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Séduite par son patron



Description ajoutée par queenregina 2014-07-24T14:41:50+02:00

Résumé

A la veille de Noël, Cryssie se heurte à Jeremy Hunter, un riche homme d’affaires, dont l’attitude méprisante la révolte tellement qu’elle l’incendie en public. Hélas, le lendemain, elle apprend avec consternation que Jeremy Hunter vient de racheter la petite entreprise où elle travaille : comment pourra-t-elle collaborer avec lui à présent ? Mais à sa grande surprise, Jeremy se montre si courtois et prévenant avec elle qu’elle finit par apprécier sa compagnie, et en tombe même amoureuse. Une faiblesse qu’elle se reproche vite lorsqu’elle découvre l’impitoyable projet qu’il cache sous ses airs de gentleman…

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Classement en biblio - 6 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Underworld 2020-03-13T10:16:50+01:00

** Extrait offert par Susanne James **

1.

Cryssie grimpa quatre à quatre l’escalier qui menait à l’étage consacré aux jouets du grand magasin. Pas question de faire la queue devant l’ascenseur : en cette veille de Noël, mieux valait être dans les premiers servis ! Avec un peu de chance, elle arriverait là-haut avant tout le monde.

Noël… C'était la folie, comme d’habitude, et comme d’habitude Cryssie s’était laissé piéger : il ne lui restait que quelques heures pour boucler ses achats et trouver la perle rare. Un peu plus tôt, elle avait vérifié par téléphone auprès du rayon jouets qu’il leur restait des exemplaires des Pionniers de l’Aventure, figurines dérivées d’une série télé et que les enfants s’arrachaient. Les petits personnages se vendaient si vite que plus d’un commerce se trouvait en rupture de stock.

Heureusement, ce n’était pas encore le cas des magasins Latimer. Cryssie s’était juré de dénicher un des Pionniers pour Milo, son neveu de cinq ans, qui ne manquait jamais un épisode de la série. C'était son premier vœu sur sa liste de Noël !

Sans même reprendre son souffle après son ascension – elle se félicita d’avoir mis des talons plats ! –, elle joua des coudes dans la foule dense qui emplissait le rayon des jouets. Vif et précis, son regard détailla le contenu des rayonnages tandis qu’elle priait le Ciel qu’il restât un des Pionniers. Oui ! Elle en voyait quatre, tout en haut, qui souriaient derrière leurs emballages de plastique rigide. Cryssie poussa un soupir de soulagement. Opération réussie! Prestement, elle se glissa entre quelques clients indécis et allait ouvrir la bouche pour faire sa demande à la vendeuse lorsqu’une voix masculine la devança :

– Je prends les quatre. Mettez-les sur mon compte, fit l’homme avec autorité.

– Certainement, monsieur Hunter, murmura la vendeuse en minaudant.

Déroutée, aussi furieuse qu’impuissante, Cryssie assista à la disparition des figurines, retirées une à une de l’étagère…

Toute à son soulagement de constater qu’il en restait encore quatre, après l’anxiété fébrile de l’incertitude, elle n’avait pas remarqué l’homme debout à côté d’elle. Au ton de sa voix, elle le devinait habitué à donner des ordres. Elle leva les yeux vers lui : du haut de son mètre soixante-cinq, il lui fallait presque reculer pour le dévisager tant il était grand. Vêtu d’un costume strict et d’une chemise immaculée, c’était à n’en pas douter un décisionnaire. Ses cheveux bruns ondulés effleuraient sa nuque, un peu plus longs qu’on aurait pu s’y attendre à voir la coupe classique de ses vêtements. Au-dessus d’une mâchoire carrée qui soulignait sa virilité, ses yeux noirs brillaient dangereusement. Cryssie réprima un frisson.

