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-Nysander nous a parlé d'un groupe de quatre personnes et nous voici assis là, réduits à deux avant même d'avoir commencé.

-Nous sommes toujours quatre, Micum

Pendant un moment, Micum contempla la mosaïque à ses pieds, puis il posa la main sur l'épaule frêle de son ami.

-Je sais ce que Valérieus a dit hier. J'ai autant envie d'y croire que toi, mais...

-Non!(Seregil lui jeta un regard furieux.) Tant que je ne tiendrai pas son cadavre dans mes bras, je considérerai qu'Alec est vivant, tu m'entends?

Micum ne comprenait que trop bien l'angoisse que seregil ressentait sous sa colère apparente. Si Alec était toujours en vie, Seregil se battrait contre les flammes et contre la mort elle-même pour le sauver. Si Alec était mort, alors il ferait de même pour retrouver la piste de ses assasins. Quelle quand soi l'issue, son compagnon était rongé par la culpabilité

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La porte de sa chambre était fermée, mais des empreintes de pas sanglantes y menaient. Il prit un pot de pierres lumineuses sur une étagère, ouvrit la porte d'un coup de pied et jeta les pierres dans la pièce.

Un miaulement étrange lui parvint de l'intérieur. Les sens en alerte, Seregil brandit son épée. Il y eut un deuxième miaulement qui se termina en grognement. Juste après, il découvrit Ruetha ramassée sur elle-même, au-dessus d'une armoire, les yeux luisants comme des braises. Elle cracha dans sa direction, puis descendit d'un bond et se précipita vers la porte.

Ici, tout semblait intact, excepté les rideaux de velours vert qui encadraient son lit. Il ne les utilisait jamais, mais quelqu'un les avait tirés tout autour de la couche. Cette même personne avait laissé des empreintes de pas ensanglantées sur le tapis.

Sa respiration se fit plus bruyante quand il s'obligea à traverser la pièce, sachant déjà ce qu'il trouverait en ouvrant les tentures.

- Non, dit-il d'une voix rauque, sans se rendre compte qu'il parlait tout haut. Non, non, non, je vous en supplie, non...

Les mâchoires contractées, il tira le rideau.

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Sans prendre le temps d’évaluer les conséquences de son impulsion, Alec se tourna, prit son ami dans ses bras et l’étreignit avec vigueur.

— Ça va aller, talí, murmura-t-il d’une voix rauque, ça va aller, maintenant.

Pris par surprise, Seregil hésita un instant avant de lui rendre son étreinte. Son cœur s’emballait contre celui d’Alec. En le sentant, le garçon fut submergé d’une fatigue mêlée d’un sentiment de paix. Ce moment d’intimité le poussa à soupirer de plaisir. De la fontaine, Alec apercevait la lueur de quelques lampes qui brillaient à travers les branches nues des arbres, dans la rue des Lanternes un peu plus haut. Il eut un sursaut coupable lorsqu’il se rendit compte que Seregil avait emmêlé ses doigts dans ses cheveux, sur sa nuque, de la même façon qu’il avait caressé le jeune homme chez Azarin, à peine quelques semaines plus tôt.

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Dans sa bouche, Alec sentait ses dents pourrir et se détacher. Un flot de bile chaude lui remonta au fond de la gorge, grossi par la sensation que des serpents se tortillaient dans son ventre. Il n’avait qu’une envie : se recroqueviller sur lui-même, échapper à cette agonie interminable, mais les pics de fer enfoncés dans ses mains et ses pieds lui maintenaient les membres écartés. Aveugle, sans défense, il restait allongé, à attendre de pouvoir replonger dans les rêves obscurs où seuls existaient les soupirs du vent et de l’eau…

De temps à autre, des visages venaient s’immiscer dans les ténèbres. Ils émergeaient du brouillard juste assez longtemps pour le lorgner, puis disparaissaient de sa vue avant même qu’il ait eu le temps de les identifier.

La fièvre monta. Elle le brûlait sous la peau pour effacer le moindre de ses souvenirs, jusqu’à ce qu’il ne reste rien en dehors de la mer qui se pressait…

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Sur le lit, il trouva seulement une dague avec une mèche de longs cheveux blonds enroulée autour de la garde. D’une main tremblante, Seregil s’en empara et reconnut la poignée en corne noire incrustée d’argent : c’était le couteau qu’il avait donné à Alec à Wolde.

Pendant un instant fugace, il lui sembla sentir de nouveau le pouce d’Alec sur son visage, cherchant à étaler la cendre sur sa joue.

— Où est-il ? siffla Seregil. (Il reprit son épée en main et se rua dans le salon.) Espèce de salauds ! Que lui avez-vous fait ?

