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Shamane

Livre


Description ajoutée par MillieDi 2023-02-27T23:19:14+01:00

Résumé

La vie dans les forêts, selon Marc Graciano. Shamane décrit le quotidien d'une femme ayant fait le choix de vivre dans un camion, au milieu des bois. À l'instar de l'auteur !

Une femme mène dans les bois une existence vagabonde et sans artifices, avec pour unique demeure un vieux camion qu'elle déplace au gré de ses envies. Seuls comptent pour elle l'écoulement du temps et les échos du vivant. Heureuse de son dénuement matériel, elle se livre dans la forêt à la jouissance de ses sens et de ses pensées.

Marc Graciano aime expliquer qu'il se perçoit plus réalisateur qu'écrivain, qu'il est surtout un facteur, façon simple et taquine d'affirmer qu'il écrit ses textes comme un artisan crée des instruments de musique. Et si son œuvre demeure romanesque, il n'a de fait jamais caché son désir de fonder une écriture magique, capable de raviver simplement et minutieusement la texture du monde. Vivant lui-même une grande partie de l'année dans un camion qu'il déplace dans la nature, Marc Graciano nous offre avec Shamane la figure d'un alter ego, une femme qui s'abandonne avec une égale jouissance aux arts martiaux et au vin, aux expériences chamaniques et à la vie dans les bois.