Elle toussota et s’adressa à la vendeuse avec toute l’assurance qu’elle put rassembler :

– J’espère que ce ne sont pas les derniers Pionniers car il m’en faut un. Un seul, ajouta-t-elle d’un ton lourd de sous-entendus en direction de l’égoïste qui en raflait quatre…

La vendeuse prit à peine le temps de la regarder avant de répondre :

– Désolée, nous n’en avons plus.

– Mais… J’ai appelé tout à l’heure et vous m’avez assuré qu’il vous en restait en quantité ! protesta Cryssie.

– C'était le cas. Mais je n’ai jamais connu un tel engouement pour un produit. Ils se vendent comme des petits pains ! Et premiers arrivés, premiers servis…

Tout en parlant, elle achevait d’emballer les jouets tant convoités qui allaient échapper à Cryssie.

Celle-ci fusilla l’homme du regard et il la toisa en retour, sans marquer le moindre signe d’intérêt. La moutarde lui monta soudain au nez : à ses yeux, elle n’existait pas. Du moment qu’il était servi, les autres comptaient peu ! Et pas un mot pour s’excuser, ou au moins montrer qu’il compatissait !

Au contraire, il avança une longue main brunie par le soleil pour prendre les paquets, apparemment sans avoir à payer ou signer quoi que ce soit. Ce détail amplifia la colère de Cryssie. Econome par nécessité, elle s’était privée pour offrir ce cadeau de Noël à Milo, d’autant que les figurines étaient extrêmement chères pour de simples jouets. Au moment où l’homme et elle se détournaient tous deux du comptoir, il marqua une hésitation et la regarda, franchement cette fois.

– C'est… mal tombé, fit-il d’une voix profonde et bien modulée. Le département des commandes n’a pas prévu une telle razzia sur ce produit… Mais vous non plus on dirait… Peut-être aurait-il été sage de faire vos courses plus tôt ?

Avec un imperceptible plissement de sa bouche arrogante, il se détourna et disparut, laissant Cryssie abasourdie, en proie à un irrépressible sentiment de défaite. Et ce toupet qu’il avait eu de lui reprocher de faire ses achats au dernier moment, alors qu’il venait d’agir exactement de la même façon ! Simplement, il l’avait coiffée au poteau pour quelques secondes…

Elle parcourut des yeux le rayon, à la recherche d’un article de remplacement. Cet échec l’attristait car, même s’il aurait une bonne douzaine de cadeaux à déballer, rien ne pourrait remplacer un Pionnier aux yeux de Milo… Cela faisait des mois qu’il en réclamait un.

Cryssie examina une paire de chaussures de football. Milo adorait ce sport et usait ses baskets à force de shooter dans un ballon à la moindre occasion. Etant donné le prix qu’elle les avait payées, Cryssie aurait préféré les voir durer ! Peut-être que des chaussures de foot, assorties d’un nouveau ballon, apaiseraient un peu la déception de son neveu…

Cryssie s’appuya au comptoir pour calmer son angoisse. Parfois, elle trouvait la vie injuste : du haut de ses vingt-cinq ans, elle avait déjà connu son lot d’épreuves. Après la mort de ses parents, emportés dix ans plus tôt par un accident de voiture, elle était allée vivre avec sa sœur Polly chez leur grand-tante. Mais celle-ci avait disparu à son tour, heureusement avant d’apprendre que Polly était enceinte, et que le futur père avait filé sans laisser d’adresse.

Aujourd’hui, Cryssie vivait toujours avec sa sœur et Milo, le fils de cette dernière, dans un appartement modeste qu’elle louait à son nom, étant la seule à rapporter un salaire au foyer.

Il lui fallut quelques instants pour apaiser sa déception, qu’elle réussit à surmonter en imaginant que l’acheteur arrogant avait sûrement quatre enfants… Une voix aimable la ramena sur terre :

– Ça va ? demanda la vendeuse, inquiète. Vous n’avez pas l’air dans votre assiette…

– Ne vous en faites pas, répondit Cryssie tristement. Disons que je fatigue un peu…

– J’ai bien vu ce qui vous est arrivé, reprit gentiment la jeune femme. J’aurais vraiment voulu vous réserver un des jouets mais je n’en ai pas le droit. Voulez-vous me laisser vos coordonnées, au cas où ?

