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À la lisière du monde

Livre


Description ajoutée par pujols 2018-11-02T16:37:11+01:00

Résumé

Le lien entre les personnages d'À la lisière du monde semble très ordinaire, quotidien. Derrière les silences et les rires, on devine pourtant des angoisses, des amours secrètes, et la mort qui rôde. Dans un style élégant et non dénué d'humour, Kathryn Davis décrit subtilement le sentiment de précarité qu'éprouve l'humanité.

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Commentaire ajouté par pujols 2018-11-02T16:38:45+01:00
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Volontairement, l'ouverture du roman ne dit pas grand-chose : "Elles étaient trois amies qui descendaient un sentier menant au lac (...). C'était le début du vingt et unième siècle." De la découverte du corps d'un homme qu'elles pensent mort, il ne résultera presque rien non plus. Juste le sentiment des événements qui se suivent sans se confondre tout à fait. On comprend que le narrateur observe une petite communauté d'hommes devenus insectes du point de vue de Sirius - ce qui réclame une bonne vue et pas mal d'imagination : les fourmis, les termites, les abeilles qu'observent certains enfants fascinés, ce sont les hommes, ici. Et le village de Varennes (Vermont, Etats-Unis) n'est rien de plus qu'une banlieue lambda de fourmilière ou de termitière. On est "à la lisière du monde", véritablement. On ne saurait trop résumer ce qui s'y passe. On dira seulement que le terrain d'étude n'est pas bien grand, ce que dit d'emblée le titre original du roman : The Thin Place, le lieu étroit, le tout petit endroit.

Cependant, Varennes est au croisement de l'anecdote et du cosmos. Car le sujet du roman, c'est la vie - celle qui anime les hommes autant que les glaciers, les castors et les planètes. Ici ou ailleurs, il n'y a pas de différence. Comme chez Whitman, la langue de Davis exprime un moi agrandi de tout, un moi qui ne vit pas à l'écart mais vit en masse, qui dit l'homme social comme l'homme religieux, l'un et la multitude. Mais si Kathryn Davis voit ce que voit Whitman, "une grande merveille ronde couler à travers l'espace" ("Salut au monde !" issu de son recueil Feuilles d'herbe) - elle choisit de se concentrer sur une toute petite partie de cet infini : Varennes, un petit village sans rien de remarquable, à l'exception de "la grande catastrophe du lac Noir" où se noyèrent huit enfants de la classe de catéchisme. Dans ce village, le narrateur observera la façon dont la vie se manifeste - du moins, c'est ainsi que le projet semble se présenter a priori au lecteur. En vérité, il s'agira pour ce lecteur de savoir aussi observer le roman de plus loin, comme une toile pointilliste.

Pourtant, A la lisière du monde n'est pas qu'un exercice d'optique ou une expérience de superposition de l'infiniment grand et de l'infiniment petit. Le roman dit beaucoup, par exemple, de la relation du romancier et de ses personnages - qui semble gouvernée par une joie comme divine. Non seulement parce qu'A la lisière du monde est plein d'une causticité impolie et réjouissante (et que le récit se plaît aux situations embarrassantes), mais aussi parce que les qualités de la narration imposent au lecteur des rapprochements et des confusions aussi joyeuses que vertigineuses. On suivra avec une attention égale les hommes et les femmes, les tribulations minuscules d'une famille de castors ou les poses métaphysiques d'une chienne. Aux rêveries de Billie, qui fait la planche au milieu du lac en pensant au premier baiser qu'elle a donné à Piet, répond le discours intérieur d'un brochet qui passe sous son corps, à 1,50 mètre environ : "Tuer, il ne pensait qu'à ça. Tuer, tuer, tuer, excepté au début du printemps, quand il parvenait une fois de plus à trouver son chemin dans un champ inondé pour frayer ; alors, il ne pensait plus qu'à une chose : le sexe."

MORT VIOLENTE ET IMPRÉVISIBLE

Au-delà des micro-intrigues des uns et des autres, cependant, quelque chose se met en place : comme un récit souterrain, profond et angoissant, qui ne dit pas qui et quoi, mais surtout quand et où. A la première page, le corps d'un homme. Dans les derniers chapitres, une prise d'otage vaine et sanglante. Entre ces deux événements, le souvenir figé de la "grande catastrophe de 1873". A petites touches, sans qu'on y prenne garde, le masque grimaçant d'une mort violente et imprévisible se dessine et se démultiplie, s'invitant sans prévenir et compromettant l'ordre presque naturel de Varennes. Le démon traverse le roman comme une lame, contredit la vie de Dieu et veut à toute force l'anéantir. En écho, surgit plusieurs fois la figure de Julian de Norwich, première femme écrivain de langue anglaise et mystique, qui a dit la joie divine à l'époque de la peste noire.

Le livre de Kathryn Davis ne livre pas de vérité explicite, elle la suggère. Ainsi, dans ce roman publié en anglais en 2006, on ne dit rien du 11-Septembre. Pourtant, dans la chambre d'échos d'A la lisière du monde, on entend bien comme une métaphore musicale de la "grande catastrophe" de 2001. On nous contredira peut-être, mais qu'importe. Le plus important reste la musique inédite d'une grande romancière, encore inconnue en France malgré cinq autres romans et de nombreuses distinctions : Kathryn Davis.

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Date de sortie

À la lisière du monde

  • France : 2007-09-12 (Français)

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