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Éloge des voyages insensés



Description ajoutée par Naelyn 2015-02-03T19:27:44+01:00

Résumé

L'île polaire de Kolgouev est le coeur du récit. C'est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental.

Il raconte ses expéditions en mêlant à ses impressions, ses propres sensations, des légendes, des contes, des dialogues, composant ainsi une étrange et puissante partition symphonique qui fait de son livre une sorte d'épopée contemporaine sur les cendres des temps mythiques.

Golovanov ne se limite pas à «chanter l'espace» et l'antique horde nomade du Grand Nord - des Nénets en particulier -, il montre les désastres infligés par la civilisation industrielle et le communisme à cette terre et à ses hommes, et la déréliction dans laquelle ils se trouvent aujourd'hui.

Se faire une opinion sur l'originalité de cette prose, seuls peuvent le tenter ceux qui décident, aux côtés de l'auteur, d'entreprendre le voyage.

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Classement en biblio - 4 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Naelyn 2015-02-03T19:29:21+01:00

Dans la chambre d'hôtel glaciale. Sous deux couvertures. En caleçon de laine. Nuit. Pluie derrière la fenêtre.

Pourquoi ? Pourquoi tout cela ? Envie soudaine de manger, de prendre une douche chaude.

Qu'est-ce que je cherche ? L'île ? Elle a été découverte bien avant moi. L'île, mon invention saugrenue ! Pas besoin de rêver longtemps pour se représenter ce qu'il y a là-bas. Étendue plate. Toundra. Ciel gris, bas, creusé en labour de nuages sombres. Soleil terne, blafard, toujours caché. Herbes chétives tremblant dans le vent et fleurs de camomille - apothéose de la floraison estivale... Odeur d'humidité, partout des marécages, et le bord de mer qui ne sent que l'argile car l'eau, on ne sait pourquoi, ne sent rien. Jaune, glaciale...

Pour le reste, tout doit être comme ici, à Narian-Mar, en pire. Le même froid, la même misère. Depuis deux jours, à l'hôtel, il n'y a pas de chauffage et pas d'eau. Je prends l'eau dehors, à un robinet, dans une gamelle. Le matin, il y en a assez pour se laver, rincer la cuvette, faire le thé. Le soir, pour se laver, mouiller la serviette, s'essuyer, vider la cuvette, faire le thé. Au premier étage de l'hôtel, une porte avec l'inscription : «Buffet». Pas une seule fois je ne l'ai vue ouverte. Et c'est le nouvel hôtel, le plus cher de la ville... le meilleur...

Je râle, de nouveau : la nuit, de lâches pensées me traversent, serrées, en bancs de poissons. Parfois les poissons sont nombreux, parfois moins. Parfois je perds la tête, tellement tout se met à frémir, à scintiller de mille craintes - déferlement de harengs se jetant dans les filets...

Tout ça parce qu'il faut attendre l'hélicoptère dans une ville inconnue. Les Moscovites sont incapables d'attendre. Surtout les journalistes.

Je sais. Les vraies pensées surgissent toujours après. Quand tout est accompli. Prêter attention à ces bancs de poissons n'a aucun sens. J'ai une sinusite. Je ne supporte pas le froid. Physiquement. Et cette pluie, jour après jour...

Qu'est-ce qu'il disait, Korepanov ? Que sur l'île existeraient deux temps parallèles : le temps de l'abstinence et le temps de la soûlerie ? Et qu'il valait mieux ne pas arriver dans le second ? Que plus un homme était intéressant et captivant quand il était à jeun, plus il serait terrifiant, ivre ? Cette pensée est plus profonde qu'il n'y paraît. Korepanov sait de quoi il parle : il a été trois ans président sur l'île... Je ne sais pourquoi, ses histoires me sont restées dans la tête. Le réveil à la vie de l'île au printemps, quand le soleil de mars inonde les glaces d'une lumière rose et transparente, que le silence est assourdissant et que soudain, dans la sombre humidité de la mer, un bélouga se met à battre lourdement de la queue... L'histoire de mystérieux petits hommes souterrains... Et aussi, l'histoire du couteau...

L'histoire du couteau... Je n'y étais pas du tout préparé. Franchement, j'ai peur. Le projet romantique de mon voyage se révèle une duperie totale : il n'y a rien de moins romantique que le Grand Nord d'aujourd'hui. J'ai peur de ne pas y trouver ce que j'attendais. Omnia praeclara rara. Les Anciens m'avaient prévenu. En deux millénaires d'histoire européenne, peu de choses ont changé. La seule différence est que maintenant, pour exprimer les vérités d'antan, nous employons des langues nouvelles : Beauty is a Rare Thing. Même en musique, putain !... D'après ce que j'avais lu sur le Grand Nord, il semblait possible d'y trouver encore les vestiges d'une beauté des origines. Mais, si je regarde autour de moi, ce que je vais avoir à affronter risque d'être plutôt pénible, voire dangereux, comme ce couteau dans la main d'un ivrogne...

De nouveau. Le banc de poissons. Du radeau de ton lit d'hôtel, frappe l'eau de ta rame ! Chasse-le ! Dehors, misérable fretin, dehors...

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Snake 2020-09-16T10:54:29+02:00
Lu aussi

Une lecture qui a été compliqué pour ma part. Je n'arrivais pas à accrocher au récit, j'ai mis du temps à le lire.

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Commentaire ajouté par pujols 2020-05-10T09:04:27+02:00
Or

Cet ouvrage relate les trois séjours que l'auteur, dans les années 90, fit dans l'île de Kolgouev, située en mer de Barents, dans le Grand Nord. Cette odyssée polaire détourne les codes du récit de voyage pour entraîner le lecteur dans un nouveau territoire verbal, et nous accompagne également dans ses rencontres avec les habitants et dans quelques randonnées.

Parti en 1992, 1994 et 1997, Golovanov quitte les repères de la vie urbaine pour explorer un ailleurs qui n'est autre que son propre pays. À travers ses rencontres, il dresse une galerie de portraits et retrace des destins souvent tragiques : minés par l'alcoolisme, les Nenets, population majoritaire de l'île, ont toujours été méprisés par le pouvoir central. L'île, dont les entrailles ont été dévastées par des explorations souterraines de recherche pétrolifère, est pillée par la civilisation.

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Date de sortie

Éloge des voyages insensés

  • France : 2008-01-10 (Français)

Activité récente

pujols l'ajoute dans sa biblio or
2020-05-10T08:58:53+02:00

Editeurs

Les chiffres

Lecteurs 4
Commentaires 2
Extraits 1
Evaluations 3
Note globale 7.67 / 10

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