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Sous le charme du souverain / Secret brûlant



Description ajoutée par ParanormalBliss 2013-06-21T16:34:45+02:00

Résumé

Sous le charme du souverain, Trish Morey

Incapable de résister au désir qui la submerge, Sienna passe une nuit passionnée avec Rafe Lombardi, un richissime financier qui lui fait une cour assidue. Une nuit inoubliable, qui lui fait un moment espérer qu’un lien plus profond pourrait se nouer entre elle et cet homme qui la trouble infiniment. Un espoir qui se brise lorsqu’elle se rend compte, au matin, que son amant est en fait le futur roi de Montvelatte, et qu’il n’y a aucune place pour elle dans sa vie. Mais, quelque temps après, Sienna apprend qu’elle attend un enfant de lui…

+ 1 ROMAN REEDITE OFFERT : Secret brûlant, Miranda Lee

A la lecture du testament de son père, Luc est aussi surpris qu’intrigué. La propriété familiale va revenir à une certaine Jessica Gilbert, dont il n’a jamais entendu parler ! Qui peut bien être cette femme pour bénéficier d’un legs si généreux ?

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Classement en biblio - 13 lecteurs

Extrait

** Extrait offert par Trish Morey **

** Sous le charme du souverain **

1.

Physiquement, c’était parfait.

Prodigieux.

Avec un gémissement, Rafe s’abandonna à l’inévitable en étreignant de toutes ses forces le corps nu qui se pressait contre le sien. Ses reins se contractèrent et il huma avidement les effluves de parfum qui se mêlaient à l’odeur musquée, animale, de la passion. Quelle nuit ! Il était récompensé de la cour assidue qu’il avait faite toute la semaine à cette jolie jeune femme pour l’attirer dans son lit. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas éprouvé pareil plaisir.

Il n’en avait même pas souvenir.

Les lumières de Paris filtraient encore à travers les rideaux de mousseline de son appartement. Mais l’aube blanchissait déjà le ciel. La lueur douce du jour naissant jetait des reflets nacrés sur la peau de satin qu’il caressait. Quand il embrassa sa compagne au creux du cou, elle émit une sorte de ronronnement qui le fit sourire. Elle l’avait fait attendre, mais sa patience et son obstination étaient bien payées de retour.

Réveillée, elle roula sur le dos en tendant les bras vers lui. Son opulente chevelure blond vénitien se répandit sur l’oreiller comme un rideau de théâtre annonçant le prochain acte d’une pièce.

Il se souleva pour venir se placer entre ses jambes. Il lui avait fallu une semaine entière pour en arriver là ! Après cette longue attente, il voulait savourer intensément chaque moment de plaisir.

Il baissa la tête vers la pointe de ses seins dressés et se mit à les caresser tour à tour du bout de la langue. Aussitôt, la jeune femme s’arc-bouta contre lui avec un gémissement et enfouit les doigts dans ses cheveux.

Il aimait ses seins, leur forme mais aussi leur texture, le contraste entre leur douceur élastique et la dureté du téton. Il ne se rassasiait pas de la saveur de cette femme. Lorsque celle-ci se souleva pour plaquer ses hanches contre les siennes, il ne résista pas plus longtemps.

Il tendit le bras vers la table de chevet pour saisir un petit sachet qu’il déchira avec les dents.

— Laisse-moi faire, dit-elle d’une voix altérée.

La lueur qui brillait au fond de ses yeux noisette répondait à l’acuité de son propre désir. Quelle douceur exquise ! La nervosité qu’elle avait manifestée la veille à l’idée de coucher avec lui s’était miraculeusement évanouie. Et la perspective des quelques semaines qui s’annonçaient le réjouissait de plus en plus.

Brusquement, l’impatience de Rafe vira au supplice. N’y tenant plus, il plongea en elle, en lui arrachant un cri de surprise et de plaisir.

Une seule idée subsistait dans son esprit, à peine une étincelle, mais qui le hantait au travers de ses sensations aiguisées.

Ce n’était pas seulement délectable.

C’était prodigieusement parfait.

* * *

« Non, ce n’était pas son visage qui se reflétait dans la glace. » Fronçant les sourcils, Sienna Wainwright examina plus attentivement l’image de cette étrangère qu’elle avait sous les yeux. Avec ces lèvres gonflées, presque tuméfiées, les cernes mauves et le désordre de sa chevelure d’ordinaire sagement disciplinée, elle était à mille lieues de la femme qu’elle était réellement.

