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CHAPITRE 1
Mon bureau occupait un petit et solide bâtiment sur Jeremiah Street, dans la partie nord-est de la ville. Jeremiah Street s’appelait autrefois North Arcadia Street, jusqu’à ce qu’un jour un pasteur du sud marche au plein milieu de l’intersection North Arcadia et Ponce de Leon, et commence à hurler à propos de l’enfer et de la damnation. Il s’autoproclamait le second Jeremiah, et exigeait des passants qu’ils se repentent et cessent l’idolâtrie. Quand la foule l’a ignoré, il a balancé une pluie de météores qui ont écrasés deux quartiers de la ville. Avant qu’un tireur de la Division des Activités Paranormal ne l’abatte avec une arbalète, la rue était devenue une ruine fumante.
Puisqu’ils ont dû reconstruire depuis les fondations, ils ont renommé la rue d’après l’homme qui l’a démolie. Il y avait une morale quelque part dans l’histoire, mais là tout de suite, je n’avais pas la tête à la chercher.
Jadis faisant partie de Decatur, et aujourd’hui juste de l’énorme désordre tentaculaire d’Atlanta, Jeremiah Street n’était pas aussi bondée que Ponce de Leon, mais les magasins d’artisans et le grand garage auto amenaient pas mal de trafic devant mon emplacement.
Je laissais ma jeep dans la rue, sortis, déverrouillai la chaîne qui sécurisait l’emplacement du parking, et je fis rouler la voiture à l’intérieur.
Mon bureau avait dû être une maison à un moment donné. La porte de côté, à partir du parking, menait à une petite mais très pratique cuisine, qui à son tour menait dans la pièce principale, où mon bureau m’attendait. Près du mur du fond, un escalier en bois offrait l’accès à un petit loft au second niveau, avec un petit lit. Plusieurs plus petites pièces étaient annexées à la pièce principale. Je les utilisais pour conserver mon stock d’herbes et d’équipements, dont tous deux excellaient à prendre la poussière.
Je déposai mon sac sur mon bureau, et je vérifiai mon répondeur. Un énorme zéro rouge me fit de l’œil depuis le cadran digital. Pas de messages.
Surprenant.
Je marchai jusqu’aux fenêtres, et redressai les stores. La lumière matinale se déversa dans la pièce, sectionnée par les épaisses barres de métal qui encadraient les vitres. Je déverrouillai la porte dans l’espoir que d’éventuels clients passent par là. C’était une porte massive, épaisse, et renforcée avec de l’acier. J’avais le sentiment que si quelqu’un tirait au canon dessus, le boulet de canon rebondirait et s’en irait rouler le long de la route.
Je revins vers la cuisine, mis en route la machine à café, et repartis vers mon bureau, avant de prendre place dans mon fauteuil. Un paquet de factures était devant moi. Je les fusillai du regard, mais elles refusèrent de s’enfuir en courant. Je soupirai et sortis mon couteau pour ouvrir les enveloppes marrons de piètre qualité. Facture d’électricité, facture d’eau, facture d’air chargé pour les lanternes feys, facture pour les collecteurs d’ordures avec une note menaçant d’irréparables dommages sur ma personne à moins de payer ladite facture. Une enveloppe de la part de la compagnie des collecteurs d’ordure avec le chèque retourné.
La compagnie des collecteurs d’ordures continuait d’écrire mon nom « Donovan », malgré de nombreuses corrections, et lorsque je leur avais envoyé le paiement, ils n’avaient pas réussi à trouver mon compte. Même si j’avais marqué mon numéro de compte sur ce putain de chèque. Ça faisait deux fois maintenant. J’avais l’impression que si je me rendais dans leur bureau et gravais mon nom sur un mur avec mon épée, ils se débrouilleraient toujours pour ne pas l’écrire correctement.
Je me laissais aller contre mon dossier. Etre dans mon bureau me mettait d’humeur amère. Je n’avais jamais eu mon propre business avant. J’avais travaillé pour la Guilde des Mercenaires, qui traitait des cas dangereux de magie, prenait l’argent, et ne posait aucune question. Ensuite, j’avais travaillé pour l’Ordre des Chevaliers Miséricordieux, qui offrait une assistance violente en fonction leurs conditions seulement. L’Ordre et moi nous étions quittés, et maintenant j’étais propriétaire de Cutting Edge Investigations.
Le bureau avait officiellement ouvert ses portes il y a un mois de cela. J’avais une solide réputation, et des relations importantes. J’avais fait passer une annonce dans le journal, fait passer le mot dans la rue, et jusqu’à présent, personne ne m’avait engagé pour quoique ce soit.
Ça me rendait dingue. Je devais me reposer sur la Meute pour financer mon business, et ils avaient réglé ma facture des services publics pendant un an. Ils m’avaient fait un prêt, non pas parce que j’étais une guerrière efficace et émérite, et non pas parce qu’à un certain moment j’avais eu le statut d’Amie de la Meute. Ils me l’avaient fait parce que j’étais unie à Curran, ce qui faisait de moi la femelle alpha de la Meute. Jusqu’ici, Cutting Edge se trouvait être l’un de ces business fantoches que les hommes riches offrent à leurs femmes pour les garder occupées.