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extrait

Extrait ajouté par Bibounine 2024-09-17T10:42:45+02:00

Les branches écailleuses des pins sont rougeâtres et leurs aiguilles sont vert clair, et, parmi les gros blocs de roche calcaire grisée par le temps qui ont été placés pour délimiter le parking goudronné, un en particulier donne à ce site l’aspect d’un lieu sacré japonais, et elle se dit que c’est une place idéale pour faire de la méditation zen ou pour recevoir l’enseignement d’un vieux sage, ou, comme jadis en d’extrêmes contrées orientales, pour un duel de samouraïs, et le vent léger qui souffle continuellement est alternativement frais ou tiède, toujours délicieux, et la terre fraîchement retournée d’un labour, dans l’immédiate pente devant le camion, est brune et très odorante, et, devant le proche local technique du château d’eau auprès duquel elle stationne, de gros pieds de pissenlits aux fleurs très jaunes font contraste avec la neuve et verte herbe printanière, et le crépi blanc du local a été graffé avec de la peinture violette et noire, et une des lettres pleines a été coloriée en bleu lagon, et il y a aussi un tag qui dit va voir derrière fuck toy, mais, quand elle va voir derrière le local, elle ne remarque rien de notable, sinon, sur le mur arrière, un autre graffiti, ininterprétable pour elle, et celui-ci encore plus coloré, et, eu égard à la direction du vent, la rumeur d’une autoroute qui passe non loin est continuellement perceptible, et, eu égard encore à cette direction, les nombreux avions qui vont atterrir à l’aéroport d’une ville proche partent entamer leur approche dans la direction opposée, afin d’avoir le vent de face, et passent ici à haute altitude, et, par ce fait, les chants des oiseaux très nombreux sont parfaitement audibles, et, en fin d’après-midi, en dégustant son thé, confortablement installée dans le siège conducteur qu’elle a fait pivoter à cent quatre-vingts degrés, ainsi qu’il est prévu sur ce type de véhicule, le frein à main pouvant se rabaisser après qu’il a été tiré, et qui fait ainsi office de fauteuil de salon, elle a entendu le chant récurrent d’une fauvette, de cette espèce dite babillarde, dans les hautes branches d’un pin au-dessus d’elle, ainsi que les chants en cascade de pinsons partout autour d’elle, et que les petites mécaniques métalliques de chardonnerets passant dans le ciel pur, et, pour l’heure, les seuls chants vespéraux de grives musiciennes s’élèvent timidement dans le ravin boisé derrière le camion et il y a aussi le chant simple et répétitif d’un oiseau, pour elle encore inconnu, quoique très commun, qui est comme un grave cri de grillon, puis elle voit un petit oiseau, une femelle de pinson, le cracher tandis qu’il marche et picore sur le goudron du chemin qui mène au sommet de la motte constituant le château d’eau, et le petit oiseau interrompt ses cris à chaque fois qu’il becquette et ingère quelque chose, vraisemblablement de petites graines invisibles pour elle, depuis là où elle se trouve, ou plutôt des bourgeons desséchés et déportés par le vent, ainsi qu’elle le constatera en l’allant vérifier une fois le petit oiseau parti, et, sur la pente du dôme herbu que fait le sommet du réservoir, il y a des pieds de bourrache et de gaillet, et de primevère, et d’oseille, ainsi que d’orchis dont les fleurs n’ont pas encore complètement éclos, puis, quand le soir est bien avancé, elle se déchausse et prend chaque chaussure dans une main, ce sont des rangers de l’armée américaine qui proviennent d’un stock de la première guerre d’Irak et qui sont en cuir râpé de couleur jaune sable, et elle en flaire un peu l’intérieur, afin de vérifier si la manière qu’elle a de les porter, c’est-à-dire pieds nus, sans lacets, et donc dans le plus complet relâchement, ce qui permet de les ventiler en permanence, ne les a pas trop désagréablement odorisées, ce qui n’est pas le cas, bien qu’un peu tout de même, mais de façon volatile, puis elle les range sous la table du salon, qui est moulée dans la masse et solidaire de la paroi de la cellule, et se dresse pour ainsi dire en encorbellement, ce qui facilite la dépose d’objets sous elle, et elle porte une chemise en daim, qui est une chemise tout à fait digne d’un trappeur américain, avec de nombreuses franges sous les manches et les pectoraux, ainsi que sous les omoplates, en vrai, sur toutes les lignes de couture horizontales conditionnées par le patron, quoique de fine texture, et la chemise qu’elle porte presque continuellement à même la peau est prématurément vieillie et possède un lustre qui la fait paraître froissée et gommeuse en beaucoup d’endroits, mais particulièrement à ceux des naturels plis, et les franges, en certains endroits bien choisis, portent de plats médaillons d’argent dont le milieu a été laqué de bleu, et elle se lève du fauteuil et ôte sa chemise afin de l’enfiler sur le dossier du siège du passager, et elle porte un bijou en pendentif grâce à un collier de cuir, et le bijou est en forme de plume, il est fin et délié et reproduit bien les lignes courbes d’une plume, ainsi que la partition des premières barbes à sa base, et il a été fondu en un pur argent qui a perdu de son éclat initial, par l’absence d’habitude qu’elle a de l’astiquer, et qui a désormais l’aspect grisé du plomb, bien qu’il possède une extrême légèreté qui le fait remuer et se soulever à chaque mouvement de corps un peu vif, puis elle se dévêt de son pantalon qui est un pantalon de treillis provenant, à la différence des chaussures, d’un stock européen et dont les motifs de camouflage sont de l’hémisphère nord, et, à cette fin, elle défait le ceinturon en gros cuir sellier qui le maintient sur sa taille mince et qui possède une plaque de boucle en argent sur laquelle est figurée la tête d’un Indien aux longs cheveux porteurs d’une plume d’aigle, puis elle laisse glisser le treillis à ses chevilles, puis, en élevant successivement un pied et en le déplaçant, elle se défait de lui, puis elle le ramasse au sol et le pose à plat sur la chemise suspendue sur le siège du passager, et elle exhibe désormais un large slip kangourou qu’elle porte en office de culotte, et son usage par une si jeune femme paraît un peu ridicule, mais on comprend qu’elle le porte par esprit de confort et qu’elle n’est animée par aucun désir de séduction

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Dates de sortie

Shamane

  • France : 2023-01-12 (Français)
  • France : 2025-08-28 - Poche (Français)

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