Ou qu’elle avait été jusque-là !

Jusqu’à la veille au soir. Jusqu’à ce que ses défenses s’écroulent. Maintenant, elle n’était plus la même.

Elle porta des doigts hésitants à ses lèvres rougies, comme pour en redessiner le contour ou retrouver la sensation des baisers passionnés de Rafe. Subjuguée, emportée par un vent de folie, elle avait capitulé pour se donner à lui.

Insatiable, il avait renouvelé ses assauts…

Sienna Wainwright ferma les paupières et son souffle s’accéléra tandis que son corps se remémorait avec des picotements délicieux cette fabuleuse nuit d’amour.

Rafe Lombardi, financier de stature internationale, milliardaire et self-made man, avait fait fortune en rachetant de grosses affaires au bord de la faillite pour leur donner une deuxième vie sur la scène mondiale. Ce golden boy était un des partis les plus convoités de la planète, mais aussi un des plus inaccessibles, à en croire les ragots qui circulaient. On ne comptait plus le nombre de ses conquêtes, qu’il abandonnait aussitôt séduites comme autant de cœurs brisés.

C’est bien pour cette raison que Sienna avait résisté aussi longtemps à ses avances.

Elle n’appartenait pas au même monde que Rafe, économiquement et socialement parlant. Ni même sexuellement, d’ailleurs. Elle n’avait eu jusque-là que quelques expériences limitées et franchement décevantes.

Rafe Lombardi évoluait dans les hautes sphères de la société et fréquentait des géants de la finance et des affaires qui attiraient dans leur sillage mannequins et stars de cinéma. Sienna, qui travaillait pour subvenir à ses besoins, était aux antipodes de cet univers. Aux yeux de Rafe Lombardi, elle n’était qu’une conquête de plus sur la liste déjà longue de son catalogue.

Elle l’avait donc tenu à distance en croyant qu’il se découragerait devant sa fermeté.

Mais loin de s’avouer vaincu, il s’était obstiné avec une détermination agaçante mais flatteuse en même temps. Rafe Lombardi avait l’habitude de parvenir à ses fins.

Sienna régla la température de l’eau et se mit sous la douche. L’eau caressait sa peau nue en ravivant les endroits sensibles, là où la bouche et les mains de Rafe s’étaient attardées. Il avait promis de la rejoindre et elle esquissa un sourire à cette idée.

Combien de fois l’avait-elle éconduit au cours de la semaine passée ? Quelle sottise… Quand on avait la chance de plaire à Rafe Lombardi, il fallait prendre ce qu’il avait à offrir sans se soucier des conséquences.

Tant pis si ce n’était qu’un feu de paille.

Et puis elle méritait bien une récréation. Ces derniers mois l’avaient épuisée, avec son déménagement et son nouveau travail. En plus, elle avait changé d’environnement en se réinstallant en Europe.

Certes, il y aurait peut-être des conséquences désagréables, mais pour l’instant il avait envie de la revoir et elle s’en réjouissait en chérissant cette perspective comme un trésor secret.

Elle se retourna pour offrir sa nuque au massage d’eau chaude. Pourquoi Rafe Lombardi lui faisait-il autant d’effet ? En quoi était-il si différent des autres hommes ?

Sa haute taille et la beauté sombre de ses traits suffisaient à le distinguer. Ses cheveux à peine un peu trop longs, qui bouclaient sur le col de sa chemise, et sa barbe naissante mais soignée lui donnaient une touche sexy de non-conformisme.

Mais il n’y avait pas que l’apparence. Il émanait de lui une confiance souveraine et une aura d’une puissance incroyable.

Sienna frissonna. D’un seul regard, qui semblait lire dans son âme les secrets les mieux cachés, il avait su la séduire et annihiler ses résistances. En lui faisant croire, non seulement qu’elle était désirable, mais qu’elle se retrouvait brusquement au centre de son existence. Conscient de son pouvoir, il en avait usé et abusé impitoyablement.

Pour la mettre dans son lit.

Elle soupira. Rafe Lombardi ne ressemblait vraiment à aucun des hommes qu’elle avait croisés au cours de son existence. En fait, il avait tout pour faire rêver les femmes. Comment rester insensible et ne pas tomber amoureuse ?…

Oh, non !

