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Ce huitième roman de la série des Rougon-Macquart, situé entre deux des œuvres les plus fortes de Zola, L'Assommoir et Nana, est d'un registre fort différent.
La passion soudaine qui jette aux bras l'un de l'autre la belle et sage Hélène et le docteur Deberle fait l'objet d'une analyse psychologique nuancée et minutieuse. Entracte dans une vie monotone et réglée, cette Page d'amour sera bientôt tournée et l'héroïne retrouvera à la fois son équilibre et sa solitude. Mais l'aventure aura fait une victime, la petite Jeanne, condamnée par l'égoïsme et le délire passionnel des grandes personnes. Ainsi, cette œuvre apparemment sans éclat se révèle subtilement imprégnée de désenchantement et d'amertume.
C'était pendant ses longs silences qu'elle goûtait le mieux le charme d'être là. La tête penchée sur son ouvrage, levant les yeux de loin en loin pour échanger avec le docteur ces longs regards qui les attachaient l'un à l'autre, elle s'enfermait volontiers dans l'égoïsme de son émotion. Entre elle et lui, elle s'avouait maintenant qu'il y avait un sentiment caché, quelque chose de très doux, d'autant plus doux que personne au monde ne le partageait avec eux.
Contrairement à d'autres personnages de Zola, le vice et le malheur ne sont pas si grands chez Hélène. La passion est brève. En revanche, c'est Jeanne qui semble porter l'hérédité de la famille. Du fait de son jeune âge (12 ans), on pourrait s'attendre à ce que son mal (la jalousie) se développe plus tard mais ici, il atteint son paroxysme avant même la puberté.
Avec Une Page d’amour, Émile Zola offre une parenthèse plus intime au sein de la fresque des Rougon-Macquart. Moins marqué par les luttes sociales et le déterminisme implacable de certains de ses autres romans, ce récit explore les affres de la passion et du renoncement dans un cadre plus feutré et bourgeois.
L’histoire suit Hélène Grandjean, une jeune veuve qui élève seule sa fille Jeanne à Paris. Dévouée à son enfant fragile, elle mène une existence paisible et discrète jusqu’au jour où elle rencontre le docteur Henri Deberle. Une passion naît entre eux, bouleversant son quotidien et mettant en péril son équilibre maternel. Entre désir inavoué, culpabilité et amour maternel étouffant, Hélène est tiraillée entre ses sentiments et son devoir.
Zola excelle ici dans l’analyse psychologique des personnages. Hélène est une héroïne touchante, en proie à des émotions puissantes qu’elle tente d’étouffer par raison et morale. Jeanne, quant à elle, est un personnage d’une rare intensité, incarnant la jalousie filiale et la peur de l’abandon avec une sensibilité troublante. L’auteur peint avec justesse la complexité des liens mère-fille, explorant l’amour fusionnel jusqu’à l’étouffement.
Mais Une Page d’amour brille aussi par sa toile de fond : Paris y est magnifiquement décrit, notamment à travers des scènes où la ville devient un véritable personnage, vibrant au rythme des tempêtes intérieures d’Hélène. Le style de Zola, toujours aussi visuel et immersif, donne vie aux émotions par le biais de descriptions sublimes, où la lumière, le vent et la pluie deviennent le reflet des tourments des protagonistes.
Moins tragique et plus introspectif que d’autres romans de la saga, Une Page d’amour séduit par sa finesse psychologique et son atmosphère mélancolique. C’est un roman délicat, qui explore les contradictions du cœur humain avec une sensibilité rare. Une belle œuvre, souvent sous-estimée, qui mérite d’être redécouverte.
Un amour interdit, de la jalousie et un dilemme moral, voilà les ingrédients principaux de ce roman qui vont se mêler pour dépeindre le drame de la vie d'Hélène.
Contrairement à une bonne partie des romans précédents de la série des Rougons-Macquart, l'intrigue de celui-ci se passe dans un espace très restreint : essentiellement chez Hélène et ses voisins. Paris n'est donc décrit que vu depuis la fenêtre d'Hélène. La ville n'est plus tant le théâtre de l'histoire, mais une simple toile de fond au champ limité. Pour cette raison, j'ai trouvé le roman moins immersif, mais cela a l'avantage de mettre l'accent sur la psychologie des personnages principaux.
J'ai été touchée par la détresse d'Hélène, mais les sentiments de Jeanne m'ont laissée de marbre. Son ambivalence m'a perturbée, car son comportement est parfois très mature pour son âge, alors qu'à d'autres moments, il est juste puérile.
J'ai trouvé cette lecture agréable, mais elle ne m'a pas transportée.
Une page d'amour. Comme le titre est bien choisi. Car, en effet, cet épisode n'est, au fond, qu'un intermède.
Je pense qu'Émile Zola est un grand observateur de son temps et de la société dans laquelle il évolue et, souvent, je me demande si les personnages des Rougon lui ont été inspirés par des personnes de son entourage.
