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Extrait ajouté par bremond 2018-10-01T09:19:06+02:00

Après avoir pénétré la zone du parc jusqu’alors inter- dite, les détenus franchirent le grand portail pour se retrou- ver au sein d’un complexe de bâtiments et de monuments insolites. Ils observèrent, impressionnés, une grande arche en pierres sculptées, elle ouvrait sur une cour où s’élevait une grande habitation aux murs transparents reflétant le soleil, un rayonnement aveuglant. S’étalant vers le levant, au pied du palais de verre en construction, reposait un jar- din de plantes vertes soigneusement alignées, d’arbustes taillés au carré. Les représentants des premières Nations furent étonnés. Pourquoi les Blancs cherchaient-ils ainsi à

domestiquer les éléments ? La troupe d’indigènes poursui- vit son excursion. Elle croisa une grande statue de bronze, environnée de palmiers et de mimosas odorants. Cortez, le conquistador des terres du Sud, qui s’était approprié les richesses en massacrant ses habitants, avait à ses pieds des aigles sculptés. De voir son esprit protecteur ainsi figé dans la pierre, dans l’impossibilité de voler, troubla Achachak.

Les prisonniers passèrent sous un arc de triomphe et des- cendirent une large avenue. Ils traversèrent les quartiers animés de San Francisco, maisons basses, à cinq étages, villas nues ou fleuries, bassins et fontaines. Escaladant les nombreuses collines dominant la grande baie, les fau- bourgs s’étalaient à perte de vue vers la haute falaise et coulaient entre deux caps flottant sur l’océan Pacifique.

Les Natifs marchèrent avec émotion sur le sable brûlant et s’avancèrent religieusement dans l’eau tiède et limpide.

Certains avaient retiré leurs vêtements et n’avaient gardé

que le pagne ou le langota, d’autres restaient couverts de la tête aux pieds. Des mois durant, ils avaient entendu les rouleaux de la mer sur la plage, écouté les oiseaux crier dans le ciel, maudit leur détention arbitraire, sans procès, sans verdicts, ni même un mot pour les rassurer, ils retrou- vaient enfin la liberté. Ils se mirent à pleurer. Ne sachant pas nager, Achachak se contenta de tremper ses pieds dans l’eau salée. Effrayé par la succion que produisait le retrait des flots sur le sable mouillé, il fixa avec envie quelques téméraires qui crawlaient comme s’ils voulaient gagner au plus vite le large et disparaître à jamais. Son regard se perdit sur la multitude d’îles émergées, les voiliers et les bateaux

à vapeur libérant leurs fumées. Cherchant dans le ciel pur l’aigle afin de s’y accrocher, il ne vit que des goélands, des oies qui revenaient des contrées plus chaudes où elles avaient hiberné.

Les représentants des divers continents restèrent sur la plage la journée entière, sans rien faire d’autre que de respi- rer l’air marin, s’imprégner de soleil, s’étendre sur le rivage.

N’osant bouger de peur que leurs geôliers ne changent d’avis et les enferment à nouveau, ils ne touchèrent pas à la nourriture qu’on leur avait préparée, préférant jeûner pour remercier les ancêtres, les esprits, les âmes, les divinités, le tout autre de les avoir gardés. Les petits, en revanche, se précipitèrent sur les sandwichs et les boissons, puis ils cou- rurent retrouver leurs châteaux de sable, leurs îles secrètes ou bien l’eau tempérée. En remplissant de rires les longues journées de captivité, ils avaient permis à leurs aînés de survivre au découragement, la mélancolie, ils leur avaient donné la force de patienter, l’espoir de retourner dans leurs huttes, wigwams, riads ou casbah. Les enfants ne devaient pas dépérir, ils devaient être protégés.

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Extrait ajouté par bremond 2018-10-01T09:17:07+02:00

Absorbés par le feu gémissant, Achack et Kitchi goûtaient au silence de la nuit. Le jeune Innu se tourna vers son ami.

« J’ai du mal à croire que les visages pâles dont parle le septième feu soient les Blancs, ils n’ont apporté que trahi- son et destruction, comment pourraient-ils choisir notre spiritualité, allumer un feu de fraternité ? Que disait ton oncle ?

– Rien en fait. Je suis sûr qu’il savait ce qu’il faisait en me la rapportant. C’est curieux, avant de te la conter, je n’avais aucun souvenir de cette histoire. Maintenant je peux enfin voir un sens à ma mission.

– Parce que tu vas devenir un homme-médecine ? »

Surpris par la question de son camarade, Achack s’esclaffa.

« Ne ris pas ! Dans mon clan, c’est ma grand-mère qui est la conseillère du chef, elle l’a depuis la naissance pré- paré à résister et à déjouer le plan des Blancs ! réagit Kitchi.

