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Les extraits ajoutés par Zazou42

Et l'Homme dans tout ça ? Que représente-t-il dans le souffle cosmique? Se rend-il compte que ce qui le dénude et l'isole? Le désert est-il autour de lui ou bien en lui?...

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S'il y avait une morale à l'existence, elle se résumerait ainsi: nous ne sommes que des souvenirs ! Un matin, on est là; un soir, on n'est plus. La seule empreinte que nous laisserons derrière nous est une évocation de moins en moins précise que la mémoire fourguera sans vergogne à l'oubli. Que me restera-t-il de Bruno? Que me restera-t-il de Hans? Tout ce que je n'aurai pas su garder: si le timbre d'une voix, un sourire évanescent, des circonstances déformées par le prisme des ans, des absences aux allures de gueules de bois. Maintenant qu'ils ne sont plus là, j'évolue l'inconsistance des vérités en ce monde capricieux... Et après?... Après, la boucle sera bouclée; on reprendra tout depuis le début et on réapprendra à vivre avec ce que l'on ne possède plus. La nature ayant horreur du vide, on se crée de nouveaux repères. Par pur égoïsme...

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Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut être, simplement en les vivants finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.

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Arquant le cou, elle souffla un long jet de flammes jaune et bleu vers les hauteurs du bâtiment.

"Je connais mon vrai nom!"

Elle prononça une phrase en ancien langage, et Eragon crut entendre résonner un coup de gong dans son esprit. Les écailles de la dragonne s'illuminèrent d'une lumière intérieure, et pendant une brève seconde, elle sembla taillée dans une étoile.

C'était un nom majestueux, non dépourvu d'une certaine tristesse, car il la désignait comme la dernière femelle de son espèce. Il exprimait l'amour et la dévotion qu'elle avait pour Eragon, ainsi que divers traits de sa personnalité. Ses défauts y étaient présents autant que ses qualités. Mais ce qui dominait était une image de feu, de grandeur et de beauté.

Elle s'ébroua, et un frémissement la parcourut du bout du nez jusqu'à l'extrémité de la queue:

"Je sais qui je suis!"

[...]

Eragon remit Brisingr au fourreau et s'approcha de la dragonne. Elle baissa la tête pour se mettre à sa hauteur. Appuyant le front sur son museau, il lui prit les mâchoires entre les mains et serra si fort que les écailles dures lui blessèrent les doigts. Des larmes brûlantes lui roulaient sur les joues.

"Tu pleures? demanda-t-elle. Pourquoi?"

"Parce que ... j'ai tant de chance d'être lié à toi!"

"Petit homme."

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Il lâcha une exclamation, avant de se mettre à rire et à pleurer; à rire parce qu"il avait réussi et qu'il avait enfin compris; à pleurer parce que ses manquements, les erreurs qu'il avait commises, apparaissaient maintenant dans toute leur évidence, et qu'il n'avait plus d'illusions grâce auxquelles se réconforter.

- Je ne suis plus ce que j'étais, murmura-t-il en s'accrochant aux rebords de la colonne. Mais je sais qui je suis.

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Tu n'apprendras rien sur toi tant que tu t'appuieras sur quelque chose ou sur quelqu'un.

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Comme ç’aurait été bien, se disait Tengo, si elle avait pu parler en toute simplicité, comme une fillette parfaitement ordinaire. Ils auraient pu être amis. Même si l’amitié entre une fille et un garçon de dix ans n’est jamais simple. C’est peut être une des choses les plus difficiles du monde. Il avait néanmoins guetté l’occasion d’avoir une conversation amicale. Elle ne s’était jamais présentée. Aomamé n’était pas dans une situation normale. Elle était isolée au sein de la classe, tenue à l’écart par les autres, et elle se cantonnait dans son silence farouche. Alors Tengo avait préféré choisir de se lier secrètement avec elle, dans son imagination ou dans ses souvenirs, plutôt que de chercher en vain une véritable relation.

A dix ans, Tengo n’avait pas de représentation concrète de la sexualité. Pour lui, être en quête de la fillette, cela signifiait qu’il espérait qu’elle lui serre la main encore une fois. Qu’ils se retrouvent seuls dans un endroit où elle lui prendrait la main. Et puis, qu’elle lui confie à voix basse ses secrets de petite fille de dix ans. Il s’efforcerait de les comprendre. Et ce serait peut être un début. Mais le début de quoi, Tengo n’en avait pas la moindre idée.

[…]

Par la suite, Tengo avait longtemps regretté sa conduite. Pour le dire plus précisément, il regrettait son absence de conduite. Maintenant, fréquemment, se formaient dans sa tête tous les mots qu’il aurait dû lui dire. Tengo savait clairement qu’il avait eu envie de lui parler, qu’il aurait dû lui parler. Rétrospectivement, cela ne lui semblait pas si difficile. Il aurait suffi qu’il la guette et qu’il lui dise quelques mots. Il aurait dû trouver une occasion et rassembler un peu de courage. Mais cela lui avait été impossible. Et les occasions s’étaient perdues à tout jamais.