Je voulais que ça marche, bon sang. Je voulais que ce soit profitable et que je puisse tenir sur mes deux jambes. Si les choses continuaient ainsi, je serai forcée de courir partout dans la rue en criant « On tue des choses pour du fric ! ». Peut-être que quelqu’un aurait pitié de moi, ça me changerait.
Le téléphone sonna. Je lui jetai un coup d’œil. On ne sait jamais, ça pourrait être une farce. Il sonna de nouveau, et je décrochai :
- Cutting Edge.
- Kate, fit une voix sèche, sur un ton urgent.
Tiens, ça faisait un moment.
- Salut, Ghastek.
Et que pouvez bien me vouloir le premier Maître des Morts d’Atlanta ?
Quand une victime d’Immortus pathogen décédait, son esprit et son égo mourraient avec lui, laissant une coquille vide de son corps, bien plus fort, bien plus rapide, et dominé seulement par sa soif de sang. Les Maîtres des Morts récupéraient ces coquilles vides, et contrôlaient les vampires comme des voitures téléguidées. Ils dictaient chaque tic des suceurs de sang, voyaient par leurs yeux, entendaient par leurs oreilles, et parlaient à travers leurs bouches. Dans les mains d’un bon navigateur, un vampire devenait le cauchemar ambulant des humains.
Ghastek, comme quatre-vingt-dix pourcents des navigateurs, travaillait pour le Peuple ; un embarrassant mélange entre un culte, une société, et un laboratoire de recherches. Je détestais le Peuple de tout mon cœur, et je détestais encore plus Roland, l’homme qui les dirigeait.
Malheureusement, à cheval donné, on ne regarde pas les dents. Si Ghastek appelait, c’était parce qu’il voulait une faveur, ce qui signifiait qu’il me serait redevable. Avoir le meilleur Maître des Morts de la ville comme débiteur pouvait s’avérait intéressant dans ma branche.
- Que puis-je faire pour toi ?
- Un vampire en liberté se dirige vers toi.
Nom de dieu.
Sans navigateur, une faim insatiable poussait les vampires au massacre. Un vampire sauvage massacrerait n’importe quoi sur sa route. Il pourrait tuer une dizaine de personnes en moins d’une minute.
- De quoi as-tu besoin ?
- Je suis à un peu moins de dix-neuf kilomètres derrière elle. J’ai besoin que tu la ralentisses jusqu’à ce que j’arrive.
- Dans quelle direction ?
- Nord-ouest. Et Kate, essaye de ne pas l’endommager. Elle coûte très chère…
Je lâchai le téléphone et me précipitai dehors, me hérissant face à la température douloureusement basse. La rue était bondée, travailleurs, vendeurs, et simples passants se dépêchant de rentrer chez eux. De la nourriture prête à être massacrée.
J’inspirai une grande bouffée d’air frais, et criai :
- Vampire ! Vampire en liberté ! Courez !
Pendant un instant rein ne se produisit, et puis tout à coup, les gens s’éparpillèrent comme des poissons devant un requin. Le temps d’un soupir, et je fus seule.
La chaîne du parking que j’avais déverrouillée ce matin était enroulée à côté du bâtiment, le cadenas ouvert. Parfait. Deux secondes pour atteindre le parking. Une seconde pour ramasser le cadenas à terre. Trois secondes supplémentaires pour tirer la chaîne jusqu’au vieil arbre. Trop lent.
J’entourai la chaîne autour du tronc et fis un nœud de l’autre côté en refermant la chaîne avec le cadenas. J’avais besoin de sang pour appâter le vampire. Beaucoup, beaucoup de sang.
Un groupe de bœufs tourna à l’angle. Je courus jusqu’à eux en sortant un couteau de lancer. Le conducteur, un vieil hispanique, me dévisagea. Sa main plongea vers le fusil posé sur le siège à côté de lui.
- Dégagez ! Vampire en liberté !
Il dégringola du chariot.
Je découpai une entaille superficielle dans l’épaule du bœuf, et passai mes doigts le long de la coupure. Du sang chaud trempa mes doigts. Lebœuf brailla, les yeux révulsés par la douleur, et il chargea, entraînant l’autre animal avec lui, ainsi que le chariot derrière eux.
J’attrapai la boucle de la chaîne.
Une forme décharnée dégringola soudain des hauteurs. Un jeu de muscles se gonfla sous sa peau, à tel point que chaque veine et chaque ligament apparut par-dessus. Le vampire atterrit à quatre pattes sur le béton et dérapa, ses longues griffes rayant l’asphalte dans un crissement, et il pivota sur lui-même.
Des yeux rubis me scrutèrent à travers l’horrible visage. Son énorme mâchoire s’ouvrit, dévoilant ses crocs pointus, ressortant d’un blanc mortel sur la cavité sombre de sa bouche.
