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Sayonara Suckers

Livre


Description ajoutée par RemSo 2026-05-22T15:09:34+02:00

Résumé

Et si le futur n'était pas une fatalité... mais une erreur à corriger ?

Max, Daniel et Karl sont persuadés d'avoir trouvé la solution.

Puisque les géants de la technologie ont transformé le monde en cauchemar, il suffit de remonter le temps et d'empêcher tout cela avant que ça n'arrive.

Leur plan est simple :

kidnapper les enfants qui deviendront les futurs "maîtres du monde", géants multimilliardaires les plus puissants du XXIe siècle.

Rien ne se passera comme prévu. Évidemment.

Une comédie noire, décalée, sarcastique, sur la technologie, le pouvoir, le libre arbitre et les conséquences imprévues des bonnes intentions.

Le futur était une mauvaise idée.

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extrait

Extrait ajouté par RemSo 2026-05-22T15:13:39+02:00

Il était là, comme un con, en train de jouer près du bac à sable, accroupi, ses cheveux roux en bataille. Le ciel était d’un bleu profond en ce début de journée automnale à White Plains dans l’état de New York. Lumière et chaleur étouffante venaient s’écraser sur son petit visage délétère aux multiples taches de rousseur. Son petit t-shirt s’accordait comme un gant avec son petit short bleu et ses petits cubes en plastique qu’il posait innocemment devant lui pour les faire grimper plus haut, toujours plus haut.

Tout autour de lui les autres enfants s’amusaient en criant sans lui prêter attention, comme la rangée de maîtresses assises dans le fond, indifférentes à ce qui se passait autour d’elles, encore moins du côté du bac à sable. Trop loin, trop de bruit, trop chaud. Lorsque le petit rouquin releva les yeux pour voir qui venait faire de l’ombre à sa tour de Babel, il découvrit le visage souriant d’un gros barbu joufflu qui le regardait avec tendresse et transpiration.

— T’es pas très beau, toi, dis donc.

Le petit restait silencieux, l’œil humide et vexé.

— T’aimes bien le bleu par contre, hein ?

Il baissa le regard vers ses sandales bleues, puis vers les cubes bleus qu’il tenait dans ses petites mains toutes moites. Il se redressa fièrement en inspirant profondément, prêt à répondre avec assurance. Le gros barbu ne lui en laissa pas le temps et, tout en bombant le torse, il se pencha jusqu’à coller son gros nez au plus près de son petit visage impassible.

— Comment tu t’appelles, mon p’tit gars ?

Le p’tit gars se tenait droit comme un “i”, esquissant un sourire timide.

— Je m’appelle Mark Sucker…

En moins de temps qu’il ne lui en fallut pour dire “beurk”, Gros barbu s’empara du petit Mark qu’il balança aussitôt par-dessus son épaule comme un vulgaire sac de riz et se mit à courir comme un dératé en direction du portail qu’il avait précautionneusement laissé entrouvert.

Les maîtresses restèrent bouche bée, pétrifiées sur place, incapable du moindre mouvement tandis que Goliath prenait la fuite avec petit Mark sous le bras, gueulant à tort et à travers en direction de la vieille Chrysler Lebaron GT garée tout au bout du parc.

— Ouvre le putain de coooffre !! Démarre, démarre, démarre !!

Un grand échalas aux cheveux gras terminait sa cigarette, adossé à l’arrière de la voiture. Il ouvrit le coffre d’une traite puis agrippa le volant avec autant de perspicacité qu’un cancrelat s'abattant sur le pauvre monde. Gros barbu balança le Suckerbeurk au fond de la malle arrière et, dans un nuage de fumée assourdissant, la voiture des deux compères disparut au coin de la rue, ne laissant retentir qu'un dernier et énigmatique écho sonore qui laissa les rares spectateurs stoïques comme de vulgaires mollusques.

— Geronimoooo !!

Les crissements de pneus et le nuage de fumée noire qui s’évaporait au bout de l’avenue n'arrivaient plus à couvrir les applaudissements surexcités des enfants restés au fond de la cour de récréation, pouces en l’air, sous le regard atterré des maîtresses qui n’avaient toujours pas décollé de leur banc.

La nuit était tombée, Gros barbu et Grand échalas faisaient face à un vieux hangar perdu au milieu de nulle part. Sombre, silencieux, humide. Les silhouettes des arbres qui se balançaient au gré des rafales de vent froides semblaient défier les phares de la Chrysler qui s’éteignirent timidement.