Furieuse de s’être égarée aussi loin, Sienna ferma le robinet et attrapa vivement la serviette. Elle n’allait tout de même pas jouer les midinettes rêvant au Prince charmant, simplement parce qu’il l’avait regardée d’un air enjôleur !

Décidément, la vie parisienne lui tournait la tête. Il fallait se ressaisir. Après avoir décroché le job idéal, elle avait la chance de vivre une aventure excitante et très agréable. Mais rien de plus.

De la chambre lui parvenaient à présent les échos des actualités télévisées sur une chaîne étrangère. Apparemment, Rafe l’avait déjà oubliée…

Elle enroula une serviette en turban autour de ses cheveux mouillés et enfila un peignoir en éponge avant de le rejoindre. On avait apporté une table roulante d’où montait une délicieuse odeur de café et de viennoiseries. Rafe avait juste enfilé un jean, et la vue de son torse dénudé déclencha immédiatement une onde de désir dans le corps de Sienna.

Puis, apercevant la mine sombre et soucieuse de Rafe, elle s’approcha de lui.

Pour la première fois depuis qu’ils avaient fait connaissance, il ne lui décocha pas son habituel sourire charmeur. Il ne sembla même pas remarquer sa présence : il était hypnotisé par un reportage télévisé.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en essayant de comprendre l’italien du commentateur, beaucoup trop rapide pour elle.

Elle posa une main sur l’épaule de Rafe, mais il se dégagea en lui intimant le silence. Quelle distance entre eux deux, tout à coup ! Pourquoi ce mouvement de rejet ? Tendant l’oreille, elle reconnut le nom de Montvelatte, une petite principauté perchée sur un rocher entre la France et l’Italie. Puis un palais de conte de fées apparut sur l’écran, suivi par un portrait de feu du prince Eduardo, et un panoramique sur les célèbres casinos du bord de mer.

On vit ensuite le jeune prince et son frère escortés par des gendarmes jusqu’à un fourgon. A l’évidence, il se passait quelque chose de grave à Montvelatte.

— Montvelatte, finito ! conclut le reporter avec emphase.

Quand le reportage fut terminé, Rafe appuya sur une touche de la télécommande avec un air soucieux.

— Qu’y a-t-il ? interrogea Sienna. On a arrêté la famille royale ?

Rafe avait les traits tirés et les yeux pleins de chagrin.

— Tout est fini, déclara-t-il d’une voix qui la glaça. Tout est fini.

Il la regardait sans la voir, comme si elle était subitement devenue transparente, et une peur inexplicable s’empara de Sienna.

— Qu’est-ce qui est fini ? insista-t-elle. Qu’est-il arrivé ?

Pendant une minute, elle se demanda s’il l’avait entendue. Puis, brusquement, il redressa le menton et une lueur de prédateur s’alluma au fond de ses yeux.

— Justice est faite, déclara-t-il d’une voix sibylline.

Il se plaça devant elle et plongea son regard dans le sien. Aussitôt, inexplicablement, elle se mit à trembler.

— Que veux-tu dire ? Explique-moi, chuchota-t-elle.

Sans mot dire, Rafe tira sur la ceinture de son peignoir dont il écarta les pans pour déposer un baiser au creux de son cou.

— Cela veut dire que j’ai envie de toi, souffla-t-il en achevant de dénuder son épaule. Tout de suite !

Le corps de Sienna le réclamait déjà. Mais quelque chose, dans l’expression de Rafe, l’alerta. Aveuglé par un tourment mystérieux, il ne lui prêtait pas vraiment attention. Elle n’existait plus que comme moyen de chasser ses démons intérieurs. Pourquoi les événements liés à cette minuscule principauté l’affectaient-ils tant ? Montvelatte, qui s’illustrait par les exploits amoureux de ses jeunes princes, occupait souvent les premières pages des journaux à scandale, mais ne faisait guère parler d’elle dans la presse financière qui intéressait les hommes d’affaires.

Sienna appuya les mains sur le torse de Rafe pour le repousser.

— Ce n’est pas une très bonne idée, objecta-t-elle d’une voix tremblante. Je vais être en retard à mon travail.

— Eh bien, tu seras en retard, voilà tout ! maugréa-t-il en la prenant par le cou pour l’attirer contre lui.