Je secouai les mains, envoyant quelques gouttes de sang dans l’air.
Le vampire chargea. Il se propulsa du sol à une vitesse surnaturelle, droit vers moi, aiguisé par l’odeur enivrante du sang. Je patientai, mes battements de cœur tambourinant bruyamment à mes oreilles. Je n’avais qu’une seule chance.
Le vampire bondit, traversant les quelques mètres restant entre nous. Il se jeta les membres en avant, les griffes relevées, prêtes à tuer.
Je lançai la chaine autour de son cou, alors que son corps me percutait. L’impact me fit décoller du sol, et je m’écrasai à terre avant de faire un rouler-bouler pour me redresser.
Le vampire m’attaqua. La chaine se tendit brusquement autour de son cou, arrachant le mort vivant du sol. Le suceur de sang chuta et se redressa d’un bond, tirant et se débattant au bout de la chaîne comme un chat sauvage prit dans la boucle du bâton d’un gars de la fourrière.
Je fis quelques pas en arrière, et j’inspirai un grand coup.
Le vampire pivota et s’élança de nouveau dans ma direction. L’arbre trembla et émit un grincement. Le mort vivant tira sur la chaine autour de son cou, creusant dans la chaire morte avec ses griffes. Du sang éclaboussa la chaîne. Soit le vampire briserait l’arbre, soit la chaine le décapiterait.
Le vampire se jeta sur moi une fois de plus, et la chaîne claqua brusquement, le faisant retomber au sol, sa tentative déjouée. Il se remit d’aplomb tout à coup et s’assit, l’intelligence brillant dans ses prunelles écarlates. L’imposante mâchoire s’ouvrit, et la voix de Ghastek en sortit.
- Une chaîne ?
- De rien.
Il lui en avait fallu du temps.
- J’ai découpé un bœuf pour attirer le vampire à moi. Tu devras indemniser le propriétaire.
Le bœuf était le gagne-pain du type. Aucune raison qu’il le perde parce que le Peuple n’était pas capable de garder ses morts-vivants en laisse.
- Bien entendu.
Tu parles, “bien entendu”. Un bœuf coutait un bras. Un vampire, en particulier un qui soit aussi âgé que celui-ci, revenait à trente fois ce prix-là.
Le vampire s’accroupit dans la neige.
- Comment as-tu réussis à l’enchaîner ?
- Je suis super forte.
J’aurai aimé m’appuyer contre quelque chose, mais faire preuve d’une faiblesse de quelque sorte devant Ghastek n’était pas une bonne idée. J’aurai tout aussi bien pu agiter une côte de porc devant un loup affamé.
Mon visage me brûlait, mes mains étaient en feu, et j’avais la bouche asséchée. L’adrénaline était en train de retomber.
- Qu’est ce qui s’est passé, bordel ? l’interrogeai-je.
- L’un des Apprentis de Rowena s’est évanoui. La femme était enceinte, ça arrive. Inutile de dire que désormais elle est rayée à tout jamais des registres de navigateurs.
Les Apprentis, Maîtres des Morts en apprentissage, étaient parfaitement conscients que si leur contrôle sur les non-morts leur échappait, les vampires transformeraient la ville en abattoir. Ils avaient des nerfs d’acier, comme les pilotes de chasse d’avant le Changement ; ils ne s’évanouissaient pas. Ça cachait quelque chose, mais le ton de Ghastek signifiait clairement que je n’obtiendrai pas plus d’informations de sa part, même avec une équipe d’avocats chevronnés et des outils de tortures médiévaux.
C’était tout aussi bien. Moins j’interagissais avec le Peuple, mieux je m’en portais.
- Est-ce qu’il a tué quelqu’un ?
- Il n’y a eu aucun dommage.
Mon pouls ralentit enfin.
Plusieurs blocks sur ma droite, un Humvee* déboula dans la rue à toute bringue. Carrossé comme un tank, il trimballait un M240B, une mitrailleuse montée sur le toit. C’était une Unité d’intervention Rapide de la DAP. La Division des Activités Paranormales faisait partie des meilleurs au sein d’Atlanta, et elle s’occupait essentiellement des problèmes liés à la magie.
L’Unité d’Intervention Rapide était leur version du SWAT*1. Ils tiraient d’abord et posaient les questions après.
- La Cavalerie, constatai-je.
Le vampire grimaça, imitant l’expression de Ghastek.
- Evidemment. Les cowboys se sont habillés pour tuer un vampire, et maintenant ils n’auront rien sur quoi tirer avec leurs gros flingues. Kate, aurais-tu l’obligeance de te rapprocher un peu plus près ? Sinon, ils risquent de lui tirer dessus quand même.
Il se foutait de moi…
Je me rapprochai de sorte à faire bouclier entre le vampire et leur véhicule.
- Tu m’en dois une.
- En effet.