– C’est pour cela que tu me demandes si je vais devenir un homme-médecine, pour te conseiller dans le cas où tu prendrais la suite de ton père ? Je t’ai transmis l’histoire des sept feux, peut-être qu’elle t’inspirera plus tard. En tous les cas je penserai souvent à toi. Il faut dormir maintenant, nous avons tous les deux une grande route à parcourir. La tienne est moins longue, mais je suis sûr qu’elle te donnera les qualités d’un bon chef, courageux, libre et droit. »

Sur la rive d’une anse illuminée d’or, Kitchi marchait vers l’ouest, le ventre vide, en quête de son animal protec- teur au sein de la forêt de bouleaux, d’épinettes, le domaine du lynx roux. C’est là que commencerait véritablement son initiation. Observant son ami disparaître peu à peu,

Achack retrouva la solitude et la peur qu’il avait laissées sur les berges du Piekuakami. Il n’avait plus personne à

qui se confier, plus de clan sur lequel il pouvait compter.

Légèrement précisée, sa mission lui semblait beaucoup plus périlleuse qu’il ne l’avait envisagé. Qui donc était les autres dont il devait se méfier, les visages pâles de la pro- phétie ? Après avoir mémorisé la beauté du fjord scintil- lant, un long ruban doré courant vers le levant safran, la route qu’il ne devait pas quitter, l’Algonquin prit son ins- trument et, à l’aide de sa mailloche, se mit à jouer. Voilà des lustres qu’il n’avait pas sorti sa percussion, si ce n’était pour se le faire garnir de plumes d’aigle, deux belles et grandes pennes jaunies.

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Extrait ajouté par bremond 2018-08-31T08:58:54+02:00

Absorbé par son ouvrage, Achack ne s’était pas rendu compte que le ciel s’était obscurci pour faire place à la nuit, seules les flammes éclairaient encore ses mains expertes.

L’obscurité ne l’empêcha pas de constater son travail mal fait, une lune gibbeuse plus qu’un cercle parfait. Il fut déçu, toutefois la peau cacherait les défauts. Épuisé, l’artiste convoita la viande boucanée. Non, il ne pouvait pas man- ger, pas avant d’avoir eu sa vision ! Il s’allongea sur la terre, se recouvra de sa peau d’orignal et s’endormit comme une masse.

Un tambour, un cercle luminescent, veillait dans le ciel étoilé.

La pleine lune, la mère qui accouchait. Une mailloche, une traînée

étincelante, sortit de son sein. Le rayon du soleil qui l’avait fécondée, le père qui avait semé. Le maillet frappa l’instrument, la pulsation d’un cœur, Lune et Soleil ne firent plus qu’un, un couple aimant.

À deux ils formèrent un disque, un calice de fleur, le rond des wigwams et des nids, le cercle de paroles des Algonquins, le cycle de la vie. La

Lune et le Soleil donnèrent naissance à la Terre. Les étoiles dansèrent en ronde autour du petit, un tambourin, une future mère. Les pieds des hommes-médecines, chasseurs, guerriers et femmes martelèrent la terre, autant de rayons qui ensemencèrent la mère, qui firent battre son cœur. Alors des couples s’unirent, les mères procréèrent à leur tour et la terre grossit. Dans le ciel, la pleine lune chanta l’amour, elle chanta le respect, c’était le chant du tambour.

Achack se redressa. Au cœur de la forêt hurlaient les loups. Les étoiles scintillaient sur la voûte profonde. Grosse et fluorescente, la lune brillait au-dessus du foyer éteint, sans braises et sans fumée. Les astres étaient tels qu’il les avait laissés. Avaient-ils tourné un cycle complet pendant qu’il dormait, un repos de plus d’une journée ? Il étira les bras et chercha à se lever, mais son corps refusa de bouger, figé sur sa peau, ankylosé, vanné et affamé. Il était trop tôt pour s’activer, il ne lui restait plus qu’à se recoucher.

Allongé sur le dos, Achack regardait le ciel où tournaient les planètes, à l’exception de l’étoile du nord qui restait fixe pour orienter son peuple. L’image d’Alsoomse hantait son esprit. Il se remémora son rêve, celui du tambour qui chan- tait la lune, la terre et la féminité. Il ne sut plus quoi penser.

L’objet était presque prêt alors que son voyage n’avait pas encore commencé, il rêvait sans arrêt sans qu’aucun ani- mal ne vienne habiter ses visions. Lui fallait-il jeûner plus longtemps ? Le désespoir gagna le garçon. La percussion inachevée l’éloignait de ses responsabilités dans son clan, celui de son rêve lui faisait espérer l’union et la paternité.

Dans son songe, l’instrument chantait l’amour, alors il le battrait nuit et jour jusqu’à ce qu’il le conduise à celle qu’en tant qu’homme il devra aimer. Fermant les yeux, il se ren- dormit avec cette agréable et satisfaisante pensée.

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