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Le Chien de Montargis

Livre


Description ajoutée par Atharamis 2013-07-07T23:50:39+02:00

Résumé

Les belles âmes éprouvent une timide jouissance au récit d'hécatombes humaines, c'est admis. Mais qu'un petit mec s'amuse à cyanurer des clébards et il aura droit aux foudres des rombières "protectrices des animaux", soudain furibardes et vengeresses, très capables d'aller jusqu'au meurtre pour bien faire comprendre qu'on vit sous le règne du clebs-roi, à quatre ou a deux pattes.

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extrait

Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T17:46:18+02:00

I

On lui avait passé la vieille pelure matelassée qui tenait de l’affreux guignol. C’était en somme la tenue de combat.

Sur les houseaux de cuir, il fallait d’abord enfiler le pantalon à bretelles, trop grand, trop large. Et puis la vareuse épaisse et lourde, montant jusqu’au nez pour protéger la gorge. Enfin les moufles à armature et la casquette hideuse et demi déchiquetée qui emboîtait les oreilles.

— Tu as les flubes, petit gars ?

Oui, au moment d’affronter son premier fauve, Francis avait la trouille. Mais enfin, c’était ça ou le chômage.

Il avançait, bras écartés, lourdaud comme un ours. Dans les niches, tous les clébards aboyaient à mort. Ça formait comme un cirque, avec la bonne douzaine de cages sur deux rangs, le mur de brique, le haut grillage.

On appelait ça un chenil, une école de dressage. C’était plus ou moins reconnu d’utilité publique. En tout cas, considération des voisins pas trop proches, à la limite des nuisances.

Le patron Courchaudin avait constaté que le falzar était vraiment trop long. C’était un pro, pas tellement sadouze et qui ne voulait pas la mort du pécheur.

— Ne te casse pas la gueule devant une bestiole, petit gars ! Si tu tombes, elle te bouffe ! Rappelle-toi de ça !

Et comme P’tit Ciss paraissait vraiment hâve et défait sous la visière de la gâpette, il l’avait rassuré.

— … Du moins elle te boufferait si tu étais en costard de ville. Là, tu n’as rien à craindre. Compris ?

— Oui, M’sieur !

Trois jours déjà que P’tit Ciss avait pris ce boulot. D’abord aux cuistances, à préparer la pâtée des pensionnaires avec la mère Courchaudin. C’était dingue ce que ça pouvait briffer, ces ordures de clébards ! La bidoche entrait par quartiers entiers dans la fourgonnette. Il fallait trancher, découper, préparer les marmites dans le concert assourdissant des médors qui reniflaient la pitance. Il fallait les servir à chaque niche dans des écuelles de gros grès, à nettoyer ensuite une par une pour éviter la maladie.

Voilà, il était le serf, il appartenait aux clébards. Et maintenant, comble des dégueulasseries, il allait peut-être se faire dévorer vif par l’un ou l’autre de ces champions bavant leur sale hargne.

— Tu entres quand je te fais signe, compris ? Enfonce ta casquette. Évite de montrer trop de viande, sinon la bestiole est capable de te sectionner le tarin d’un seul coup de crocs. Compris ?

— Oui, M’sieur !

Courchaudin était entré dans le cirque. Il s’était fait tout peloteur, tout mignon. Il avait ouvert une cage. Un grand malabar de berger allemand était sorti, propulsé comme un train électrique. Il avait fait le tour du cirque, une fois, deux fois…

— Au pied !

Mais le clébard folâtrait, pas encore bien dressé. Courchaudin avait fait dans l’autorité, avec des « nom de Dieu ! », des « saloperie de bâtard ! »… La bête s’était enfin couchée aux pieds. Alors le patron avait fait signe.

— À toi !

Il n’y avait qu’une petite porte grillagée à pousser, mais ça prenait l’importance d’une guillotine. Francis hésitait, temporisait.

— Alors, ça vient ? avait hurlé le patron.

Il fallait y aller, bien sûr, pour ne pas laisser dire dans le quartier qu’il n’était qu’un bon à lape, aux crochets de sa Mémère. De loin, ç’avait pu paraître attrayant que de s’occuper des bestioles… Aimait-il les bêtes ? Mais oui, voyons, il les adorait ! Oh, la la ! Les chiens, les chats, les perroquets, les poissons rouges, il portait tout ça dans son cœur, plutôt que les petites nanas vachardes qui le trouvaient minuscule, maigrichon et l’appelaient demi-portion.

Il était entré.

— Referme la porte !

Il avait refermé. Il était maintenant dans l’arène avec le chien qui hérissait brusquement son poil, reflets jaunes dans les yeux, gueule demi fermée sur un grondement.

Courchaudin avait dit « Attaque ! ». La grosse bête avait foncé droit sur le mannequin ambulant aux bras écartés sur les épaisseurs matelassées. Elle avait bondi à la gorge, heureusement protégée.

Le clébard immonde était lourd et puissant. Francis avait trébuché, tentant de se garer le visage de ses bras patauds pour ne pas paumer son nez dans la bagarre. Mais déjà le chien rageur avait glissé, l’attaquant à une jambe, happant, secouant, tous crocs découverts dans une furie destructrice, comme un confrère militaire de tout poil, dont la mission sublime est d’exécuter les ordres sans chercher à comprendre.

L’attaque avait-elle duré quelques secondes, ou quelques minutes ? Francis subissait la déformation du paramètre Temps, comme une vulgaire particule extra-galactique… Non, non ! Quelque chose en lui criait non ! Il était ce qu’il était et il avait douloureusement appris à ne pas s’en croire, à ses dix-sept berges et demie de cancre pas du tout surdoué. Mais faire ce boulot de loque humaine, non !

Et c’est ce qu’il était en train de dire au patron qui s’apprêtait à faire sortir un second fauve.

— Non, M’sieur, c’est fini !

— Pas du tout, mon petit gars, ça commence ! Il faut que tu gagnes ta croûte.

— Pas comme ça, M’sieur. Y a pas de raison !

— La pétoche ? Mais voyons, tu as vu que tu es bien rembourré. Je t’affirme, mon garçon, que tu n’as rien à craindre. Et même s’il arrivait un petit quelque chose, c’est considéré comme accident du travail, complètement remboursé par la Sécurité sociale.

Francis avait repassé la porte et commençait à se déloquer.

— Je veux plus, M’sieur. Apprendre aux clébards à sauter à la gueule des gens, non !

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Date de sortie

Le Chien de Montargis

  • France : 1983-10-04 - Poche (Français)

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