Auquel cas, qui est cette malheureuse femme, écrasée par la culpabilité, en proie aux affres de la passion adultère et qui vit le cauchemar de chaque parent ?
On laissera de côté les lourdeurs de ton de l'époque ainsi que les descriptions à rallonge pour ne se focaliser que sur "l'intrigue", le drame d'Hélène Grandjean !
Et l'auteur emporte son lecteur dans cette tourmente.
La seule chose qui m'a importé dans cette histoire c'est :" mais comment tout ceci va-t-il finir" Juliette va t-elle tout découvrir ? Henri va-t-il tout quitter pour Hélène ? Jeanne va-t-elle tomber par la fenêtre à force de s'y pencher ?
J'ai trouvé cette "page d'amour" tout à fait addictive finalement !
Voici le tome 8 ! Lorsque j'ai terminé ce livre hier soir, c'est le coeur gros et les yeux remplis de larmes que j'ai été me coucher ... Dans ce tome, nous suivons Hélène Grandjean qui n'est autre qu'Hélène Mouret. Grandjean étant le nom de son mari défunt. Elle s'installe à Paris, Passy plus précisément, avec sa fille de 11 ans et demi, Jeanne. Celle-ci est fragile et vulnérable, elle souffre de maladie qui lui provoque des crises régulières. Dès les premières pages, Hélène impuissante face aux crises de Jeanne, court chercher un médecin. C'est ainsi que rentre en jeu le personnage de Mr Henri Deberle. Entre Henri et Hélène c'est le coup de foudre. Seulement le docteur est marié à Juliette et ensemble ils ont un petit garçon nommé Lucien. De plus, Jeanne est une enfant très jalouse, très possessive avec sa maman. Dès qu'un personnage (masculin) s'approche trop près de sa mère, celle-ci devient colérique. Ce livre m'a bouleversé ... La relation mère-fille, mise en avant par Zola, est très intéressante ... Est-ce qu'une mère a le droit de penser à elle sans se sentir coupable envers son enfant ? si oui, à quelle prix ??? Un livre profond qui rejoint directement la troisième place (après le ventre de Paris et la fortune des Rougon) dans cette saga des Rougon-Macquart !
C'est toujours une surprise en entamant un Zola, je ne sais jamais si je vais aimer ou pas! J'ai bien aimé ce roman qui comportait certes beaucoup de descriptions mais aussi beaucoup de dialogue. L'histoire est interessante mais je n'ai pas aimé le personnage de Jeanne
Je trouve chez les auteurs français une grande force dans les événements brutaux, dans la dépiction de la misère humaine. Zola n'échappe pas à cette règle et on comprend donc que ce roman n'ait pas fait autant d'émules que Germinal ou l'Assomoir, étant bien moins choquant plastiquement et se rapprochant plus de ce qui fait la force des auteurs russes : les sentiments et relations de la haute société de l'époque. Tout y est, l'amour réciproque mais frustré jusqu'au bout, l'élément extérieur perturbateur qui va déboucher sur un drame, les passions violentes et les lassitudes ordinaires. On peut l'apprécier chez Zola, je préfère cela chez Tolstoï ou Tourguéniev.
D'autre part, on a là une ode à la ville de Paris, personnage à part entière de ce récit peut-être plus encore que dans n'importe quel autre des Rougon-Macquart, la ville et ses monuments étant ici décrits de long en large à cinq reprises clôturant les cinq parties du livre.
Si bien que j'ai une réserve semblable à celle faite par Mallarmé dans une lettre à Zola de 1878 : les descriptions de Paris, bien que magnifiques, paraissent complètement distinctes du récit et on peine à y voir une réelle métaphore ou causalité quelconque. Il semblerait que Zola ait voulu à la fois chanter son amour pour la capitale et écrire l'histoire d'Hélène Mouret, et qu'il ait décidé de tout faire en un seul livre. La ville de Paris aurait pu être la simple toile de fond de l'histoire mais, omniprésente et personnifiée comme elle l'est, on s'attend à ce qu'elle y joue un véritable rôle, ce qui n'est pas le cas. Elle offre tout au moins une structure amusante au récit, qui reste agréable à dire.
Résumé
Ce huitième roman de la série des Rougon-Macquart, situé entre deux des œuvres les plus fortes de Zola, L'Assommoir et Nana, est d'un registre fort différent.
La passion soudaine qui jette aux bras l'un de l'autre la belle et sage Hélène et le docteur Deberle fait l'objet d'une analyse psychologique nuancée et minutieuse. Entracte dans une vie monotone et réglée, cette Page d'amour sera bientôt tournée et l'héroïne retrouvera à la fois son équilibre et sa solitude. Mais l'aventure aura fait une victime, la petite Jeanne, condamnée par l'égoïsme et le délire passionnel des grandes personnes. Ainsi, cette œuvre apparemment sans éclat se révèle subtilement imprégnée de désenchantement et d'amertume.
Préface de Louis Nucéra.
Édition commentée et annotée par Pierre Marotte.
[Source : Éditions Le Livre de Poche 1994]
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