Il captura ses lèvres dans un baiser troublant, qui trahissait une fureur sourde, dangereuse. Puis sa bouche descendit le long de son cou, vers sa poitrine, et Sienna fondit de désir, incapable de résister à ce feu qui menaçait de la consumer tout entière…

Une véritable frénésie l’emporta quand il la souleva pour nouer ses jambes autour de sa taille. Il poussa un cri et elle s’agrippa à lui de toutes ses forces. Elle avait peur. Pour lui, mais aussi pour elle-même.

Il la posséda avec une sorte de rage froide qui explosa en elle comme une boule de feu.

Sans savoir comment, elle se retrouva peu après couchée dans les draps froissés, tandis qu’il restait assis au bord du lit, perdu dans ses pensées. Il avait l’air de souffrir horriblement, comme un animal sauvage pris au piège, songea-t-elle en contemplant les traits de son beau visage sculptural.

* * *

Rafe était absorbé par sa conversation avec son associé. Yannis Markides était l’une des rares personnes au monde à connaître la vérité sur sa vie et l’identité de son père. Mieux que n’importe qui, il savait en quoi le reportage télévisé sur Montvelatte pouvait l’affecter.

— Tu dois y aller, le pressa Yannis. C’est ton devoir.

— J’ai l’impression d’entendre Sebastiano, qui est déjà à Paris, apparemment. Il n’a pas perdu de temps pour me retrouver !

— Sebastiano a raison. Sans toi, Montvelatte cessera tout simplement d’exister. Tu ne voudrais tout de même pas être responsable d’une pareille catastrophe ?

— Il n’y a pas que moi. Marietta…

— Tu ne dois pas rejeter un poids aussi lourd sur les épaules de ta sœur. Si tu fais cela, tu perdras définitivement mon amitié. De toute façon, la loi exige un héritier mâle, tu le sais. Incline-toi devant ton destin, Rafe.

— Rien ne dit que je réussirai à sauver l’île de la faillite. Tu as comme moi entendu les nouvelles. Carlo et Roberto ont ruiné l’économie.

Son interlocuteur se mit à rire à l’autre bout de la ligne.

— N’est-ce pas ce que toi et moi faisons au quotidien ? Ressusciter des affaires moribondes ?

— Eh bien, vas-y, toi, si c’est tellement important. Moi, je n’ai pas envie de bouleverser mon existence.

C’était vrai. Il avait travaillé dur pour arriver là où il était. Au sommet. Il n’avait plus rien à prouver, ni à lui-même, ni aux autres. Il n’avait pas besoin d’une couronne royale.

— Ce n’est pas mon rôle, Rafe. C’est toi le fils, l’héritier. Personne ne peut endosser cette responsabilité à ta place.

Il marqua une pause.

— D’ailleurs, n’est-ce pas ce que ta mère aurait souhaité ?

Yannis était aussi proche qu’un frère. Il savait frapper là où cela faisait mal…

— Heureusement qu’elle n’est plus de ce monde…, murmura Rafe. Quelle horreur, si elle avait su que les propres fils d’Eduardo avaient manigancé sa mort !

— Pas tous, corrigea Yannis. Tu es là, toi.

Rafe émit un rire dur.

— Oui, le bâtard. Le fils exilé au loin, avec sa mère et sa petite sœur. Pourquoi me soucierais-je de cette île ? La conspiration infâme de mes demi-frères me donne la nausée. Oui, pourquoi devrais-je restaurer l’ordre et la morale ? Je regrette ce qui est arrivé à mon père. Je le plains sincèrement. Mais je ne lui dois rien.

— Le sang des Montvelatte coule dans tes veines. Si tu ne le fais pas pour ton père, fais-le pour ta mère. Pour honorer sa mémoire.

Rafe secoua la tête en essayant de s’éclaircir les idées. Yannis le connaissait trop bien. Son ami savait qu’il ne ressentait aucune obligation envers son père et n’avait pas éprouvé de chagrin à sa mort, même en apprenant qu’il ne s’agissait pas vraiment d’un accident. Après tout, le prince Eduardo s’était séparé de lui sans remords. Pourquoi aurait-il pleuré la disparition d’un père qui n’avait joué aucun rôle dans sa vie ?