— Faudrait peut-être faire plus discret la prochaine fois, parce que là, on peut pas dire t’as fait dans la subtilité, dit Daniel, toujours fermement agrippé au volant. Il regardait Max du coin de l'œil, se demandant s’il devait se montrer ferme ou s’il allait s'en prendre une. “Ouais”, répondit Max. Il était comme ça, Max, un grand sensible dans un corps d’ours des cavernes. Un petit mot d'approbation rapide et il ouvrait déjà le coffre pour en extraire Bleu bite à bout de bras. Affolé, le petit Mark ne disait rien. Il restait prostré en position fœtale, comme si son corps avait été moulé dans un four à pain. Il s'était enroulé autour du bras musculeux de son bourreau et ne bougeait pas, à tel point que Max dut le secouer pour vérifier s’il était toujours vivant. Daniel s'approcha, doigt levé, un poil moralisateur.

— Tu sais qu'il faut pas secouer les enfants, ça peut créer des dommages irréversibles au niveau du petit cervelet.

Max l’observa d'un œil distrait tout en avançant en direction du hangar, le Suckerbeurk agrippé à son biceps.

— C’est un peu l'idée, lui dit-il, en ouvrant le cadenas qui pendait au bout de la grosse chaîne de la porte coulissante et avant de pénétrer de quelques pas à l'intérieur.

— Tu sais, Daniel, c’est un malin celui-là, faut se méfier, il fait l'innocent et bing, quand tu t’y attends pas, il te baise... T'as pas vu Social Network ?

Il agrippait l’enfant, tirait dessus comme sur un poulpe pris au piège, étirant un bras après l’autre pour lui faire lâcher prise. Suck céda et, au moment où le pauvre rouquin s'écrasait de tout son poids sur le sol poussiéreux, Max et Daniel avaient déjà refermé la porte derrière eux. Écho métallique. Silence sidéral.

Paniqué, le petit Mark regardait tout autour de lui, la goutte au nez, l'œil humide. Sa respiration résonnait par intermittence dans l’immensité noire et oppressante. Il se mit à pleurer des larmes de terreur. Une véritable fontaine qui ne s'arrêtait pas, jusqu'à ce qu'il discerne un bruit tout au fond de l'entrepôt. Une lueur également. Le pas hésitant, tremblant comme une feuille, la morve au nez, il avança à tâtons en direction du tréfonds.

À l'extérieur, Max avait pris place au volant de la Chrysler qui fit un raffut pas possible lorsqu’il démarra en trombe et s'éloigna pour disparaitre dans la pénombre. Daniel était surexcité, mais il oscillait entre joie, peur, triomphe et défaite. Il était rempli de tous ces sentiments contradictoires qui le poussaient à faire des bonds de cabris entre le siège passager et le plafonnier en taule de la grosse Lebaron.

— T'as vu la tronche qu'il faisait le petit enculé ?! Il faisait moins le malin le Suck, là ! Putain, c'est dingue ton truc !

— Je sais Daniel, mais calme-toi, on a encore du taf.

Après avoir roulé quelques kilomètres sur un chemin de terre, Max stoppa le véhicule derrière le mur d'une vieille grange délabrée, cachée au milieu de hautes herbes défraîchies. Il gara la Chrysler juste à côté d'une vieille Buick couverte de rouille. Carcasse ternie par les ravages du temps.

Perdu au fond du hangar, le petit Mark s'approchait doucement d'un semblant d’alcôve, une sorte de demi-cercle formé de palettes éventrées et de vieux cadres métalliques au centre duquel se tenait une silhouette, accroupie comme l'aurait été un professeur de yoga, visage baissé, concentré. Mark séchait ses larmes et, son acuité visuelle s'habituant petit à petit à l'obscurité, il devina une forme humaine, étrangement calme et aux pieds nus. Jambes croisées, elle se tenait face à lui, silencieuse comme un moine tibétain. Il sentit la panique s'emparer de lui et lorsque qu'il pénétra avec méfiance dans le saint des saints, il découvrit qu’il s’agissait d’un autre enfant, comme lui, qui le regardait avancer au travers de ses petites lunettes rondes. Le jeune gourou était zen, parfaitement serein, malgré l'isolement et l’obscurité qui l'entourait. Les quelques bougies posées en arc de cercle devant lui, éclairaient son visage sec, mais souriant. Le jeune garçon fit signe à Mark d'avancer, tout en lui demandant d'enlever ses chaussures afin de ne rien salir.

— T’es qui, toi ? Comment tu t'appelles ? On est où, là ? Je veux voir ma maman...

Suck fit quelques pas. Le jeune binoclard l'observa quelques instants, puis écarta les bras avant de poser la paume de ses mains sur le bord de ses genoux. Il baissa la tête tout en jetant un coup d'œil au panier de fruits posé devant lui avant de lui faire signe de s'arrêter.

— Tuut, tuut... Enlève tes chaussures, s’il te plaît. Moi c'est Steven, mais tu peux m'appeler Steve.

— Moi c’est Mark, Mark Suckerbeurk.

— Jab, Steve Jab.

Steve se pencha pour attraper le panier du bout des doigts.

— Tu veux une pomme ?

Suckerbeurk se remit à pleurer.

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