Cryssie sourit et accepta de bon cœur.

– C'est gentil à vous mais c’était pour Noël, ajouta-t-elle en notant son numéro de téléphone. J’espère que les enfants de ce type vont apprécier leur chance à sa juste valeur !

– Quels enfants ? Il n’est même pas marié ! s’exclama la vendeuse, avant de poursuivre en chuchotant : vous ne savez pas qui c’est ?

– Non. Je devrais ? s’étonna Cryssie.

– Je croyais que tout le monde le connaissait. Il s’agit de Jeremy Hunter, le patron du magasin. Celui que tout le monde appelle Jed, vous savez ?…

Elle avait prononcé son nom avec une nuance de respect qui n’avait pas échappé à Cryssie.

Celle-ci savait que les grands magasins Latimer appartenaient à la famille Hunter mais elle n’avait jamais vu, même dans les journaux, le visage d’aucun d’entre eux.

– Il a repris récemment les rênes du magasin, poursuivait la vendeuse, en veine de confidences. Parmi le personnel, certains le craignent. Il reste courtois mais quand les choses ne vont pas, il vous le fait savoir sans trop de patience. Je présume qu’avec son allure et son compte en banque, il peut se permettre d’avoir ses humeurs…

– Sans doute, répondit Cryssie, dubitative, sans vouloir froisser l’aimable vendeuse.

A son avis, élégance et richesse ne donnaient à Jed Hunter aucun droit particulier. Voilà un homme qui avait tout, y compris la seule chose qu’elle et son neveu désiraient, et en plus, il aurait fallu excuser son mauvais caractère ?

– Avez-vous une idée pour un cadeau de remplacement?

– Je vais prendre des chaussures de foot, fit Cryssie en désignant une paire sur l’étagère.

– C'est pour votre fils ? s’enquit la vendeuse en les encaissant.

– Pour mon neveu. Sa mère ne peut pas faire les achats de Noël. Elle n’est pas… pas très bien en ce moment. Elle a du mal à trouver du travail.

– Oh, soupira la vendeuse, compatissante, les temps sont durs… Dans quelle branche est-elle ?

– Elle est esthéticienne.

Le regard que la vendeuse lui jeta ne fut pas difficile à interpréter : avec une sœur esthéticienne, pourquoi sa cliente était-elle si peu apprêtée ? Cryssie savait qu’elle n’avait pas un physique à faire tourner les têtes. Elle se jugeait trop maigre et insignifiante. Le maquillage n’y aurait rien ajouté. C'était Polly la beauté de la famille, avec sa longue silhouette de liane, ses lourds cheveux auburn et ses grands yeux gris.

– Et vous, vous travaillez où ? enchaîna la vendeuse, visiblement contente de bavarder un peu avant la fermeture.

– Chez Hydebound, depuis trois ans.

– C'est une marque fantastique, approuva la vendeuse avec enthousiasme. On m’a offert un de leurs sacs à main pour mon anniversaire. Quelle qualité !

Cryssie sourit, sincèrement ravie du compliment.

– Nous ne sommes qu’une petite entreprise indépendante, rien à voir avec le gigantesque Latimer !

– Ce n’est sans doute pas plus mal !

– Au fait, reprit soudain Cryssie, frappée par une évidence, si votre patron n’a pas d’enfant, pourquoi lui fallait-il absolument quatre Pionniers ?

– Pas la moindre idée, rétorqua la vendeuse en souriant. Mais avec Jed Hunter, on ne discute pas !