Le vampire se redressa à mes côtés, saluant avec ses membres antérieurs.
- Il n’y a pas à s’en faire, tout est sous contrôle.
Un SUV*2 noir tourna au coin de la rue, arrivant par la gauche. Les deux véhicules s’arrêtèrent brusquement en face de moi et du vampire. Le Humvee déversa quatre flics avec un fusil à pompe et l’armure de la DAP.
Le plus grands des quatre policiers leva son fusil vers le vampire et siffla :
- Qu’est-ce que vous foutez ?! Vous auriez pu tuer la moitié de la ville !
La porte du SUV s’ouvrit brusquement, et Ghastek en sortit. Mince et sombre, il portait un costume gris parfaitement repassé, avec de fines rayures presque imperceptible.
N.D.T (Note de la traductrice) – Humvee - véhicule blindé de l’armé, ressemble à un Hummer
1 - SWAT – acronyme pour Specials Weapons and Tactics, une unité d’élite des forces américaines qui intervient lors de situations périlleuses (braquage, prise d’otage…etc.). Equivalent du Raid ou du GIGN en France.
2- SUV - Sport utility vehicle, véhicule sport utilitaire en France, ou plus communément « Crossover »
Trois membres du Peuple émergèrent derrière lui du véhicule, un homme et deux femmes : une mince brunette et une rouquine qui avait l’air d’avoir à peine l’âge légal pour porter ce genre de costume. Tous trois avaient l’air méticuleusement soignés et auraient eu l’air tout à fait à l’aise dans une salle de réunion sous pression.
- Il ne faut pas exagérer, lança Ghastek en s’avançant vers le vampire. Aucune vie n’a été perdue.
- Pas grâce à vous, répondit le flic qui n’avait pas l’air prêt à baisser son fusil.
- Elle est parfaitement sécurisée maintenant, dit Ghastek. Permettez-moi de le démontrer.
Le vampire se leva sur son arrière train et fit la révérence.
Les types de la Division des Activités Paranormales devinrent verts de rage.
Je rebroussai chemin vers mon bureau, avant qu’ils ne remarquent que j’étais là et m’entraînent dans leur merdier.
- Vous voyez ? J’ai un contrôle parfait sur la vamp…
Les yeux des Ghastek roulèrent dans leurs orbites, et sa bouche s’interrompit. Pendant une seconde, il resta droit comme un i, son corps complètement figé, puis ses jambes cédèrent. Il vacilla, et s’écrasa dans la neige boueuse. Les yeux du vampire flamboyèrent, luisant d’un rouge sanguinaire. Il ouvrit la bouche, révélant les deux faucilles d’ivoire que formaient ses canines.
La DAP ouvrit le feu.
Afficher en entier“I have a safe house in almost every state. I have more than enough money to keep us comfortable for the rest of our lives, if it comes to it. I’ve moved most of my funds to places outside the Pack.”
“What are you talking about?”
“I know he is coming and you are afraid. If you don’t want to fight him, you and I can disappear.”
I stared at him.
“The mass transit is gone. No planes, no reliable roads. The world is big again, Kate. He will never find us.”
“What about the Pack?”
His upper lip trembled, betraying the edge of his teeth. “Fuck the Pack. I gave them fifteen years of my life. I fought for them, bled for them, and the moment my back was turned, they attacked my wife. I owe them nothing.”
Curran reached over and covered my fingers with his hand. “I’m serious. Say the word right now and we’re gone. We can take Julie with us, if you want.”
Afficher en entier... Le Seigneur des Bêtes scruta les voitures. Son visage était froid et calme, comme s'il avait été sculpté dans de la glace. Le montant que valait ces voitures était énorme. L'entrepôt devait être aussi bien protégé de l'intérieur que de l'extérieur. Je me demandais combien de gardes il avait fait fuir. Un muscle se tendit sur la joue de Curran. Ses yeux virèrent au doré. Il agrippa la Porsche sur sa gauche, déchirant la portière comme si c'était du papier, et souleva la voiture par le dessous. De monstrueux muscles se gonflèrent sur ses bras. La Porsche s'envola. Elle fila à travers l'air, tourna sur elle-même deux fois, et s'écrasa sur la Lamborghini rouge. Les vitres explosèrent, le métal grinça, et les alarmes se déclenchèrent dans un retentissement aïgu.
Putain de merde.
Curran plongea sur la Bentley argentée. Le toit s'envola. Il enfonça ses mains dans la voiture. Le métal hurla, et il arracha une énorme pièce du capot avant de s'en servir pour frapper la voiture la plus proche, comme avec un club de golf.
-"Est-ce qu'il vient d'arracher le moteur ? demandai-je.
-"Oui, répondit Saiman. Et maintenant il démoli la Maserati avec.
Dix secondes plus tard, Curran balança dans le mur le bout de métal tordu orange et noir qui fut autrefois une Maserati...