[…]

Néanmoins, le violent tremblement de cœur qu’il avait éprouvé lorsque Aomamé lui avait serré la main dans la salle de classe, jamais il n’en refit l’expérience. Aucune des femmes qu’il connut à l’université ou plus tard ne laissa en lui une empreinte aussi nette et vivante que celle qu’avait imprimée la petite fille. Chez ces femmes, Tengo ne parvenait pas à trouver ce qu’il recherchait vraiment. Il y en eut de jolies, d’autres au cœur ardent. Certaines l’aimèrent. En fin de comte, elles venaient puis s’en allaient, tel des oiseaux aux ailes multicolores qui se sont posés sur la branche d’un arbre et restent prêts à s’envoler ailleurs. Elles ne pouvaient donner à Tengo ce qu’il souhaitait et lui, de son côté, ne réussissait pas à les satisfaire.

[…]

Il s’interrogeait. Si Aomamé était là, parmi les gens qui attendent, est-ce que je la reconnaîtrais au premier coup d’œil ? Cela faisait tout de même vingt ans qu’il ne s’était pas vus. La possibilité qu’ils se reconnaissent était plutôt mince. Ou encore, en croisant une passante et en imaginant que c’était Aomamé, oserait-il lui adresser la parole ? Il n’en était pas convaincu. Il serait sûrement trop intimidé et il ne tenterait rien. Et puis, après, il aurait de nouveau des regrets cuisants et se demanderait pourquoi il n’avait pas été capable de lui dire un mot.

[…]

Mais si, par miracle, nous nous rencontrions, que le destin faisait que nous nous reconnaissons, alors je me confierais totalement, je lui ouvrirais mon cœur. Nous irons dans un café des environs (si elle avait le temps, bien sur, et si elle acceptait mon invitation), nous nous assiérions face à face et nous boirions quelque chose.

Il avait tant de choses à lui raconter. Il lui dirait, par exemple « Je me rappelle bien que tu m’as serré la main dans la salle de classe de l’école. Après j’aurais voulu que nous soyons amis. J’aurais voulu savoir pleins de choses sur toi. Mais je n’ai rien fait. Il y avait à cela différentes raisons. Mais le problème principal, c’est que j’étais peureux. Je l’ai toujours regretté. Encore aujourd’hui, je le regrette. Et puis, j’ai tellement pensé à toi. » Bien sûr, il ne lui dirait pas qu’il s’était masturbé avec son image dans la tête. Cette sincérité relevait d’un autre ordre.

Mais peut être ne devrais-je pas souhaiter ces choses-là, pensait Tengo. Peut être valait-il mieux ne pas se revoir. Nous risquerions d’être déçus. Aomamé est devenu une petite employée ennuyeuse, avec un visage usé. Ou bien une mère insatisfaite, qui crie sur ces enfants d’une voix stridente. Peut être ne se découvriraient-ils aucun sujet de conversation commun. Oui, ce genre de possibilité existait. Si c’était le cas, l’unique chose que Tengo avait gardé en lui, celle qui comptait le plus pour lui, serait perdue à tout jamais. Mais Tengo avait la quasi-certitude qu’il ne pouvait en être ainsi. Il était persuadé que les atteintes du temps ne pourraient l’altérer. Il l’avait vu, dans les yeux déterminés de la petite fille de dix ans, dans son profil animé d’une volonté farouche.

Et lui ? Soutiendrait-il la comparaison ?

A cette pensée, Tengo se sentait inquiet.

S’ils se revoyaient, ne serait-ce pas plutôt Aomamé qui serait déçue ? Le Tengo du temps de l’école était un génie en mathématiques, admiré par tous, ses résultats étaient au top dans presque toutes les disciplines, il était très grand, et il excellait dans tous les sports. Les enseignants faisaient grand cas de lui et le voyaient comme quelqu’un de très prometteur. Peut être était-il une sorte de héros à ses yeux. Aujourd’hui, il n’était qu’un petit chargé de cours dans une école préparatoire. Ce n’était pas un véritable engagement. Ces tâches étaient certes faciles, et, puisqu’il vivait seul, elles lui permettaient d’être à l’aise. Mais il était loin d’être devenu un champion de la société. En dehors de son travail d’enseignant, il écrivait des romans. Aucun n’avait été publié. Et à côté, il rédigeait des horoscopes pour une revue féminine. Du pur boniment, même s’ils étaient estimés. Il n’avait aucun ami véritable, aucune amoureuse. La seule personne avec qui il entretenait une relation suivie était une jeune femme mariée, de dix ans son aînée, qu’il rencontrait en secret une fois par semaine. La seule réalisation aboutie dont il pouvait être fier, c’était La Chrysalide de l’air, devenue un best-seller. Mais pour rien au monde il ne devrait révéler qu’il avait travaillé sur ce texte comme ghost-writer.

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Toutes les idées ont leur forme et leur couleur. Et tantôt elles croissent, tantôt elles décroissent, comme la lune.

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Tengo poursuivit. « Je suis fatigué de vivre dans la haine, dans la rancune. Je suis fatigué de vivre sans aimer personne. Je n’ai pas un seul ami. Pas un seul. Et, plus que tout, je suis incapable de m’aimer. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas aimer les autres. C’est en aimant, puis en étant aimé, qu’un homme apprend à s’aimer. Tu comprends ce que je te dis ? Quand on ne peut pas aimer, on est incapable de s’aimer vraiment. Non, je ne suis pas en train de te dire que ce serait ta faute. Si j’y réfléchis bien, tu es peut être une victime toi aussi. Toi non plus, tu ne sais pas comment t’aimer. Non ?

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Quand il pleuvait, les fruits perdaient leur parfum, même leur couleur pâlissait.

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