Cryssie redescendit par l’escalier roulant. Au rez-de-chaussée, une délicieuse odeur de café l’accueillit, échappée du coin cafétéria. Elle hésita : son estomac criait famine car elle n’avait avalé qu’un rapide sandwich à midi tant l’activité était fébrile en cette veille de Noël. Dans son état de fatigue et de déception, une pause lui ferait le plus grand bien. Et le dîner était encore loin, avec tous les cadeaux à emballer ! D’ailleurs, il ne fallait pas compter sur Polly pour s’être chargée du repas : elle ne mettait presque jamais la main à la pâte. Alors, une bonne dose de caféine lui remettrait peut-être un peu de baume au cœur !

La cafétéria était encore pleine mais elle trouva une petite table dans un recoin. Laissant ses achats sur la chaise, elle passa au libre-service. Un appétissant beignet la tenta. Cryssie l’accompagna d’un café. Elle avançait vers la caisse lorsqu’une voix grave résonna derrière elle.

– Permettez-moi…

Troublée, elle fit volte-face : Jed Hunter se tenait derrière elle, imperturbable.

– Pardon ?

Allait-il lui passer devant cette fois encore ? Quel toupet !

– Permettez-moi de vous offrir ce petit en-cas. C'est bien la moindre des choses, offrit-il d’une voix claire et patiente, comme s’il avait affaire à un bébé.

A son grand déplaisir, Cryssie se sentit rougir, comme une enfant prise en défaut.

– Je ne vois pas ce qui vous y oblige, fit-elle froidement en dépit de la chaleur qui montait à ses joues.

– Rien, mais cela me ferait plaisir de régler ceci pour vous.

– Pour quelle raison ? s’entêta Cryssie.

– Ce qui s’est passé tout à l’heure, répliqua-t-il en la fixant de son regard insondable. Je suis navré que vous n’ayez pu acheter ce que vous vouliez.

– Cela n’a pas d’importance, mentit-elle.

Cela en avait une énorme mais, pour l’instant, tout ce qui comptait, c’était avaler cette tasse de café avant que la fatigue ne lui coupe les jambes !

– Où êtes-vous installée ?

Du menton, elle désigna sa table. Jed Hunter plaça sa propre tasse sur le plateau de Cryssie, paya et la suivit. Lorsqu’il s’assit, elle remarqua qu’il ne portait aucun sac : il avait dû confier ses achats à l’un des employés, chargé de les lui livrer à domicile…

Elle prit une courte inspiration, curieusement gênée par la présence de cet homme, indéniablement beau et si proche que leurs genoux se frôlaient sous la table. Mais Cryssie n’était pas intéressée. Il pouvait bien être séduisant, la partie sentimentale de sa vie était en fermeture définitive !

Elle but une longue gorgée de café, s’obligeant à rencontrer le regard de Jed Hunter par-dessus le rebord de sa tasse. Pourquoi lui faisait-il tant d’effet ? Cryssie se rassura : la sensation de panique qui l’envahissait était certainement due au statut social de son vis-à-vis : le propriétaire d’un magasin aussi emblématique ne pouvait être qu’un membre éminent de la meilleure société… Mais, après tout, n’était-elle pas elle-même un membre éminent de sa clientèle, sans laquelle il perdrait tous ses pouvoirs ? Sa fortune s’était bâtie grâce à des gens comme elle, alors pourquoi se dévaloriser ?

Il la regardait calmement et lorsqu’elle mordit dans son beignet, il demanda d’une voix posée :

– Est-ce qu’ils sont bons ?

Cryssie prit le temps d’avaler sa bouchée et d’enlever le sucre glace collé à ses lèvres.

– Celui-ci n’est pas mal mais, en général, les gâteaux sont un peu lourds ici. Sûrement du surgelé… Ne croyez-vous pas que dans un magasin de ce standing, la pâtisserie pourrait être maison ? Après tout, rien de plus facile que de cuisiner un beignet.

Elle mordit de nouveau dans la pâte.

– Voulez-vous goûter ? demanda-t-elle, un air de défi amusé dans le regard.

La réponse, elle la connaissait déjà : jamais un homme comme lui ne s’abaisserait à partager un beignet plein de sucre avec la première venue.

