à côté. J’entre. La pièce est grande et je pense qu’elle doit être lumineuse, car il y a une très large fenêtre. Une baignoire trône en son milieu, alors qu’une douche à l’italienne est appuyée contre le mur. En face, se dressent deux lavabos surmontés de grands miroirs. Je m’observe. Mon maquillage a un peu passé, rien d’étonnant, entre ma danse au milieu du bar et mon voyage à moitié endormie. Mes cheveux sont ébouriffés, indisciplinés. Je sors ma trousse de maquillage de mon sac à main, rajoute du gris sur mes paupières, redessine le contour de mes yeux et applique un peu de poudre sur mes joues. Je démêle ma tignasse en passant mes doigts entre les boucles, puis les humidifie légèrement pour les lisser. Quelques gouttes d’essence de Trésor Midnight dans mes cheveux, une toilette rapide et je redescends.
Du haut de l’escalier, je le vois. Il est assis sur le canapé, deux verres devant lui. Il semble terriblement anxieux. Je le rejoins d’un pas souple et saisis le verre de Margarita qu’il a eu la bonté de me préparer. Il me dévore des yeux, devine mes formes à travers le tissu de ma robe.
Je lui plais, c’est certain, mais j’ai l’impression qu’il est comme indécis… En revanche, moi j’en ai décidé autrement.
Cet homme est beau et viril, il est plus âgé que moi, donc en théorie plus expérimenté. Et aujourd’hui j’ai besoin que ce soit quelqu’un d’autre qui mène la danse. Mes yeux rencontrent les siens, je lui lance un regard plein de sous-entendus, il me déshabille du sien. Alors je comprends qu’il m’attend, que tout dépend de mon bon vouloir, qu’il ne fera pas un pas de plus vers moi. Doucement, je m’effeuille. Mes doigts rampent sur le ruban qui retient le bustier de ma robe. Je tire sur la boucle, le tissu coule sur mon corps et atterrit à mes pieds. Il me regarde intensément, retient son souffle. Je m’approche lentement et m’assieds sur ses genoux face à lui. Il touche mon visage du bout de ses doigts, quelque chose brille dans ses yeux, je baisse les paupières.
– Je ne suis pas comme ça… me souffle-t-il.
– Je ne te plais pas ? je lui demande.
– Si, tu es très belle, mais c’est la première fois depuis… enfin je n’invite jamais des inconnues chez moi.
– Eh bien, si ça peut te rassurer, c’est nouveau pour moi aussi. Je n’ai jamais fait l’amour le premier soir et encore moins chez un étranger.
Il me sourit, mordille sa lèvre avec ses dents. C’est alors que je comprends.
Je m’approche de son oreille et lui murmure :
– Je suis majeure, je suis née en quatre-vingt-dix.
Lorsque j’écarte mon visage du sien, je vois ses traits se détendre, il a cédé. Le désir l’emporte, il fourre sa main dans mes cheveux et me tire vers sa bouche. Nos lèvres entrent en contact et soudain la température est insoutenable. Un feu brûlant se répand dans mes entrailles et embrase tout mon corps. Je le veux. Je tire sur les pans de sa chemise, les boutons sautent un à un. Il me soulève, me plaque contre le mur et me débarrasse de mes sous-vêtements. Mes jambes tremblantes serrent sa taille, mes ongles déchirent la peau de son dos. Il entre en moi, me maintient contre le mur qui m’écorche. Mais le désir nous précipite, nous nous laissons tomber sur le carrelage froid à la recherche du plaisir ascendant. Son corps recouvre le mien, j’étends mes bras derrière ma tête pour laisser ses mains parcourir mes hanches et remonter jusqu’à ma poitrine. Le plaisir se propage dans chaque grain de ma peau, chaque parcelle de chair qui me compose, je me mords les lèvres pour retenir les gémissements qui s’échappent de ma gorge. Nous passerons la nuit à nous affronter, corps à corps jusqu’à l’épuisement total.
Afficher en entierTrois mois se sont écoulés depuis que tu m’as quitté. J’aimerais tellement reprendre ce que tu m’as volé.