Afficher en entierCurran pénétra dans la pièce comme si elle lui appartenait, se tourna et croisa les bras. Ses biceps gonflèrent, tendant les manches de son sweat-shirt. S’il y avait la moindre justice dans le monde, il aurait dû être chauve, perdre toutes ses dents et attraper une terrible allergie cutanée. Mais non, ce connard était superbe. En parfaite santé
Afficher en entierCe n'était pas du bluff, je l'entendais clairement dans sa voix. Il le ferait, il partirait comme ça.
- Tu quitterais tous ces gens, toutes les courbettes et le...
Ses yeux gris se rivèrent sur les miens.
- Si je me battais pour eux et devenais impotent, ils diraient tous de gentilles choses, et ils me remplacerait aussitôt et oublieraient que j'avais jamais existé. Tu resterais avec moi. Tu prendrais soin de moi, parce que tu m'aimes. Je t'aime aussi, Kate. Si tu étais blessée, je ne te quitterai jamais. Je serais là, où que ''là'' puisse être.
J'avais envie de pleurer. Génial, il me changeait en petite chose larmoyante.
Afficher en entier- Est-ce qu'il avait besoin de se pencher sur toi pendant qu'il te parlait ?
- Il voulait faire croire à Mark qu'on était potes.
- Et vous ne l'êtes pas.
Je lançais un bout de pain à Curran, il l'attrapa au vol.
- Voudrais-tu que je me ballade avec un bâton d'un mètre ? Je pourrai juste pousser les gens s'ils se rapprochent trop.
- C'est une bonne idée, dit-il en tendant le bras. Si tu peux tendre le bras et les toucher quand même avec le bâton, ils sont trop près.
- Tu es fou.
- Si je suis fou, ça fait quoi de toi ?
- Une terrible juge en matière de caractères.
Afficher en entierIl m'avait tellement manqué que c'en été douloureux. Ça avait commencé à partir du moment où j'avais quitté la Forteresse et ça m'avait suivi toute la journée. Tous les jours, je devais me battre contre moi-même afin de ne pas trouver d'excuses merdiques pour appeler la Forteresse, et pouvoir entendre sa voix. Mon seul réconfort était que Curran ne maîtrisait pas cette union mieux que moi. Hier, il m'avait appelé au bureau sous prétexte qu'il ne trouvait pas ses chaussettes. On avait discuté pendant deux heures.
Afficher en entier- Non, dit-il, en prononçant le mot lentement.
- Tu n'as pas le droit de me dire ce que je peux faire ou non.
Curran rugit. L'explosion sortant de sa bouche claqua comme un coup de tonnerre. Je me raidis, luttant contre l'instinct de reculer.
- Si, je le peux, gronda-t-il. Écoute-moi bien ; je te dis que tu ne le feras pas.
Je levai le livre de cuisine, et le tapai avec sur le nez. Méchant chat.
Afficher en entierPrologue
La sonnerie du téléphone m’arracha du sommeil. J’ouvris brusquement les yeux, et roulai hors du lit. Pour une raison ou pour une autre, quelqu’un avait abaissé le sol de plusieurs mètres, je tombais et m’écrasai au sol dans un bruit sourd. Aïe.
Une tête blonde sortit de l’autre côté du lit, et une voix masculine familière demanda :
- Tout va bien, par terre ?
Curran. Le Seigneur des Bêtes était dans mon lit. Non, attendez une minute. Je n’avais pas de lit, parce que ma cinglée de tante l’avait détruit dans mon appartement. J’étais unie au Seigneur des Bêtes, ce qui signifiait que j’étais dans la Forteresse, dans la chambre de Curran, et dans son lit. Notre lit. Qui faisait un mètre deux de haut. Okay.
- Kate?
- Je vais bien.
- Voudrais-tu que j’installe l’une de ces barrières pour enfant, pour toi ?
Je lui fis un doigt d’honneur, et je décrochai le téléphone.
- Oui ?
- Bonjour Consort, fit une voix féminine.
Consort ? Ça, c’était nouveau. Normalement, les métamorphes m’appelaient Alpha ou Dame, ou compagne. Etre appelée compagne se calait entre boire du lait avarié, et se faire traiter une dent, sur ma liste des choses que je haïssais le plus, donc les gens avaient appris à éviter cette appellation-là.
- J’ai l’Assistant Principal Parker sur la ligne. Il dit que c’est urgent.
Julie.
- Je vais le prendre.
Julie était ma gamine. Neuf mois plus tôt, elle m’avait embauchée pour retrouver sa mère disparue. Nous avions retrouvé son corps à la place, dévoré par des démons aquatiques Celtes qui avaient décidé d’apparaître au beau milieu d’Atlanta, et de ressusciter un dieu en herbe. Ça ne s’était pas bien passé pour les démons. Ça ne s’était pas bien passé pour Julie non plus d’ailleurs, et je l’avais pris avec moi, comme Greg, mon défunt gardien, l’avait fait avec moi il y a de nombreuses années lorsque mon père était mort.
