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Quel point de départ puis-je donner à cette intention ? À nouveau, il me faudrait remonter à la petite enfance qui m’a fait vivre beaucoup d’épisodes de joies intenses en rapport avec les animaux et de fortes indignations suscitées par les souffrances qui leur étaient administrées. Il en a été de même avec l’adolescence, quand de telles manifestations contrastées se sont multipliées.
Vers l’âge de dix-huit ans, mes sentiments se sont précisés. On peut commencer à parler de réelle prise de conscience. Celle-ci portait sur la condition animale, mais plus largement j’étais sensibilisé aux questions environnementales : les pollutions, l’épuisement des ressources naturelles, un peu plus tard le changement climatique…
En ce temps-là, j’étais étudiant (ce que je suis toujours… un peu…). Nous
étions en octobre 2007. Je suivais, sans grande passion ni grande assiduité, des cours d’économie à l’université. J’étais en première année de licence.
Pour payer mes études, j’occupais un emploi à temps partiel dans une supérette, non loin du studio où j’habitais, boulevard Montebello, à Lille. En gros, je mettais des articles en rayons. Il s’avère qu’un de mes camarades de promo, du nom de Pierre, qui de surcroît travaillait dans le même magasin que moi, témoignait un intérêt semblable au mien pour les sujets
écologiques. Plutôt de nature renfermée, très peu disert, je ne m’étais pas ouvert de ces préoccupations auprès de lui, n’étant guère enclin à lui parler d’une façon générale, ne nous trouvant pas jusqu’alors d’atomes crochus. Si je me souviens bien, c’est lui qui, à une fin de cours traitant, je crois, d’environnement naturel, avait entamé une discussion sur le sujet. Méfiant, je le laissais discourir, tout en demeurant attentif à son propos. Il m’a alors informé de son engagement dans une association écologiste qui se faisait appeler Les Nectons. (J’ai compris par la suite qu’il ne s’agissait pas d’un sigle, mais de la reprise du nom d’organismes capables de se déplacer en pleine mer à contre-courant ; façon de dire pour ces militants qu’ils se refusaient à suivre les courants dominants.) J’étais intéressé par le propos de
Pierre. Je lui ai posé quelques questions. Aussitôt, j’ai remarqué sa bienveillance à me répondre. « Écoute, si tu veux, a-t-il fini par me dire, viens à l’une de nos réunions. Tu verras, c’est intéressant. Et puis, ça ne t’engage à rien. » Je n’ai pas répondu tout de suite à son invitation.
Néanmoins, la glace étant brisée, je me suis montré un peu plus causant avec lui, que ce soit à la supérette ou en marge des cours, à l’université. À dire vrai, c’était plutôt lui qui, s’étant pris probablement de sympathie pour moi, cherchait à engager la conversation. Il me parlait principalement de nature, d’environnement et d’écologie, mais je dois avouer que son prosélytisme se faisait plutôt discret. Sans doute, m’avait-il perçu comme farouche – ce que j’étais incontestablement à l’époque et que je suis encore aujourd’hui –, aussi ne voulait-il pas me faire peur par un militantisme trop appuyé. Pourtant, les jours passant, disons au bout de deux à trois mois, à force d’évocations du travail de son association, parfois de manière passionnée, ou au contraire, à d’autres moments, sur un ton faussement détaché, il avait suscité en moi une réelle curiosité, si bien qu’un soir, quittant en même temps que lui la supérette, je lui ai signifié mon désir de participer à l’une de ses réunions d’association. À son sourire, j’ai compris que ma demande l’avait comblé et il m’a proposé illico de l’accompagner à la prochaine d’entre elles qui avait lieu le samedi après-midi suivant.
Aujourd’hui, plus de deux ans après, dans ma cellule où j’écris ces pages, je me rappelle cette première rencontre comme si c’était hier. Nous nous
étions retrouvés dans un vieil immeuble, aux escaliers craquants et aux peintures écaillées. C’était une « maison des associations » où se coudoyaient des organisations écologistes et environnementalistes de tout poil, ainsi que diverses structures à dominante sociale, voire des formations politiques, plutôt à l’état de groupuscules, en l’occurrence – si ma perception était correcte – de gauche et d’extrême-gauche. Il régnait, en ces lieux, une ambiance débonnaire, apte à rassurer le quasi-asocial que j’étais.
On me tutoyait spontanément et on m’invitait tout autant à tutoyer. C’était la première fois que je me frottais au monde associatif et je dois dire que, grâce aux personnes rencontrées, les choses se passaient pour le mieux.
Lors de la réunion en question, Pierre m’a présenté aux membres présents des Nectons. Sourires unanimes à mon endroit. De mémoire, nous étions une petite dizaine de participants. Très vite, j’ai remarqué deux d’entre eux.
Il y avait d’abord, le président de l’association, un certain Emmanuel, homme d’une trentaine d’années, déjà à moitié chauve et chaussant de petites lunettes d’intello qui, avec sérieux et tact, animait les échanges.
D’autre part, se tenait Jacques, un universitaire quinquagénaire, parlant peu, mais avec beaucoup d’assurance. Immédiatement, je me suis rendu compte que ses interventions suscitaient la parfaite attention des personnes autour de la table. Moi-même, il m’a paru d’emblée très impressionnant.
La réunion militante à laquelle je participais avait pour objet les rejets polluants d’une usine métallurgique. Si je me souviens bien, il s’agissait d’interpeller les autorités publiques et de préparer un tract en direction de la population. Évidemment, pour cette première, je n’ai pas ouvert la bouche, me contentant d’écouter, essayant de comprendre le contenu des propos et déjà de déceler les divers jeux entre les participants.
Je me suis vraiment plu à cette rencontre fondatrice et j’ai demandé à
Pierre s’il me serait possible de revenir. Cela ne posait aucun problème, m’a-t-il dit, Les Nectons étaient très ouverts et ma présence ne les gênait aucunement, bien au contraire. Les semaines suivantes, ils se sont montrés délicats envers moi, n’évoquant jamais la question de l’adhésion.
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