Pour sa mère, c’était différent. Louisa avait adoré Montvelatte. Elle ne tarissait pas d’éloges sur les senteurs des orangers, les coteaux couverts de vignobles, le maquis du bord de mer desséché par les embruns, les collines plantées d’oliviers…

Elle n’avait jamais oublié la petite île où elle avait vécu pendant vingt et un ans avant d’être condamnée à l’exil pour le reste de sa trop courte existence.

Yannis avait raison. Elle avait toujours rêvé d’y retourner. Cela ne s’était pas produit de son vivant, mais peut-être fallait-il saisir cette occasion de réaliser son rêve à sa place…

* * *

« Mon Dieu ! » s’écria Sienna intérieurement en émergeant de la salle de bains. Elle plissa le front d’un air préoccupé. Ils avaient fait l’amour avec tant d’empressement qu’ils en avaient oublié les précautions élémentaires… Même s’ils ne couraient pas grand risque à cette période de son cycle, on n’était jamais sûr à cent pour cent. Elle aurait dû renouveler son ordonnance pour la pilule le mois dernier. Avec tous ces changements dans sa vie, elle n’avait pas pris le temps de trouver un nouveau médecin. Comment aurait-elle pu prévoir, de toute façon ?…

Au risque d’aggraver son retard, il fallait tout de même aborder le sujet.

— J’ai quelque chose à te dire, commença-t-elle quand il eut raccroché, tout en fourrant quelques affaires dans son sac.

Comme il ne répondait pas, elle se tourna vers lui. Il était méconnaissable. Prostré et abattu, la tête dans les mains, il avait l’air si vulnérable qu’elle s’en émut.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle en s’approchant. Cela a un rapport avec le reportage sur Montvelatte ?

Il ne bougea pas, ne répondit pas. Puis, au bout de plusieurs secondes interminables, il se massa les tempes en poussant un soupir à fendre l’âme.

— Que sais-tu de cette petite île ? dit-il dans un souffle.

Déroutée par la question, elle haussa les épaules. Mais, au moins, il lui parlait… Elle fit le tour du lit pour venir s’agenouiller devant lui et posa les mains sur ses épaules pour le masser doucement et essayer de dissiper les contractures de ses muscles.

— Pas grand-chose, avoua-t-elle. Ce que tout le monde connaît… C’est un minuscule Etat méditerranéen, célèbre pour la beauté de ses paysages et les casinos qui ont fait sa richesse. Une Mecque pour les touristes et les joueurs.

Avec un gémissement, il captura sa main et la serra très fort, presque jusqu’à lui faire mal. Puis il la porta à ses lèvres, avec une expression indéchiffrable.

— C’est aussi un paradis pour gangsters, dit-il. Apparemment, depuis que le prince Carlo a accédé à la couronne il y a cinq ans, on blanchit l’argent sale de la drogue dans les casinos.

Sur la table de nuit, la grande aiguille du réveil continuait à avancer. Sienna devait absolument se dépêcher. Cela n’avait pas été facile de décrocher cet emploi chez Charters Bleu Saphir. On l’avait prise parce qu’elle parlait français et qu’elle avait trois excellentes références. Sinon une femme, australienne de surcroît, n’aurait eu aucune chance… Elle n’avait pas fini sa période d’essai et risquait gros en s’attardant encore. L’aéroport n’était pas tout près…

D’un autre côté, elle ne pouvait quitter Rafe dans cet état.

— Le prince et son frère sont impliqués dans ce trafic ? Les autorités judiciaires ont sûrement des preuves sérieuses, pour les faire arrêter devant les caméras de télévision du monde entier.

Rafe se leva et enfila une robe de chambre avant de se poster devant les larges baies vitrées qui offraient un magnifique panorama sur la tour Eiffel.

— Ils sont inculpés pour autre chose, répondit-il.

— Pour quoi ?

— Pour avoir joué un rôle dans la mort du prince Eduardo.

Choquée, Sienna essaya de se remémorer dans quelles circonstances le souverain précédent avait disparu.

— Le prince Eduardo s’est noyé en tombant de son yacht, n’est-ce pas ?

La mâchoire de Rafe se crispa douloureusement.

— On a rouvert l’enquête. Ce n’était pas un accident.

— Ils auraient tué leur propre père ? s’écria la jeune femme, consternée.

Elle comprenait mieux le scandale qui ébranlait la scène internationale. C’était une crise monarchique en même temps qu’un cauchemar diplomatique. Mais cela n’expliquait pas l’état étrange dans lequel se trouvait Rafe.