Les gens autour de moi mourraient, souvent de manière horrible et sanglante, donc j’avais envoyé Julie dans l’internat de la meilleure école que j’avais pu trouver. Le problème, c’est que Julie détestait l’école avec la passion brûlante d’un millier de soleils.
Elle s’était enfuie trois fois ces derniers mois. La dernière fois que l’Assistant Principal Parker m’avait appelé, une fille dans les vestiaires avait accusé Julie d’avoir été une prostituée pendant les deux années qu’elle avait passées dans la rue. Ma gamine avait trouvé à redire à ça, et elle avait décidé de le montrer en appliquant une chaise sur le crane de l’offenseuse. Je lui avais dit de viser les boyaux la prochaine fois ; ça laissait moins de trace.
Si Parker appelait, c’est que Julie avait encore des problèmes, et puisqu’il appelait à six heures du matin, il s’agissait de problèmes avec un grand P, en lettre capitale. Julie faisait rarement les choses à moitié.
Autour de moi, la pièce demeurait dans la pénombre. Nous étions au dernier niveau de la Forteresse. A ma gauche, une fenêtre offrait une vue sur le territoire de la Meute : un ciel sombre sans fin, encore intouché par l’aurore, et dessous, des bois sombres qui s’étendaient à perte de vue dans la nuit.
A cette distance, la ville à moitié en ruine se détachait de l’horizon. La vague magique était en plein essor, nous étions chanceux qu’elle n’ait pas bousillé nos lignes téléphoniques, et les lanternes feys au loin qui brillaient comme de petites étoiles parmi les buildings délabrés. Un sort de garde protégeait la fenêtre, et quand la pleine lune l’illuminait, le paysage se mettait à scintiller d’un pâle argenté, comme caché derrière un voile translucide.
La voix féminine revint sur la ligne.
- Consort ?
- Oui ?
- Il m’a mis en attente.
- Donc il appelle parce que c’est urgent, et il vous met sur attente ?
- Oui.
Abruti.
- Dois-je raccrocher ? demanda-t-elle.
- Non, c’est bon. J’attendrai.
Le monde pulsa un instant. Le sort gardant la fenêtre s’évanouit, quelque chose bourdonna dans le mur, et la lampe électrique à ma gauche clignota et revint à la vie, illuminant la table de nuit d’une lueur jaune chaleureuse.
Je tendis le bras et l’éteignis.
Au loin, les étoiles bleues des lanternes feys disparurent. Le temps d’un instant, la ville fut plongée dans le noir. Une brève étincelle blanche jaillit le long des ruines, éclatant dans une explosion de lumière et de feu. Un instant après, un coup de tonnerre frappa. Probablement un transformer explosant après que la vague magique ait refluée.
Une faible lueur rouge illumina l’horizon. On aurait pu penser qu’il s’agissait du lever de soleil, mais la dernière fois que j’avais vérifié, le soleil se levait à l’est, pas au sud-ouest. Je louchai sur la lumière rouge. Ouep, Atlanta brûlait. Encore une fois.
La magie s’était retirée du monde, et la technologie avait une fois de plus repris la main. Les gens appelaient ça le changement Post-résonance. La magie venait et repartait comme il lui plaisait, engloutissant le monde comme un tsunami, ramenant des monstres bizarres dans notre réalité, bousillant les moteurs, enraillant les flingues, grignotant les grands bâtiments, et s’évanouissant dans le nature sans prévenir. Personne ne savait quand cela se produirait, ou combien de temps cela durerait. Tôt ou tard, la magie gagnerait cette bataille, mais pour l’instant la technologie bataillait ferme, et nous étions coincés au milieu de ce chaos, essayant de reconstruire un monde à moitié en ruine, conformément aux nouvelles règles.
Le téléphone bipa, et la voix de baryton de Parker résonna à mes oreilles.
- Bonjour, mademoiselle Daniels. J’appelle pour vous informer que Julie a quitté nos locaux.
Pas encore.
Les bras de Curran se refermèrent sur moi et il m’attira à lui. Je me laissai aller contre son torse.
- Comment ?
- Elle s’est envoyée.
- Je vous demande pardon ?
Parker se racla la gorge.
- Comme vous le savez, tous nos étudiants doivent travailler pour l’école au moins deux heures par jour. Julie travaillait dans la salle des envois. Nous avions considéré cela comme le meilleur choix parce qu’elle était sous surveillance constante, et n’avait aucune possibilité de quitter le bâtiment. Apparemment, elle a réussi à obtenir un large conteneur, a falsifié une étiquette, et s’est expédiée elle-même à l’intérieur.
Curran gloussa près de mon oreille. Je me retournai et cognai ma tête contre son torse plusieurs fois. C’était la surface dure la plus proche.
- Nous avons retrouvé le conteneur près de la ligne énergétique.
Eh ben, au moins elle était suffisamment intelligente pour sortir du conteneur avant qu’il ne soit frappé par la vague magique. Avec ma chance, elle aurait fini expédiée au Cap Horn.