Afficher en entier– On croit toujours qu’on vit quelque chose de parfait quand on commence à tomber amoureux. On se dit qu’il n’y a rien de plus beau, et on se rend compte à quel point on est chanceux quand la personne nous aime en retour. Mais s’il n’y avait que ça ce serait trop parfait. L’amour c’est comme la vie. Il y a un commencement mais il y a aussi une fin. Les amours éternelles cessent de grandir avec la mort mais on dit qu’elles se poursuivent dans l’au-delà. De nos jours, les histoires d’amours se terminent bien souvent avant que l’un des deux amants meurt. Il y a la lassitude, les infidélités, les mensonges, la jalousie, la possessivité, les autres. Tant d’obstacles. Les vrais chanceux sont ceux qui parviennent à franchir toutes ses étapes, et à s’aimer quand même et encore plus, à se pardonner, se comprendre, s’écouter, jusqu’à la fin, et tout au long de leurs vies. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des « perles rares ». Je n’crois pas qu’il existe une âme sœur, une seule et unique, et que le but de notre vie est de la trouver. Heureusement, d’ailleurs, car ça serait vraiment triste ! Quel pourcentage de chance aurions-nous de rencontrer cette personne vu le nombre d’individus qu’il y a sur terre ? Ce serait infime et cela signifierait que la quasi-totalité de la population mondiale serait malheureuse. Dans les faits je pense que la plupart des gens ne sont pas heureux. Mais je ne crois pas que le problème soit véritablement l’amour. Le vrai problème c’est notre nature humaine. Nos attentes sont souvent en désaccord avec la réalité, nos désirs sont toujours disproportionnés et irréalisables. Nous sommes des insatisfaits permanents, et rien ne pourra nous changer, à part nous-même… peut-être.
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Afficher en entierC'est drôle ce sentiment de vide en moi, comme si le monde qui m'entoure n'avait plus de couleurs, les fruits plus de saveurs. Quand je regarde autour de moi, rien à changer. Les fleurs fanent et les arbres jaunissent, mais je sais que tout renaîtra au printemps. Les gens courent toujours après leur routine, se disputent de temps à autre pour pimenter leurs soirées, font des projets qui n'aboutiront pas, croient en un monde meilleur alors qu'ils passent leur vie à le détruire. Et moi, je suis là perdue au milieu de toutes ces choses qui m'échappent, de toutes ces questions sans réponses, et de cette attente qui n'en finit pas. Parfois, je me demande ce que je fais sur cette planète, je n'arrive plus à distinguer le bon chez les gens, comme s'ils avaient oublié d'où ils venaient, quand je les vois asphyxier la Terre qui les as vus naître et qui leur permet d'exister. Je ne me posais pas tant de questions avant. Cette séparation m'a anéanti au point de remettre en cause toute mon existence. Toute l'existence. Je m'aperçois avec désespoir que je n'ai plus de rêves à réaliser. Morts comme notre amour.
Afficher en entierJ'observe Léo, il est penché sur son téléphone, en train d'envoyer un texto et c'est alors que je remarque sa tenue et j'explose de rire. Il me regarde un peu surpris :
– Quoi ?
– C'est vraiment moche le jaune.
– Ouais je sais le pantalon n'est pas vraiment top, la chemise est un peu rose aussi mais bon c'est soirée disco.
– Heureusement que t'es beau gosse sinon j'aurais honte !
– Non mais tu t'es vue toi, dans ton espèce de serviette de bain à paillettes? Ne te moque pas de ma tenue d'infiltré !
– Ben quoi ? Tu n'aimes pas ma robe de star ?
– Si évidemment, on dirait que tu attends sur les marches du Festival de Cannes, se moque-t-il. Et puis tu pourrais être habillée dans un sac poubelle que tu serais quand même jolie.
– Vraiment tu exagères ! Si Roméo racontait des craques pareilles à Juliette, je comprends mieux pourquoi elle s'est suicidée.
– Laisse Roméo en dehors de ça, ils se sont juste plantés dans le timing ! En même temps Juliette l'a joué en solo, tu vois quand c'est les filles qui sont aux commandes, ça finit toujours en désastre.
– Hum ça frise le machisme...
– Pardonne-moi mon petit coquelicot des prés. Accepterais-tu de danser avec moi ?
– Affirmatif, caporal, je ne recule jamais devant une mission, aussi éprouvante soit-elle !
– Je ne te permets pas, je suis un danseur hors-pair, et je te promets de ne pas te marcher sur les pieds.
– J'ai hâte de voir ça !
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