— C’est horrible. Mais en quoi cela te concerne-t-il ?

Le visage torturé de Rafe se ferma. Il n’en dirait pas davantage.

— Désolée, Rafe. Je dois vraiment partir…

— Oui.

Elle ramassa son sac.

— Je ne finis pas avant 18 heures, ce soir. Je t’appelle en rentrant chez moi ?

Une lueur de tristesse brilla un instant dans les yeux de Rafe, pour s’éteindre presque aussitôt.

— Je ne serai pas disponible, annonça-t-il d’une voix coupante.

— Oh…

La gorge nouée, Sienna s’efforça de ne pas montrer sa déception.

— Demain je serai de service de nuit… Mercredi ?

Il secoua la tête en ouvrant un placard pour sortir une valise.

— Non. Je ne serai plus là.

— Tu pars ?

Une expression lointaine, insondable, se figea sur ses traits.

— Tout est fini. Je te l’ai déjà dit.

La déception de Sienna se mua en désespoir. Ne parlait-il pas de Montvelatte, tout à l’heure ? Avait-elle tout compris de travers ?

— Où vas-tu ? demanda-t-elle.

— Je pars, c’est tout.

C’était absurde. En d’autres circonstances, elle aurait peut-être accepté d’être congédiée ainsi, sans ménagement. Mais cette brutalité n’avait aucun sens. Même si elle n’avait pas la prétention de le retenir très longtemps, il ne pouvait pas rompre de cette façon… Pas après l’avoir poursuivie de ses assiduités pendant toute une semaine !

— Je ne comprends pas.

— Je croyais que tu étais en retard ! lança-t-il durement.

Inexplicablement, elle insista.

— Ton comportement est insensé ! Il y a seulement quelques instants, tu voulais me revoir… Ce revirement a-t-il quelque chose à voir avec la situation politique de Montvelatte ? Quel lien y a-t-il entre toi et cette île perdue en Méditerranée ?

Il cessa un instant de remplir sa valise. Son visage paraissait si torturé qu’elle regretta presque ses questions.

— Tu as vu ces deux hommes qu’on emmenait dans un fourgon de police ?

— Le prince Carlo et le prince Roberto ? Tu les connais ?

Une ombre voila son regard.

— Nous avions le même père.

A ce moment-là, la sonnette retentit et il se dirigea vers le vestibule.

Comme elle restait là sans bouger, interloquée, il lui dit :

— Je suis désolé, mais tu dois vraiment t’en aller, maintenant.

Puis il ouvrit la porte et la poussa au-dehors en même temps qu’il accueillait le visiteur.

— Entre, Sebastiano.

Avant de s’éloigner, Sienna eut juste le temps d’entendre quelques mots empressés et déférents prononcés par le nouveau venu :

— Prince Raphaël, il faut vous hâter…

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Commentaires récents

Or

Deux très belles histoires. Dans la premiere, Sienna et Rafe, ont une relation d'une unique nuit. Mais voilà que Rafe doit partir suite à un coup d'état du pays de sa mère. Il ne peut refuser. Ce qui peine Sienna. Mais le destin (ou plutôt l'auteur) n'à pas dit son dernier mot et va les réunir à nouveau. Mais que de peines tant que l'un ou l'autre n'admettons leurs sentiments.

Dans la deuxième histoire, suite au décès de son père, Luc va découvrir, la double vie que ce dernier avait. Il rencontre sa maîtresse, mais aussi sa fille, Celia. Malgré qu'il refuse de suivre les traces de son père, l'alchimie qu'il ressent envers Celia est fort, trop. Pourtant il est fiancé! Il n'est pas comme son père.

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Dates de sortie

Sous le charme du souverain / Secret brûlant

  • France : 2010-03-01 - Poche (Français)
  • USA : 2009-03-31 - Poche (English)

Activité récente

Becky39 l'ajoute dans sa biblio or
2019-06-07T02:06:24+02:00

Titres alternatifs

  • Lombardi Royals, Tome 1 : Sous le charme du souverain - Français
  • Montvelatte, Tome 1 : Sous le charme du souverain - Français

Editeurs

Les chiffres

Lecteurs 13
Commentaires 1
Extraits 3
Evaluations 1
Note globale 8 / 10

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