- Elle viendra ici, dis-je, je la ramènerai dans quelque jours.
Parker prononça les mots suivants avec soin :
- Ce ne sera pas nécessaire.
- Que voulez-vous dire, pas « nécessaire » ?
Il soupira.
- Mlle Daniels, nous sommes des éducateurs, nous ne sommes pas des gardiens de prison. Durant l’année précédente, Julie a fugué trois fois. C’est une enfant intelligente, très inventive, et il est malheureusement évident qu’elle ne souhaite pas être là. Rien d’autre que l’attacher aux murs ne nous permettrait de la garder au sein de nos locaux, et je ne suis pas convaincu que même cela puisse marcher. J’ai parlé avec elle après ses précédentes escapades, et il est de mon avis qu’elle continuera à s’enfuir. Elle ne veut pas faire partie de cette école. La garder ici contre sa volonté requière une augmentation significative de nos ressources, et nous ne pouvons-nous permettre d’être tenus responsables des blessures que Julie pourrait se faire lors de ses tentatives de fugue. Nous vous retournons donc le reste de ses frais de scolarité. Je suis vraiment désolé.
Si je pouvais l’atteindre à travers le téléphone, je l’aurais étranglé. D’un autre côté, si j’avais ce type de pouvoir psychique, je pourrais récupérer Julie n’importe où d’où elle se trouvait, et la relâcher au milieu de la pièce. Elle me supplierait de retourner dans cette maudite école quand j’en aurai fini avec elle.
Parker s’éclaircit de nouveau la gorge.
- J’ai une liste d’institutions éducatives alternatives que je peux vous recommander…
- Ce ne sera pas nécessaire, fis-je en raccrochant.
J’avais déjà une liste d’institutions alternatives, je l’avais créée après la première fugue de Julie. Et elle les avait toutes essayées.
Un large sourire fendit le visage de Curran.
- Ce n’est pas drôle.
- C’est très drôle. D’ailleurs, c’est mieux ainsi.
Je ramassai mon jean sur la chaise, et l’enfilai.
- Ils ont viré ma gamine de l’école. Comment ça pourrait être mieux ?
- Où vas-tu ?
- Je vais trouver Julie et la punir jusqu’à ce qu’elle oublie à quoi le soleil ressemble, et ensuite j’irai à école leur arracher les membres.
Curran s’esclaffa.
- Ce n’est vraiment pas drôle.
- Ce n’est pas leur faute. Ils ont essayé de l’aider et lui ont laissé passer beaucoup de choses. Elle déteste cette maudite école, tu n’aurais même pas du l’y mettre en premier lieu.
- Eh bien merci, Ta Majesté des Fourrures, pour cette critique sur mes décisions parentales.
- Ce n’est pas une critique, c’est un constat. Est-ce que tu sais où est ta gamine, là, tout de suite ? Non, tu ne le sais pas. Tu sais où elle n’est pas : elle n’est pas à l’école, et elle n’est pas ici.
C’est l’hôpital qui se fou de la charité.
- Si je me souviens biens, tu ne savais pas non plus où se trouvaient ton chef de la sécurité et son équipe entière pendant presque une semaine.
J’enfilai mon col roulé.
- Je savais exactement où ils se trouvaient ; ils étaient avec toi. J’aurai pu régler la situation, mais une gladiatrice en herbe est venue fourrer son nez dans mes affaires, et a transformé une erreur en désastre.
Je ramassai mon épée.
- Non, je t’ai sauvé la face. Tu ne veux juste pas l’admettre.
Curran se pencha vers moi.
- Kate.
Le son de mon nom prononcé par sa voix m’arrêta à mi-chemin. Je n’avais aucune idée de la manière dont il s’y prenait, mais quand il prononçait mon nom, ça passait au travers de toute autre distraction et me forçai à m’arrêter, comme s’il me serrait contre lui et m’embrassait.
Curran me massa les épaules.
- Pause ton épée une seconde.
Très bien. Je posai Slayer sur la table de nuit, et croisai les bras.
- Eclaire ma lanterne. Quel est le problème de garder Julie ici ? Avec nous ? Elle a déjà une chambre. Elle a déjà une amie, la petite nièce de Doolittle l’adore.
- Maddie.
- Oui, Maddie. Il y a mille cinq cents métamorphes dans la Meute. Une gamine chiffonnée de plus ne va pas tout bousiller.
- Ce n’est pas ça.
- Alors qu’est-ce que c’est ?
- Les gens meurent autour de moi, Curran. Ils tombent comme des mouches. J’ai passé ma vie à laisser une pile de cadavres derrière moi. Ma mère est morte, mon beau-père est mort, mon gardien est mort, ma tante est morte, parce que je l’ai tué, et quand mon véritable père me retrouvera, il bougera le ciel et l’enfer pour me voir morte. Je ne veux pas que Julie vive d’un trauma à un autre, s’inquiétant toujours que les gens auxquels elle tient ne survive pas. Toi et moi ne saurons jamais normaux, mais si elle reste dans cette école, elle, elle peut l’être.