– Non, merci, répliqua en effet Jed Hunter en esquissant un sourire. Je ne voudrais pas vous en priver. Vous êtes si mince que je serais tenté de vous offrir un vrai repas plutôt que ce goûter. Quelque chose me dit que vous en avez bien besoin.

Cryssie lui décocha le regard le plus noir de son arsenal. Elle savait bien qu’elle avait l’air fatigué et que son visage était pâle après l’activité frénétique de ces dernières semaines chez Hydebound. Mais ce n’était pas une raison pour le lui faire remarquer ! En plus d’être arrogant, cet homme manquait cruellement de délicatesse ; il ne la connaissait pas, après tout.

– Mêlez-vous de vos affaires, rétorqua-t-elle. Je ne vais sans doute pas prendre de vrai repas avant demain. Ce soir, je dois m’occuper de farcir la dinde si je veux profiter de mon petit Milo demain, quand il ouvrira ses paquets au réveil.

– Milo ? reprit-il après une gorgée de son café noir sans sucre. C'était pour lui que vous vouliez le jouet ?

– Oui, fit-elle, sans s’étendre sur le sujet. Il aura bientôt cinq ans.

Mais la remarque de l’homme avait ranimé sa colère.

– Latimer a vraiment manqué de flair, ne put-elle s’empêcher de souligner. Ne pas prévoir la folle demande qu’allaient susciter les Pionniers ! Vous auriez vraiment pu faire des stocks plus conséquents.

– D’un autre côté, argumenta-t-il, si nous avions vu trop grand et que tout d’un coup la mode passe, le magasin se serait retrouvé avec des quantités d’articles invendus qu’il aurait fallu solder. Adieu, les profits…

– La belle affaire ! s’écria Cryssie. Ne croyez-vous pas que les magasins Latimer peuvent prendre ce risque si l’on pense aux marges qu’ils font par ailleurs ? Entre cela et décevoir des centaines d’enfants à Noël, j’aurais vite choisi.

Tout en écoutant le discours véhément de la jeune femme, Jed Hunter l’observait, un léger sourire aux lèvres. Elle n’était vraiment pas désagréable à regarder. Bien sûr, elle ne portait aucun maquillage et son petit tailleur sobre n’était pas à la pointe de la mode ; elle était de plus coiffée un peu sévèrement, ses longs cheveux châtains plaqués derrière les oreilles dégageant son front lisse. Mais elle avait de grands et magnifiques yeux verts, qui brillaient dans un visage à l’ovale parfait et le regardaient sans ciller. Elle ne portait pas de bijoux, à l’exception de petits clous d’oreilles en or. S'il avait dû la décrire, il l’aurait qualifiée de « saine ».

Il plissa les lèvres en se rendant compte qu’il la jaugeait. Mais n’était-ce pas toujours ce qu’il faisait quand il était confronté au sexe féminin ?

Cryssie termina son café, dans l’attente de la repartie certainement cinglante qu’allait provoquer sa diatribe. Mais rien ne vint. Sans doute le grand patron des lieux se moquait-il éperdument de l’opinion d’une cliente…

Ce silence l’exaspéra, à moins que ce ne fût l’effet de la caféine.

– Et il n’y a pas que cela qui pèche chez Latimer, lança-t-elle vivement. On n’arrive jamais à y trouver deux fois la même chose. C'est terriblement ennuyeux quand un article vous a convenu.

Elle se garda bien de préciser qu’il s’agissait en l’occurrence d’un ensemble soutien-gorge et slip en dentelle, d’abord acheté pour Polly et qu’elle se serait bien offert par la suite, tant le rapport qualité prix était intéressant. Mais quand elle était revenue, l’article avait disparu des présentoirs.

