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Pina

Livre


Description ajoutée par Azerothh 2020-07-25T10:15:52+02:00

Résumé

K.O. 2 e round. Avec « Mutismes » finalement, Titaua Peu ne faisait qu'entrouvrir la porte pour dénoncer les silences. Avec « Pina », elle la défonce, la fait claquer, rebondir, résonner avec rage voire colère haineuse et crûment arrache les voiles devant toutes les violences : familiales, sociales, politiques, coloniales. Et elle nous laisse tous K.O. si tant est qu'on « tienne le combat » jusqu'au bout. Pour ce faire en Almodovar de la littérature polynésienne -, l'au­teure a choisi une famille qui cumule toutes les misères de cette terre : un couple, Auguste et « Ma » et une famille nombreuse dont trois « absents » parce qu'adoptés il y a longtemps. Pour ceux qui restent, Auguste junior, Hannah, Pauro, Rosa, Pina et Moïra, c'est un destin de « survivant » qui les attend. Survivre aux violences sous toutes ses formes : morales, affectives, sexuelles, sociales, survivre aux abandons, absences, silences, incestes, peurs, dé­préciations, exploitations, clichés, désamours, manques, folies... Pour survivre, les amours vraies et les amitiés, celles de la tante Poe et de l'oncle Teanuaua, des amants François, John, Michel , l'intelligence de chacun, le goût d'en sortir, la soif de justice, pas forcément celle des hommes. La question se pose d'ailleurs tout au long du roman au fond - qui survivra ou non et comment ? - avec cette petite phrase qui jalonne toute l'histoire et laisse entendre qu'un petit corps est retrouvé pendu. On se doute assez vite d'ailleurs qu'il s'agit de Pina, petite enfant noire aux cheveux crépus, délaissée. Pina, le pivot et le coeur du roman, plantée là comme une conscience ignorée, esseulée, bafouée. C'est un livre. Une fiction où tout le monde (Polynésiens comme Popaa, locaux comme métro, hommes d'affaires libidineux comme vahiné oublieuse de sa dignité, croyant comme athée, anciens comme nouveaux colons) en prend pour son grade. L'écriture simple et directe, très orale souvent, alourdit un peu plus la sentence. Un grand cri de rage trempé dans la sueur, le sang, le sperme et les larmes. Soyons francs : entrer dans les pages vertigineuses d'un Tahiti qu'on ne dit pas ne laissera personne indemne. On aimera, on s'attachera. Ou... on détestera. C'est le risque pris par l'auteur. Un risque qu'elle assume avec insolence bien souvent. Et l'on est en droit de se demander pourquoi ? Quelle urgence ? ... Sans doute il n'y a aucune urgence à étaler les chairs ouvertes. Parfois pourtant, dans des moments salvateurs, mêler les odeurs, les couleurs, les sons si particuliers d'une terre aimée passionné­ment est le seul exutoire. Pas d'urgence et sous le sable noir, la plage ? Pas d'urgence, simplement le besoin de libérer (de nouveau) une autre parole.

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extrait

Extrait ajouté par Fanfan_Do 2022-02-20T07:11:54+01:00

Elle regarda au loin, par-delà la cime des vieux flamboyants, et pour la première fois, ses lèvres ont murmuré « maman », timidement, douloureusement. Elle pensa très fort à ce mot. C’était le plus joli mot que Dieu avait inventé et que le vent venait d’emporter.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Fanfan_Do 2022-01-31T21:10:14+01:00
Diamant

Titaua Peu nous emmène dès la première page dans une ambiance, sombre, loin de la Polynésie des cartes postales. Pina, petite fille de neuf ans, moins aimée et moins bien traitée que sa sœur Rosa, quinze ans, beauté à la peau et aux yeux clairs. Parce que pas jolie, plus noire de peau et aux cheveux crépus, elle est une Cosette à la sauce Papeete, sans pour autant être une souffre-douleur.

C'est le récit de la misère au soleil.

Pina, huitième d'une famille de neuf enfants, nous raconte sa vie auprès d'un père indigne, alcoolique et violent, et d'une mère qui ne l'aime pas, nous parle de sa tante Poe, qui aime ses vingt enfants et aussi tous les enfants du monde, et puis Pauro son frère adoré, son dieu, son soutien.

Pina est une géante dans un corps de petite fille. Elle est belle et grandiose, d'une incroyable générosité et une compréhension des choses qui fait montre d'une étonnante maturité tant son acuité sur le monde qui l'entoure est juste.

L'écriture de Titaua Peu est tout en subtilité. Que beaucoup de faits abjects soient juste suggérés nous permet d'assister à toutes ces flétrissures sans se sentir voyeur.

L'Histoire de la Polynésie depuis Matahi, l'ancêtre de Pina, le quotidien, la misère, le rite de la subincision, l'alcoolisme, la prostitution, l'inceste, les violences familiales et celles faites aux femmes, l'homosexualité, l'homophobie, le racisme et la pédophilie - ces poisons du colonialisme, le sexe pratiqué beaucoup trop jeune et comme on respire, la condition féminine, tout cela nous est raconté, sans fard mais avec pudeur. C'est une plongée passionnante dans l'envers du décor, ces choses que tout le monde sait mais dont on ne parle pas.

Et puis il y a tous ces destins entrelacés… et toute cette fureur qui gonfle et court vers l'inéluctable.

Une très belle écriture dont la fluidité vous emporte au gré du courant dans cet endroit qui n'est pas un paradis pour les tahitiens qui ne veulent pas et n'ont jamais voulu être français, parce que les français justement l'ont transformé en enfer pour les natifs.

Je ne suis pas près d'oublier Pina, sa famille et son peuple d'écorchés vifs.

Merci mille fois à Babelio_ Masse critique et Au vent des îles pour m'avoir permis de découvrir ce magnifique et douloureux roman avec ses personnages poignants, ainsi que cette autrice que je vais suivre désormais.

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Date de sortie

Pina

  • France : 2016-12-03 (Français)

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