Curran haussa les épaules.
- Les seules personnes qui peuvent avoir une vie normale sont celles qui ne se sentent pas affectées par les merdes autour d’elles. Julie ne veut pas être normale. Elle ne peut probablement pas s’y faire. Elle s’enfuira de cette école et foncera droit dans le feu pour prouver qu’elle peut supporter la chaleur. Ça arrivera à un moment ou un autre. La garder toujours en sécurité ailleurs fera juste en sorte qu’elle ne soit pas préparée le jour où elle se retrouvera seule.
Je m’adossai à la table de nuit.
- Je veux juste qu’elle soit en sécurité. Je ne veux pas que quelque chose de mal lui arrive.
Curran m’attira vers lui.
- On peut la garder en sécurité ici. Elle peut aller dans l’une de nos écoles, ou on peut l’emmener ailleurs dans la ville. Elle est à toi, mais maintenant que nous sommes unis, elle est aussi à moi, ce qui fait d’elle la propriété du Seigneur des Bêtes et de sa compagne. Crois-moi, personne ne veut emmerder l’un de nous deux. D’ailleurs, nous avons trois cents métamorphes en permanence dans la Forteresse, et chacun d’eux tuera n’importe quelle chose qui la menacera. On ne peut pas faire plus sécurisé que ça.
Il marquait un point. Je n’aurai pas pu garder Julie avec moi avant, quand je vivais dans un minable appartement mal isolé. Il avait été attaqué à chaque fois que je trouvais une nouvelle piste sur mes affaires. Je travaillais pour l’Ordre des Chevaliers Miséricordieux autrefois, et ça m’avait demandé chaque parcelle de mon temps. Julie aurait été seule presque toute la journée, sans moi pour la surveiller et faire en sorte qu’elle reste en bonne santé.
Les choses étaient différentes désormais. Maintenant, Julie pouvait rester ici, dans la Forteresse pleine de maniaques fous furieux dont les dents poussaient en prenant la taille de couteaux, et qui étaient pris d’une violente frénésie quand ils étaient menacés. Quelque part, cette pensée aurait dû me rassurer.
- Tu devras l’entraîner, d’une manière ou d’une autre, dit Curran. Si tu veux qu’elle soit capable de se débrouiller seule.
Il avait raison. Je savais qu’il avait raison, mais ça ne me plaisait toujours pas.
- Nous sommes à environ cent soixante kilomètres de Macon ?
Il acquiesça.
- Plus ou moins.
- Elle restera à l’écart de la ligne énergétique, et elle transportera de l’aconit.
- Pourquoi ? demanda Curran, en fronçant les sourcils.
- Parce que la dernière fois qu’elle s’est échappée, Derek l’a récupéré près de la ligne énergétique et l’a ramenée grâce à une jeep de la Meute. Il s’est même arrêté en chemin pour lui prendre du poulet frit et de la crème glacée. Elle a passé du bon temps, donc je lui ai dit que si elle recommençait ça, elle n’irait plus jamais près de la Forteresse. J’irai la chercher moi-même ou j’enverrai quelqu’un qui la trouvera et ramènera direct à l’école. Pas de retour à la Forteresse, pas d’attentions de la part de Derek, pas de messes basses avec Maddie, pas de billets de cent ou deux cents dollars glissés discrètement dans la poche. Elle voudra éviter d’être chopée, donc elle rentrera à pieds à la maison.
Curran esquissa un sourire.
- Elle est déterminée, il faut lui accorder ça.
- Peux-tu envoyer un traqueur pour la surveiller dehors, mais qui reste hors de portée ?
- A quoi tu penses ?
- Laissons la marcher. Plus d’une centaine de kilomètres sur un terrain accidenté, ça va lui prendre plusieurs jours.
Quand j’étais gamine, Voron, mon beau-père, me conduisait dans les bois et m’abandonnait au milieu de nulle part avec une gourde et un couteau. Julie n’était pas moi, mais c’était une enfant intelligente, habituée à la rue. Je n’avais aucun doute qu’elle pourrait se rendre jusqu’à la Forteresse par ses propres moyens. Pour autant, mieux vaut prévenir que guérir.
- Faire d’une pierre, deux coups : c’est une bonne punition pour avoir fugué et quand elle arrivera ici, nous la laisserons rester ; elle aura l’impression qu’elle l’a mérité.
- Je vais envoyer quelques loups dehors. Ils la trouveront et la garderont en sécurité.
J’embrassai ses lèvres, et récupérai mon épée.
- Merci. Et dit leur de ne pas la gâter avec du poulet frit s’ils doivent la ramener.
Curran secoua la tête.
- Je ne peux pas promettre ça, je ne suis pas complètement un salaud.
Afficher en entierkate: "Et comment le décrirais-tu?"
Curran: "Jeune, con, et les couilles pleines."
kate: "Tu as raté ta vocation, tu aurais dû faire poète."
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