Un rire diabolique s’éleva à côté de lui. Seregil se figea, balayant la pièce du regard. Le rire résonna de nouveau et lui fit dresser les cheveux sur la nuque. Il connaissait cette voix.

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— Pourquoi as-tu été renvoyé ?

— « Renvoyé » ? J’ai été banni, Alec. Banni pour trahison et pour complicité de meurtre, quand j’étais plus jeune que tu l’es aujourd’hui.

— Toi ? (Alec en eut le souffle coupé.) Je… je n’arrive pas à le croire. Que s’est-il passé ?

Seregil haussa les épaules.

— J’étais idiot. Aveuglé par ma première passion, j’ai cru agir au nom de l’amour, et je me suis coupé d’Adzriel et de tous ceux qui essayaient de me sauver. Je ne savais pas que mon amant se servait de moi, ni quelles étaient ses véritables intentions. Il n’empêche qu’un homme est mort et que c’était bel et bien ma faute. Les détails n’ont pas vraiment d’importance. Alec, je ne me suis jamais autant confié sur le sujet, et je ne t’en dirai pas plus, pas maintenant. Un jour, peut-être… Le fait est que deux d’entre nous ont été exilés. Tous les autres furent exécutés, sauf mon amant, qui s’est échappé.

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Sarisin laissa place à dostin, qui resserra son étreinte hivernale sur la cité. La neige tomba en rafales de la montagne. Avec la pluie verglaçante qui venait de la mer, la ville se tapissa d’une gadoue mêlée de glace fondue, rendant les déplacements risqués. La fumée qui s’échappait des milliers de cheminées se fondait dans le brouillard et noyait les toits de la ville dans une brume grise à longueur de journée.

Les préparatifs de la guerre se poursuivaient au milieu de rumeurs et d’alertes mineures constantes. Dans les cités myceniennes, les marchands skaliens étaient harcelés, les entrepôts pillés ou brûlés. Jusqu’aux ports de régions extrêmes de l’Ouest comme Isil, on nota la présence d’unités plenimariennes chargées d’enrôler les civils de force. Il se disait que plus d’une centaine de quilles avaient été installées sur les chantiers navals plenimariens.

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Partout dans la cité, on suspendait des gongs semblables à celui-là. La Nuit du Deuil était la plus longue de l’année. Elle commençait par une série de cérémonies solennelles célébrées au temple de Sakor. On rejouerait le trépas symbolique de l’ancien dieu, et tous les feux de la cité seraient éteints à l’exception d’un seul, sur lequel veilleraient la reine et sa famille, au temple. Le lendemain matin, aux premières lueurs de l’aube, on ôterait les draps qui recouvraient les gongs. Les sons qui résonneraient accueilleraient le dieu ressuscité, tandis que des envoyés rallumeraient chaque foyer avec le feu de la nouvelle année. Partout en Skala, des versions similaires de cette cérémonie allaient être célébrées.

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Approchant de la fin de son histoire, Alec posa la tête sur l’épaule de son ami, épuisé, et prit de nouveau une profonde inspiration.

— Le pire… Quand Ashnazai t’a mis à mort… enfin, quand il m’a fait croire qu’il t’avait tué, il a dit des choses… (Alec serra les paupières.) J’ai cru que tu étais mort en pensant que je t’avais trahi.

D’une caresse, Seregil repoussa une mèche du front d’Alec et y déposa un baiser.

— Tout va bien, talí

. Si cela avait été vraiment moi, je ne l’aurais pas cru une seconde. Je te connais trop bien.

— Je ne te l’ai jamais avoué… (Le visage pâle d’Alec devint cramoisi.) C’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, mais je…

Il bafouilla et Seregil l’attira à lui.

— Je sais, talí, je sais.

Ce fut Alec qui prit l’initiative de l’embrasser.

Seregil resta tout d’abord incrédule, mais Alec insistait, maladroit et toutefois déterminé. Ce baiser gauche dura un moment, une éternité. Il traduisait des mois de silence, de perplexité et de sincérité.

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Il se força à se remémorer le sourire en coin qui illuminait le visage de son ami chaque fois qu’Alec avait approfondi une nouvelle compétence, le plaisir que Seregil prenait à tourmenter Thero, ou sa main fermement agrippée à son épaule, quand il avait tiré le garçon en arrière, la fois où il s’était retrouvé au bord de la falaise, après l’embuscade au sud de Cirna.

Et l’allure de Seregil, cette nuit-là, rue des Lanternes. Le plaisir coupable qu’Alec avait éprouvé lui revint brusquement, comme celui qu’il avait ressenti plus tard au contact de la main de son compagnon négligemment posée sur sa nuque…

Ses joues s’enflammèrent au souvenir de cette caresse. C’était trop douloureux d’y repenser, puisque désormais, plus jamais…

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