– Quant à trouver un vendeur pour vous aider, reprit-elle avec véhémence, c’est un parcours du combattant ! Cette pénurie de personnel encourage d’ailleurs le vol, j’en suis persuadée. Ici, rien de plus facile que de se servir et de sortir avec sa marchandise sous le bras. Je sais de quoi je parle, je travaille moi aussi dans un magasin. Hydebound, vous connaissez ? Ils sont spécialisés dans le cuir et tout est fabriqué dans la région.

– Oui, j’en ai entendu parler, murmura le patron de Latimer. Ils sont situés un peu loin du centre-ville, n’est-ce pas ? Un peu à l’écart des axes commerçants…

– Nous fournissons des articles d’une telle qualité que les gens se déplacent sans problème. Bien sûr, comme toutes les petites sociétés, nous avons nos difficultés mais nous travaillons d’autant plus dur pour les aplanir.

Elle se redressa fièrement sur son siège et vit soudain briller une étincelle amusée dans le regard de Jed Hunter.

– Visiblement, vous avez des opinions très tranchées. Et vous êtes passionnée par votre travail. Hydebound a de la chance de vous compter parmi son personnel.

Cryssie se mordit la lèvre, soudain inquiète. L'homme n’allait-il pas jouer de son influence pour causer des ennuis à son magasin ? Après tout, elle venait de critiquer sévèrement le sien et cela pouvait lui déplaire… Hydebound, comme toutes les petites entreprises, était vulnérable. Malgré sa réputation de qualité, l’augmentation des prix du cuir et la concurrence étrangère mettaient régulièrement en danger son équilibre financier. Un frisson la parcourut et elle eut brusquement envie d’être de retour chez elle, bien au chaud dans son canapé.

– Il faut vraiment que j’y aille, annonça-t-elle en se levant précipitamment pour empoigner ses achats. Merci pour le goûter.

– Eh bien, bonnes vacances… Vous travaillez à plein temps, au fait ?

– Oui, répondit machinalement Cryssie, surprise par la question.

Peut-être qu’un homme de sa condition sociale préférait les femmes au foyer, surtout quand il y avait des enfants à élever. Il devait la prendre pour la mère de Milo… Et puis après ? Il pouvait penser ce qu’il voulait, elle ne le détromperait pas. Sa vie ne regardait qu’elle.

Il sourit franchement pour la première fois.

– Je vous souhaite un très joyeux Noël. Ainsi qu’à Milo, bien sûr !

– Merci, fit-elle en essayant de ravaler son amertume.

La seule chose qui aurait fait plaisir à Milo pour Noël, c’était un de ces fichus Pionniers !

Enfin, au moins avait-elle dit à cet homme ce qu’elle avait sur le cœur. C'était bien la dernière chose à laquelle elle se serait attendue : partager un café avec le patron de Latimer et en profiter pour lui dire son fait ! Elle sourit en songeant qu’elle n’y était pas allée de main morte. Surtout qu’en définitive, malgré les petits défauts du magasin, elle adorait faire ses courses chez Latimer. Mais vider ainsi son sac avait un peu compensé sa frustration.

Jeremy Hunter la suivit du regard tandis qu’elle s’éloignait. Une étrange expression marquait son beau visage. Il avait croisé bien des femmes – trop, sans doute – mais il n’en avait jamais rencontré une qui lui ressemble, mélange à la fois de fougue et de vulnérabilité. Alors qu’elle s’enflammait à son propre discours, elle était devenue radieuse, une touche de rose colorant ses joues, les yeux soudain brillants…

Il haussa les épaules et se leva. Il s’était attardé plus qu’il ne l’aurait dû et il lui restait encore à porter ces maudits Pionniers à leur destinataire !

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Suzanne55 2019-07-03T08:05:32+02:00
Or

Bonne romance. Personnages attachants. Lecture agréable.

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Date de sortie

Séduite par son patron

  • France : 2010-04-01 - Poche (Français)

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Les chiffres

Lecteurs 6
Commentaires 2
Extraits 3
Evaluations 2
Note globale 9 / 10

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