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La Bête Conquérante

Livre


Description ajoutée par Psifey 2023-05-26T07:47:36+02:00

Résumé

Publié initialement dans le journal Comoedia, ce bref apologue d'une trentaine de pages a quelque chose de prémonitoire un an avant la Grande Guerre.

Il nous transporte peu avant l'an 3000 dans une campagne banale. Un paysan ivre rate l'exécution de son cochon qui, tout à coup, se met à parler, comportement qui se multiplie bientôt chez ses congénères. Les cochons s'instruisent, s'organisent et et finissent par prendre le pouvoir, reléguant les hommes à des fonctions utilitaires. Mais une guerre éclate entre cochons de différentes factions. Les hommes asservis se révèlent utiles et, retrouvant peu à peu leur histoire et leur culture, reprennent leur place de maîtres, jusqu'à la prochaine guerre, en l'an 4...

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extrait

Extrait ajouté par SkeletonGirl 2023-02-19T23:53:11+01:00

Nettement isolé dans un paysage de grandes plaines qui semblaient faire la roue autour de lui, M. Robert Putride, dit Gambetta, cultivateur à La Meule-Gaudin, rentrait à son domicile par la route.

C’était un ivrogne de race, dont la famille s’illustrait d’une longue théorie de Putride morts, les uns, dans les excentricités du delirium tremens, et les autres, dans une brusque attaque d’apoplexie. Parmi tous les ivrognes de la Meule-Gaudin, Robert Putride était le premier. Il illustrait la commune en amusant les Parisiens qui venaient passer le dimanche dans ce joli petit paysage de tout repos.

Ce jour-là, c’était à la fin du mois de juin, Putride avait été brûler de l’alcool pour le compte de Renidieu, le charron. Il avait bu autant qu’il pouvait boire d’eau-de-vie de cidre à la sortie de l’alambic. De reconnaissance, il s’était agenouillé sur la place du pays et avait remercié Dieu en termes confus, mais d’une belle envolée. « Je r’mercie Dieu, proclamait-il, parce que j’suis un as qui n’a pas les foués blancs. C’est point encore les galvaudeux qui nous gouvernent qui m’empêcheront d’bouère. J’fais mon profit de c’que j’ai bu et j’remercie Dieu en tout et pour tout. »

Derrière tous les rideaux, une figure hilare suivait les progrès de la cuite de Putride. Son frère, Rigobert, malade de jubilation, avait déjà réuni un lot d’auditeurs de choix à l’hôtel du Progrès et racontait la séance avec une précision évocatrice.

Putride n’était resté agenouillé [agenouilllé] qu’autant qu’il le fallait pour que tout le pays puisse le voir ; puis, il avait repris, en titubant, le chemin de la Grenadière où il habitait. Il venait de se rappeler, entre deux hoquets, qu’il devait tuer son cochon. Pour cette raison, il se hâtait malgré le jeu embrouillé de ses jambes et les embûches semées par une route fraîchement empierrée.

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